GUATEMALA : Défendre notre culture, notre identité.

(Solidarité Guatemala, Paris) janvier 2011.

Nous avons eu  la chance d’accueillir cette année deux femmes d’exception dont le combat, la ténacité et la joie de vivre devraient être des exemples pour nous tous-tes. Les accompagner pendant l’ensemble de cette tournée m’a appris beaucoup, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont pu assister à l’une des activités. Dès le départ, le discours de María Guadalupe et celui de Carmen se sont complétés, la première développant davantage la thématique des femmes, du conflit et des consultations communautaires, la seconde abordant le cas de la mine Marlin et ses impacts sur la vie des habitant(e)s de San Miguel Ixtahuacán . Au fur et à  mesure des deux semaines chaque discours s’est enrichi de nouveaux éléments, développant le sujet de manière profonde, complète et personnelle. Beaucoup de personnes des différents publics que nous avons croisés sont venues leur dire à quel point leur histoire et leur combat  les avaient touchées. C’est qu’il est difficile de rester insensible au thème de la spoliation des terres et de l’exploitation irraisonnée des ressources  naturelles du Guatemala, œuvre de multinationales prêtes à tout pour s’enrichir, alliées aux  grandes familles de l’oligarchie nationale.

Pour María Guadalupe, la dynamique actuelle d’exploitation des ressources est une nouvelle étape de colonisation du territoire, après celle des Espagnols au XVIème siècle, après celle des militaires il y a 30 ans. Et selon elle (et beaucoup d’autres analystes féministes), cette colonisation du territoire est également une colonisation des corps et surtout, du corps de la femme. Depuis des milliers d’années, conquérir un territoire, c’est aussi en conquérir les femmes. Le corps de la femme comme butin de guerre, on   peut retrouver cette analogie dans de nombreux endroits du monde et,  malheureusement, encore aujourd’hui.

Maria insiste et explique que l’entrée massive des multinationales sur les territoires autochtones du Guatemala, c’est pour elle comme un retour au temps du conflit armé et un retour aux mêmes conséquences. Elle cite les différentes personnes mortes pour avoir défendu leurs droits au territoire, en commençant par Mama Maquin, qui a donné son nom à leur organisation. Elle cite également les femmes qui ont été violées par la Police Nationale Civile ou par les gardiens de sécurité privés de l’entreprise CGN, à El Estor, département d’Izabal. Carmen enchaîne et parle des menaces qui pèsent sur elles, des intimidations, de l’agression contre Doña Diodora en juillet dernier, qui lui a coûté un œil.

Ce discours, c’est celui de la femme qui souffre, mais pas en silence, c’est celui de la femme qui  lutte même contre les structures  les plus traditionnelles du machisme afin de défendre son identité et sa culture. Car pour María Guadalupe comme pour Carmen, il ne s’agit pas ici d’oublier ses origines, de renier sa culture, ni d’adopter aveuglément des idées occidentales qui ne prennent  pas en compte les spécificités culturelles. Il s’agit de créer une pensée de femmes venant de leur culture maya, conservant les éléments de leur cosmovision tout en insistant fortement sur  l’équilibre entre hommes et femmes. Car l’équilibre est un point central de la cosmovision  maya. Selon elle, l’univers entier se maintient grâce à un équilibre entre tous les éléments : l’eau et le feu, la lune et le soleil, la femme et l’homme.

Carmen et María Guadalupe ont aussi  beaucoup insisté sur la relation profonde et  privilégiée de la femme avec  la Terre Mère. Cette analogie, présente dans toutes les cultures du monde, marque  le lien entre deux entités ayant le don de féconder et  de créer  la vie. « C’est pour cela que les femmes sont toujours en première ligne pour la défense de la Terre Mère et c’est pour cela que nous souffrons tellement de la voir se faire détruire », répète María Guadalupe.

J’avais envie de conclure le récit de cette tournée par notre visite au cimetière du camp de concentration du Vernet, en Ariège, où nous avait accueillies Francisca Samayoa pour une activité avec son association « Regards de Femmes ». Profitant d’une manifestation contre les nouvelles lois sur l’immigration en France, une marche avait été organisée vers ce cimetière  car le Vernet était l’un des nombreux camps où ont été enfermés puis déportés vers l’Allemagne de nombreux Républicains espagnols et internationaux fuyant la victoire franquiste. En plus de montrer les connexions entre les combats du passé et du présent, la présence de Carmen et de María Guadalupe a été l’occasion de relier les luttes d’ici et d’ailleurs et de comprendre l’universalité du combat pour la liberté des peuples.

Ce contenu a été publié dans Les brèves, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *