Les luttes indigènes en 2009.

(Source : ALAI, alainet.org)

C’est dans les années 70 que les identités indigènes commencèrent à s’organiser et à tisser des alliances pour faire reconnaître leurs droits. On se souvient qu’en 1992, pour l’Amérique Latine, les 500 ans de la conquête que voulait célébrer l’Europe étaient célébrés tout autrement par les populations indigènes qui prirent pour thème de leur action : « 500 ans de résistance indigène et populaire ».Les aspirations des indigènes sont les mêmes en 2009 qu’en 1970 et la Déclaration Universelle approuvée par l’ONU  il y a deux ans les rappelle :  le droit à préserver leurs identités, leurs langues et  leurs cultures : le droit à  ne pas être objet de discrimination, à disposer de leurs territoires ancestraux et à être maîtres de leur devenir, ( cette auto-détermination tant redoutée par les gouvernements ).

La cohésion des mobilisations indigènes a été favorisée il y a une vingtaine d’années par l’identification  d’un agresseur commun : les multinationales, présentes partout sur la planète et causant des dégâts environnementaux  et humains. Du Cône Sud à la Sibérie, les communautés – en grande partie indigènes – se sont mobilisées, souvent rejointes par des militants politiques et sociaux, des syndicats, des associations écologistes et de défense des droits  humains, toutes ces forces regroupées en réseaux internationaux dont les actions se trouvèrent dès lors facilitées par les techniques de communication, élément clé pour diffuser l’information et susciter la solidarité .

Les luttes indigènes.

Dans tous les pays où existe une population indigène, celle-ci lutte avec détermination pour la défense de la « Terre Mère », contre les attaques des entreprises pétrolières, minières, forestières… contre l’agro-industrie, ennemie du sol et de la population, qui ruine la terre avec les monocultures et l’emploi de produits chimiques, surexploite les travailleurs et produit en général pour l’exportation, entre autres des biocombustibles pour alimenter les voitures.

Autre raison de se mobiliser : la construction de barrages pour la production d’énergie électrique, qui provoque le déplacement de milliers de personnes et la perte de terres ancestrales cultivées.

Les manifestations indigènes sont pacifiques, elles revendiquent des biens collectifs et sont décidées par la communauté tout entière. Elles consistent le plus souvent à mettre en place des barrages de routes ou de voie fluviale. Bien organisées, elles savent durer s’il le faut.

Des exemples concrets en Amérique Latine.

Le cas du Chiapas au Mexique est le plus connu. Depuis 1994, cette lutte indigène a réussi à construire son pouvoir autonome. C’est la collectivité qui gouverne, elle élit les autorités sans que des candidats se présentent. Les élus ne gagnent rien pour cette fonction et peuvent être révoqués à tout moment. C’est une véritable démocratie. L’armée Zapatiste de Libération Nationale défend la population de cette zone des attaques gouvernementales. Le Chiapas est le  cas le plus avancé mais il n’est pas unique. Les zapatistes sont l’objet de nombreuses agressions de toutes sortes  car leur territoire est convoité pour les richesses de son sous-sol.

En 2009 les manifestations indigènes se sont succédées dans plusieurs pays.

En Colombie, dès le 6 janvier les indigènes embera s’installent pacifiquement dans un lieu dénommé Cerro Careperro, où la multinationale Muriel Mining Corporation a prévu l’exploitation de 17 000 ha pour l’extraction de l’or, du cuivre et du molibdène durant 30 ans. Finalement, à la mi-février, l’entreprise décide d’abandonner le lieu et de suspendre ses activités.

Le 9 avril commencent les manifestations des indigènes d’Amazonie péruvienne pour exiger la dérogation de lois dites « de la forêt », neuf décrets qui attentent à leurs droits de propriété et de contrôle sur les ressources naturelles. Après déclaration de l’état d’urgence, le gouvernement envoie la police contre les manifestants, intervention qui se termine par la mort d’une trentaine de personnes.

Début mai, en Bolivie, les quechuas du sud du pays contraignent la multi Vista Gold à abandonner son projet d’exploitation de la mine d’or de Amayapampa.

