BRESIL: “ Mouvement des Sans Terre ” (Octobre 2011)

“ La lutte pour la terre nous oblige aujourd’hui à repenser notre tactique ”
Source : ALAI – //alainet.org  — Sergio Ferrari et l’ONG suisse E-CHANGER

En ayant pu établir 400.000 familles dans 24 Etats du Brésil, le Mouvement des travailleurs ruraux sans terres (MST) est aujourd’hui l’un des principaux acteurs sociaux, représentant une référence pour la société civile latino-américaine. Néanmoins, après 27 ans d’existence, “ les défis du futur sont énormes pour nous, notamment celui de devenir une réelle organisation de masse et de nous adapter à la nouvelle étape que vit notre pays ”, souligne Salete Carollo, membre de la coordination nationale du MST et coopér-actrice brésilienne de E-CHANGER, lors d’une visite en Suisse. Carollo est l’une des responsables du travail international du MST.
“ La nature de la lutte pour les mouvements sociaux de la campagne change au Brésil ”, relève Salete Carollo. “ Il y a encore quelques années,  nous affrontions les latifundistes autochtones, aujourd’hui nous sommes confrontés à de grandes multinationales étrangères installés sur notre territoire . Disputer la terre à ces grandes entreprises  nous oblige à repenser notre tactique ”. Le MST est en train d’en définir les nouvelles modalités.Dispute différente à la campagne

Les occupations de terre ne peuvent plus être petites, mais grandes. “ Auparavant, nous réalisions une occupation avec 300 familles, aujourd’hui il faut le faire avec 3000 familles ”. Une dimension qui  doit nous donner un autre rapport de forces pour aboutir à des victoires effectives  grâce à ces actions , en réduisant leur nombre et en améliorant leur qualité.
Cette stratégie exige en plus une articulation avec d’autres secteurs sociaux de la campagne brésilienne, d’où la signification d’impulser des actions non seulement comme MST mais en tant que VIA CAMPESINA, qui regroupe d’autres organisations rurales. D’autre part, dans l’étape actuelle, nous devons occuper des terres propres à être expropriées, et donc réellement transférées aux paysans, et ne pas utiliser l’occupation seulement comme moyen de pression politique.
“ En complément de cette nouvelle logique, explique Salete Carollo, “ nous menons un dialogue actif avec des secteurs urbains, du monde académique, des mouvements sociaux dans les villes pour obtenir une articulation plus intégrale de nos objectifs et de nos luttes communes . Par exemple, le MST  prépare une grande campagne de mobilisation sociale ces prochaines semaines pour dénoncer l’utilisation de produits toxiques dans l’agriculture. Cette campagne se base sur une enquête universitaire prouvant  que chaque Brésilien/ne consomme annuellement 5 litres de poison dans ses aliments .Aujourd’hui, le Brésil est sans aucun doute  le principal consommateur mondial de produits toxiques, qui nous arrivent comme partie du paquet intégral des grandes multinationales vouées à l’agro-exportation. Une situation qui préoccupe aussi bien le paysan que le consommateur urbain ”.

La surprise de Dilma.

“ Durant les premiers mois du nouveau gouvernement dirigé par Dilma Rousseff entré en fonction le 1er janvier 2011, nous avons ressenti un certain désenchantement car nos revendications n’étaient pas entendues. Nous voyions une continuité par rapport aux 8 années du gouvernement de Lula, qui n’a jamais mis à l’ordre du jour la réforme agraire et les revendications les plus urgentes des sans-terre .
Néanmoins, après une longue journée de mobilisation sociale en août 2011, avec 50.000 personnes présentes à Brasilia,  nous avons été entendus par la nouvelle présidente , qui semble vouloir changer de politique envers la campagne.
Nous avons obtenu des succès inattendus. Dilma a intégré le thème de la réforme agraire à son agenda personnel. Elle a décidé d’affecter 400 millions de reales (autour de 200 millions de francs) pour exproprier des parcelles afin que celles-ci soient livrées aux sans-terre, montant qui pourrait même augmenter d’ici la fin de l’année. Et, comme troisième conquête, elle accepté un programme d’éducation que nous exigions depuis des années. C’est même bien plus que ce que nous espérions ”, précise Salete Carollo.
Ces signes positifs néanmoins  ne nous démobilisent pas. Pour les mouvements sociaux, le défi consiste à ne pas rester les bras croisés en attendant des promesses, mais à se mobiliser pour que celles-ci se concrétisent ”. Et malgré le projet “ développementiste ” du nouveau gouvernement brésilien, “ nous pensons que Dilma comprend qu’à la campagne il n’y pas place seulement pour le modèle agro-exportateur – privilégié de manière univoque par Lula -, mais aussi pour la production familiale paysanne préconisée par le MST. C’est l’unique alternative réelle pour combattre la misère et la marginalisation rurale et urbaine au Brésil ”, conclut Salete Carollo.

