HONDURAS: propriété immorale de la terre et pauvreté paysanne.

(ALAI, déc.2010 )   (//alainet.org/active/view_docs.php3)

Le récent massacre de cinq paysans dans la zone nord du pays concentre à nouveau l’attention nationale et internationale. La photo des  cadavres de paysans dispersés, avec de vieux fusils, a fait le tour du monde et montré les mensonges et la barbarie dans laquelle le Honduras s’efforce de survivre.  Le plus grotesque fut l’affirmation de Miguel Facussé, grand propriétaire impliqué dans les assassinats : “ pourquoi s’approchaient-ils  de mes propriétés sachant que mes hommes sont armés ? ” Puis le gouvernement central alerta la population sur la présence de paysans guerilleros entraînés à  l’étranger ! Presque en même temps, le Congrès approuva la Loi Antiterroriste pour criminaliser les mouvements sociaux. De cette manière, le problème essentiel du pays, c’est-à-dire l’accaparement immoral de la terre, passe au second plan. Environ 80 % des terres sont en forêts, donc vouées à la production de bois. Quant aux terres cultivables, 1% des producteurs accapare le tiers des terres fertiles du pays. 75 % des produits agricoles consommés dans le pays proviennent des petits producteurs. Les grandes entreprises agropastorales produisent pour exporter. Le principal problème est que de grandes superficies de terres appartenant aux “ terratenientes ” restent improductives (latifundios) alors que les petits paysans grattent quelques mètres carrés (minifundios) pour alimenter le marché national.

Cette immorale distribution de la terre est l’expression de la volonté politique des “ élites ” qui gouvernent mal ce pays. Toutes les tentatives de réforme agraire qui envisageaient la redistribution de la terre ont échoué.

Au 16ème siècle, quand la Couronne espagnole reconnut, par la Loi des Indes,  le droit à la terre des peuples indigènes du “ nouveau monde ”, les usurpateurs de ces terres passèrent outre cette loi. Plus tard, au 19ème siècle, avec les processus d’indépendance, l’esclavage fut aboli et on réaffirma le droit à la terre pour les paysans et les indigènes. Mais ces initiatives furent contournées par les nouveaux patrons “ criollos ” et métis.

Ensuite de nouvelles tentatives eurent lieu pour redistribuer la terre. En 1962 une réforme agraire inachevée définissait le caractère collectif des terres aux mains des paysans. Mais cette réforme négligea les aspects techniques, les marchés, le financement, les réseaux routiers, nécessaires aux activités agraires. La paysannerie resta donc toujours aussi pauvre.

“ Terratenientes ” anciens et nouveaux, s’appuyant sur la loi de Modernisation Agricole de 1992, continuèrent à accumuler les terres, convertissant les anciens propriétaires en “ peones ” (ouvriers non spécialisés) ou le plus souvent, les expulsant vers la ville où ils pourraient mendier.

54 % de la population hondurienne vit en zone rurale, mais l’Etat n’investit que 2 % de son budget dans le secteur agraire. Les grands propriétaires comprendront-ils que, tôt ou tard, la misère et le minifundio finiront par obliger les petits paysans à avancer vers les grandes propriétés ? Quand la faim commande, il n’y a plus de morale ni de Loi Antiterroriste qui retient l’instinct de survie. La paix sociale au Honduras est conditionnée à la redistribution  de la terre.

Le processus de transformation intégral agraire doit se réaliser avec la participation et la décision de tous. Le Honduras doit accepter sa condition socio-culturelle primordialement rurale, et miser sur le secteur agraire comme priorité nationale : Révision des titres de propriété agricole, redistribution des latifundios improductifs, limite maximale d’extension pour la propriété agricole, et politique  nationale de formation des paysans, en tenant compte des technologies ancestrales. Mais il faut pour cela un budget suffisant, qui n’oublie pas les aspects techniques, financiers, les prêts, les chemins, les marchés…

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