Le NICARAGUA et l’ALBA

( www.rebelion.org) : avril 2011

D’ordinaire le FMI ne fait pas de commentaires élogieux sur les gouvernements qui ne sont pas soumis à ses politiques néolibérales, de libre commerce et de privatisations. Aussi, quand il déclare que “ l’économie du Nicaragua continue sa remontée ” cela prend valeur de compliment.
Il est vrai que le gouvernement du Front Sandiniste de Libération Nationale ( FSLN) a réalisé un énorme effort en faveur des couches les plus défavorisées de sa population et dans le but de donner au pays une stabilité économique et monétaire.

En 2006, reprenant le pouvoir après 17 ans de néolibéralisme, le Front Sandiniste dut prendre plusieurs décisions d’importance stratégique, comme le choix d’un modèle économique basé sur la production alimentaire paysanne, la reconnaissance profonde du rôle que jouent les croyances religieuses dans la formation sociale nicaraguayenne, etc. Cependant on peut affirmer que la plus importante de toutes ces décisions fut l’entrée du pays dans l’ALBA,  (Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique) annoncée par Daniel Ortega dès sa prise de pouvoir début 2007.
L’ALBA fournit au Nicaragua les moyens matériels qui permettent au gouvernement sandiniste de mettre en œuvre une politique sociale efficace.
En fait le pays commença à bénéficier de plusieurs projets de l’ALBA bien avant la victoire sandiniste de novembre 2006. Durant les dernières années de la présidence de Enrique Bolaños, la situation devenait chaotique : plus rien de fonctionnait : de longues  coupures de courant quotidiennes, des services d’eau déficients, des protestations populaires réitérées contre la hausse du prix des transports, les services publics comme la santé et l’éducation pratiquement privatisés, les taux de malnutrition infantile très élevés, la pauvreté généralisée…sans parler de la corruption des élites libérales et de l’échec total des recettes du FMI.

Le Président Bolaños, soucieux de ménager les intérêts des multinationales et les Etats-Unis, refusait tout rapprochement avec l’ALBA  qui aurait permis d’importer du pétrole à bas prix. Dans ce contexte, ce furent les forces populaires comme les coopératives et les maires progressistes qui décidèrent d’agir. D’abord la coopérative nicaraguayenne NICACOOP signa en 2005 un accord avec l’entreprise pétrochimique venezuelienne PEQUIVEN pour l’achat à prix équitable de fertilisants qui bénéficièrent à des milliers de paysans nicaraguayens et centro-américains.

Puis ce fut le début de “ l’Opération Milagro ” qui allait bénéficier, jusqu’à fin 2009, à près de 60 000 Nicaraguayens : diverses opérations de la vue, habituellement onéreuses, furent pratiquées gratuitement par les ophtalmologues cubains ; la construction de deux centres d’ophtalmologie et la formation de jeunes dans cette spécialité complétèrent cette action salutaire pour le Nicaragua qui ne comptait que 89 oculistes.

Début 2006, le maire sandiniste de Managua entreprit des négociations avec l’entreprise vénézuelienne PETROCARIBE qui aboutirent en avril 2006 à la formation de l’entreprise mixte ALBANIC, afin d’importer dix millions de barils de pétrole par an, consommation moyenne du pays, dans des conditions de paiements très avantageuses.

Le gouvernement de Bolaños mit tous les bâtons possibles dans les roues et refusa d’acheter ce pétrole, mais début 2007 l’arrivée des Sandinistes au pouvoir changea totalement la situation.  Grâce à la coopération cubano-vénézuélienne, dès avril 2007 des douzaines de générateurs d’énergie permirent de réduire drastiquement les coupures de courant dans tout le pays. Parallèlement une centaine de travailleurs sociaux cubains se rendaient dans tous les foyers pour généraliser l’emploi d’ampoules à basse consommation.

En juillet 2007 se constitua l’entreprise bi-nationale ALBANISA, pour canaliser le pétrole vénézuélien. Les prises de décisions sont collectives, avec un président vénézuélien et des chefs nicaraguayens. Elle fonctionne comme une entreprise privée, et ainsi ses initiatives ne sont pas soumises aux contrôles du FMI et son  budget n’est pas inclus dans le budget de l’Etat nicaraguayen, ce qui a pour inconvénient de provoquer critiques et suspicions de la part de l’opposition.

Les politiques financées par les fonds de l’ALBA ont d’abord pour objectif de garantir la sécurité alimentaire du pays en s’appuyant sur la production agro-pastorale  des paysans, stratégie dont la FAO a souvent fait l’éloge. Le projet initié en 2005 se poursuit aujourd’hui encore et contribue à restaurer les sols érodés et augmenter le rendement. Fin 2009 il avait déjà bénéficié à 402 coopératives et 20 000 producteurs individuels.
L’introduction du Bon Productif Alimentaire pour les familles les plus pauvres a pour but de leur attribuer des volailles et autres petits élevages.

L’aide de l’ALBA a aussi permis l’accès à des crédits avantageux pour la production agricole et animalière, service qui avait été refusé aux paysans pendant les 17 années des gouvernements précédents. Des milliers de paysans reçurent aussi des titres de propriété pour les terres qu’ils cultivaient.

Actuellement plusieurs projets agro-industriels importants sont en cours d’exécution, comme la première entreprise de transformation de farine de maïs à Ciudad Darío, deux abattoirs industriels et deux usines de traitement du lait. Ces projets donneront de la valeur ajoutée à la production paysanne et créeront des emplois dans des zones défavorisées.