Des nouvelles de l’Ecole Nationale Florestan Fernandes.
(Source : Frères des Hommes, resonances@fdh.org)

Dans nos infos de mai 2004, nous annoncions que le CALJ allait soutenir financièrement la construction de l’Ecole Nationale Florestan Fernandes (ENFF)  par les membres du Mouvement des Sans Terre dans la région de São Paulo pour accueillir des stages diversifiés destinés à leurs adhérents. Nous avons participé à ce projet par l’intermédiaire de l’organisation Frères des Hommes (FDH). Depuis, l’Ecole fonctionne et  le dernier bulletin d’information de FDH nous apporte des détails intéressants sur l’évolution de cette structure :

Le Mouvement des Sans Terre (MST) a développé une technique d’habitation écologique : la maison en bambou. L’objectif est d’innover dans l’éco-construction et de montrer qu’il est possible de construire des habitats avec des matériaux naturels, durables et respectueux de l’environnement. Aujourd’hui, le MST organise une visite pour présenter la maison en bambou aux groupes d’étudiants, nouvellement arrivés à l’Ecole nationale Florestan Fernandes.Cette expérimentation est une grande première pour le MST.

Depuis décembre 2010, une maison écologique a vu le jour au sein de l’ENFF. Au départ, un simple projet de rénovation qui est devenu une expérience inédite pour le MST. La décision a été prise collectivement par la coordination de l’école et les membres du département du secrétariat national du MST. La maison a été construite avec des matériaux venant en grande partie de l’école : bambou, herbes, terre, etc. Le bambou est une des matières que l’on retrouve le plus sur le terrain de l’école. De plus il offre, grâce à ses tiges creuses, une grande capacité de captation et de récupération des eaux de pluie.

Dans la continuité du processus d’apprentissage mis en place à l’ENFF, le lien entre la théorie et la pratique a été la base de la création de la maison en bambou. Ce travail collectif est devenu un espace de formation où tout un chacun, avec des niveaux de formation divers, a participé à la construction d’une maison d’un nouveau type. L’aspect “ apprentissage ” de cette expérimentation est fondamental du fait que les paysans peuvent désormais bâtir des maisons en matières naturelles dans leurs régions respectives. Ce travail a mêlé plusieurs corps de métiers tels que la tuilerie, la maçonnerie, l’électricité et a permis aux travailleurs de diversifier les tâches. L’habitation fait également office de lieu d’exposition, puisque des visites sont organisées pour informer et initier les universitaires et intellectuels brésiliens aux techniques de construction et à l’architecture originale de cette demeure.

Ce centre d’éducation et de formation contribue au maintien et au développement d’une agriculture paysanne familiale. Par la participation aux travaux pratiques ( entretien des pépinières, du potager et du jardin ) les “ étudiants ” comprennent mieux l’impact du système agro-écologique et constatent les possibilités d’autonomie alimentaire. Le projet actuel est la création, sur les 10,5 ha de terrain que possède  l’Ecole, d’une ferme modèle avec un verger, un potager, un poulailler, une porcherie, 3 étangs pour la pêche, un espace de recyclage et un espace de transformation d’huile. Le soutien de FDH ( 15 000 Euros) sera destiné à l’entretien de pépinières d’arbres fruitiers pour le reboisement de huit mille hectares ; la fourniture d’outils de  maraichage pour les étudiants, et l’installation de nouveaux systèmes de stockage d’eau pour la pépinière et le jardin (construction de citernes, capitalisation de l’eau de pluie et forage de puits)

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