Fin septembre, en Equateur, des mobilisations de communautés indigènes  de  la CONAIE (Confédération de Nationalités Indigènes d’Equateur) bloquent des routes dans la Sierra et l’Amazonie pour exiger, entre autres choses, la fin de l’occupation de leurs terres par les multinationales  et dénoncent « les impacts négatifs sur l’environnement, la dégradation de  la qualité de vie et la déprédation de  leurs territoires par l’exploitation indiscriminée des ressources naturelles ».

Fin septembre également, l’entreprise minière Linear Gold Corporation abandonne ses installations au Chiapas et cesse ses activités à Ixhuatán, à la suite notamment de la pression sociale déterminée exercée par la population.

Début octobre,150 indigènes font une marche de 370 km jusqu’à l’Assemblée Nationale du Panama où ils arrivent accompagnés de milliers de sympathisants. A  l’Assemblée ils exigent la dérogation de tous les contrats de concession  qui provoquent expropriations de terres et déplacements massifs des communautés en faveur des multinationales.

Fin octobre au Brésil, les indigènes kayapó commencent une action de protestation contre la construction de cinq barrages au  long de la rivière Xingú.

Au-delà de la lutte pour défendre leurs terres de l’avalanche de projets de « développement », patronnés par  les multinationales et promus par les gouvernements,  les indigènes sont conscients que ce qui est en jeu, c’est « un modèle de vie ».

Comme le déclarent des organisations indigènes du Guatemala, « l’économie de marché capitaliste représente un danger pour les formes d’organisation sociale, en minant notre solidarité, en nous faisant perdre nos territoires, en niant nos processus d’autonomie et en nous éloignant de plus en plus de la justice sociale … Nous avons une vision différente du territoire car pour nous c’est un bien collectif, non individuel,  et il est lié à nos coutumes et  valeurs culturelles. »

Les mouvements indigènes ont l’occasion de présenter leurs objectifs à d’autres militants lors des réunions internationales comme le Forum Social Mondial de Belem au Brésil ou la 5ème Rencontre contre les barrages au Panama.

Les indigènes bénéficient d’un appui dans la convention 169 de l’OIT. La campagne Pro 169 (voir nos Brèves 2) lancée récemment pour quatre ans aura-t-elle le succès espéré ? A suivre !

La Convention 169 de l’Organisation internationale du travail ou Convention relative aux peuples indigènes et tribaux est, avec la convention 107, « relative aux populations aborigènes et tribales », le seul instrument juridique adopté par la communauté internationale qui concerne les droits des peuples indigènes et tribaux. Révisant la convention 107, celle-ci a été adoptée par l’Organisation internationale du travail (OIT) en 1989.

La Convention 107 a été adoptée en 1957 et ensuite ratifiée par 27 pays. Elle concerne une large palette de sujets allant des conditions de travail, du recrutement des populations aborigènes et tribales aux droits fonciers, à la santé et à l’éducation.

Convention 107

Article 11

Le droit de propriété, collectif ou individuel, sera reconnu aux membres des populations intéressées sur les terres qu’elles occupent traditionnellement.

Article 12

1. Les populations intéressées ne devront pas être déplacées de leurs territoires habituels sans leur libre consentement, si ce n’est conformément à la législation nationale, pour des raisons visant la sécurité nationale, dans l’intérêt du développement économique du pays ou dans l’intérêt de la santé desdites populations.

2. Lorsque, dans de tels cas, un déplacement s’impose à titre exceptionnel, les intéressés recevront des terres d’une qualité au moins égale à celles des terres qu’ils occupaient antérieurement et leur permettant de subvenir à leurs besoins et d’assurer leur développement futur. Lorsqu’il existe des possibilités de trouver une autre occupation et que les intéressés préfèrent recevoir une indemnisation en espèces ou en nature, ils seront ainsi indemnisés, sous réserve des garanties appropriées.

3. Les personnes ainsi déplacées devront être entièrement indemnisées de toute perte ou de tout dommage subi par elles du fait de ce déplacement.………

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