Le projet ALBA-Forestal a pour but de fournir aux communautés indigènes de la Côte Atlantique une formation et des fonds pour l’exploitation durable de leurs ressources et pour l’exportation. La pêche artisanale n’a pas été oubliée. Les pêcheurs de la Côte Pacifique ont eu des facilités pour renouveler leur  matériel.

Les relations commerciales entre le Nicaragua et le Venezuela sont régies par le commerce équitable. Le Venezuela est devenu le 3ème partenaire commercial du Nicaragua, après les Etats-Unis et le Salvador ; il achète 10 % de la production de café, 30 % de la viande, 10 % des haricots, 21 % du  lait, et 38 % du bétail sur pied, tout cela à des prix préférentiels pour le Nicaragua. Et les exportations du Nicaragua sont en croissance constante.

L’ALBA  est présent dans une quantité de projets sociaux, en ville et à la campagne. Le projet d’alphabétisation réalisé avec la méthode cubaine “ Yo sí puedo ! ” a permis de ramener l’analphabétisme de 35 % à 3 %, tout en remarquant que cette action nécessite un suivi pour que les progrès chez les adultes ne soient pas perdus.

Un projet ALBA-Salud a vu l’ouverture d’un centre médical de Haute Technologie donné par le Venezuela et animé par des techniciens cubains. Les malades ont maintenant à leur disposition toute la technique nécessaire pour les examens médicaux. Une entreprise a été créée pour la distribution et la commercialisation de produits pharmaceutiques de qualité.
Des espaces sportifs ont été créés ou rénovés, de même que les centres de Développement Infantile.

En direction des handicapés, des études sont en cours pour envisager tous les aspects des soins à prodiguer en fonction des handicaps.

Le projet “ Casas para el Pueblo ” (maisons pour le peuple) a permis la construction de centaines de maisons pour les secteurs populaires et l’amélioration de beaucoup d’autres. Quant à celui de “ Calles para el pueblo ” qui concerne les rues, il a permis la remise en état des rues des principales villes et d’une centaine d’autres municipalités.

L’ALBA et son appui à la stratégie de développement du pays est sans doute ce qui peut permettre au Nicaragua de trouver une issue vers une orientation nouvelle.

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2 réponses à Le NICARAGUA et l’ALBA

  1. HUBERT Jean-Claude dit :

    Bonsoir,
    J’ai participé en août 1983 à une Brigade de solidarité avec le Nicaragua, organisée par le Comité national de Solidarité avec le Nicaragua, après la chute du dictateur Somoza. Avec 5 autres nordistes (j’habite Lens dans le Pas de Calais), nous sommes allés aider à la construction d’une école à San Marcos, petite ville à 40 kms au sud de Managua. Notre but était de soutenir financièrement et de participer avec « nos bras et notre sueur » à la construction de cette école. Mais notre objectif n’était pas seulement de travailler, nous voulions prendre contact avec les organisations politiques locales, pour mieux comprendre la situation. Cela nous a surtout permis de vivre le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui mettaient tous leurs espoirs d’une vie meilleure. La quatrième semaine, nous nous sommes rendus à la frontière du Honduras pour soutenir les habitants du village de San Luis.
    De ce passionnant séjour de solidarité et de nombreux contacts politiques, je suis revenu avec 2 blocs notes remplis, car j’avais pris la peine d’écrire mon journal tous les jours.
    Il m’a fallu près de 30 ans (et quelques années de retraite; j’ai 66 ans) avant que je me mettre à écrire à partir de ces notes et des nombreuses photos que j’ai faites, pour retranscrire au jour le jour et à l’état brut cette plongée dans la réalité quotidienne de la révolution sandiniste.
    Je viens de le terminer sous la forme d’un Journal-témoignage. Je cherche les moyens de le faire connaître, peut-être de le publier. C’est la raison pour laquelle je me suis mis en recherche sur le net et que j’ai trouvé votre site.
    Je me permets donc de vous contacter pour vous transmettre ce modeste travail sur lequel je continue de travailler pour en améliorer la présentation, notamment pour qu’il soit un peu plus aéré encore et ainsi plus facilement lisible. Je ne sais s’il peut vous intéresser ou intéresser de nombreuses personnes. Mais, je serais ravi que vous puissiez consacrer quelques instants à le lire et à me donner votre point quant à l’intérêt qu’il pourrait avoir aujourd’hui, à la possibilité de le publier et à la nécessité d’y apporter des retouches, améliorations … enfin toutes remarques qui pourraient m’aider.
    Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’indiquer votre courriel pour que je puisse vous transférer mon manuscrit, si vous le souhaitez.
    Merci d’avance pour l’attention et l’intérêt que vous apporterez à ma demande.
    Cordialement.

    JC Hubert
    16 rue Martin Luther King
    62 300 LENS
    03 21 78 28 80
    06 70 53 80 56

  2. Bernard dit :

    Bonjour et merci de votre courrier auquel nous répondons bien volontiers. La révolution sandiniste a largement contribué à la création du CALJ dans les années 80 et nous gardons aujourd’hui encore de nombreux contacts avec ce pays en apportant notamment une aide financière à une école et une clinique maternelle de Ciudad Dario.
    Vous pouvez joindre le CALJ via le formulaire de contact.
    Bien cordialement.
    Pour le CALJ,
    Bernard Vannier

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