NICARAGUA: Elections présidentielles et législatives le 6 novembre 2011.

Actuellement il est encore difficile de faire des pronostics sur le résultat des élections nicaraguayennes. Le président sortant, le sandiniste Daniel Ortega, allié d’Hugo Chavez et des frères Castro, domine les sondages, quoiqu’avec à peine plus de 30% des intentions de vote, grâce à la perpétuelle division des libéraux.
Mais sa nouvelle candidature présidentielle, entérinée par une décision de justice très polémique, viole la Constitution qui prohibe notamment la réélection immédiate.

Daniel Ortega semble assuré de sa victoire, ayant sous sa coupe les principales institutions dont le Conseil Suprême Electoral, la Police, l’Armée et la Justice. Le souvenir des fraudes perpétrées durant les municipales de 2008 est encore dans les mémoires. Le Nicaragua s’était vu retirer l’appui financier de plusieurs pays d’Europe. Cette fois, après avoir longtemps rejeté énergiquement la présence d’observateurs internationaux, il a fini par en accepter le principe, tout en prévenant que lesdits observateurs devraient se montrer “ respectueux de la culture nicaraguayenne ”.Depuis des mois, Rosario Murillo, l’épouse de Daniel Ortega, – et en quelque sorte son “ premier ministre ” -, est omniprésente et porte aux nues les réalisations “ chrétiennes, socialistes et solidaires ” du gouvernement sandiniste. Avec emphase elle glorifie ce gouvernement et ses réalisations sociales. Beaucoup reprochent à Daniel Ortega d’être sous influence, en l’occurrence celle de sa femme, qui, sans jamais avoir été élue, s’est retrouvée Coordinatrice du Conseil de Communication et de Citoyenneté, entre autres responsabilités.

Les réalisations sociales du gouvernement sandiniste de 2007 à 2011 .

Depuis la prise de pouvoir par Daniel Ortega (janvier 2007) et grâce essentiellement à sa participation à l’ALBA, le Nicaragua a réussi à redonner à la population pauvre de meilleures conditions de vie : soins hospitaliers gratuits, brigades de santé avec des médecins cubains et nicaraguayens, Maisons Maternelles pour accueillir les femmes qui vont accoucher, distribution de fauteuils roulants aux handicapés… L’éducation est enfin réellement gratuite comme l’annonce la Constitution. Des bourses sont attribuées aux étudiants de secondaire et d’université. Des médailles récompensent les meilleurs enseignants et les orchestres  locaux. Le logement a bénéficié de “ l’Opération  Toit ” : distribution de plaques de zinc à 270 000 familles, tout en reconnaissant que beaucoup vivent encore dans des conditions infra-humaines et que cette initiative va se poursuivre dans les mois qui viennent. Et ce qui frappe d’abord le touriste à l’arrivée dans le pays, c’est l’amélioration de l’état des routes principales et des transports urbains de la capitale.

Fin septembre le Président procédait à des remises de titres de propriété ( 3500 pour la seule capitale)  tout en précisant que “ ceci n’est pas une faveur ni un cadeau, c’est un droit et c’est la volonté de Dieu ”… D’autres titres seront remis en différentes régions du pays, dix mille au total. A cette généreuse distribution participe Son Eminence Révérendissime le Cardinal Miguel Obando y Bravo, qui félicite le couple présidentiel :“Vous avez allumé une lumière au lieu de maudire l’obscurité ! ”

Il faut signaler une particularité du Nicaragua par rapport à ses pays voisins d’Amérique Centrale ( Honduras, El Salvador, Guatemala). Dès 1979, année du “ triomphe sandiniste ”, fut créée la Police Communautaire Proactive, basée sur des relations stratégiques avec la communauté et sur la prévention du délit. Par la suite le Nicaragua a maintenu ce système policier avec sa doctrine de service à  la population et de prévention du délit, alors que dans les autres pays  ce sont les politiques répressives qui ont prévalu.
Selon un rapport du PNUD, (Programme des Nations Unies pour le Développement), le taux des homicides en 2010 a été, pour cent mille habitants,  de 78 au Honduras, 62 en El Salvador, 41 au Guatemala et seulement 13 au Nicaragua.

Ortega et Murillo “ convaincus de leur divinité ”.
(Bulletin trimestriel “ Presente “  de l’association allemande “ Christliche Initiative Romero ” – Le religieux dominicain Rafael Aragón, éditeur de la publication de théologie  “ Alternatives ” s’entretient avec María Lopez Vigil,  théologienne, écrivaine et journaliste cubano-nicaraguayenne. Extraits)

Question : croyez-vous qu’en utilisant les symboles et les textes religieux le Président Ortega veut provoquer la hiérarchie catholique ?
MLV : Je ne pense pas que ce soit son principal objectif. Pour moi ce qui est fondamental  c’est que Daniel Ortega et Rosario Murillo sont convaincus d’avoir une sorte de mission divine, d’être ce qu’en langage religieux  on appelle des Messies. Le terme de Messie a comme équivalent en politique le mot “ caudillo ”.

Ortega et Murillo sont-ils  vraiment convaincus de leur divinité ?
Le caudillo se sent indispensable, il pense qu’il est le seul qui sait, qui peut conduire le pays, et en conséquence il ne respecte pas les lois, ni  les institutions ni les personnes.Ortega et Murillo disent : “ Le Front Sandiniste c’est Daniel ” et “ nous sommes deux ”. Cela signifie que ce sont eux deux qui gouvernent le pays. Ce sont des idées très typiques du caudillisme qui est un concept politique, et du messianisme qui est un concept religieux . En second lieu, je crois qu’ils ont peur. La religion est associée, dans l’esprit humain, à la peur : peur de l’inconnu, peur de la fatalité,  peur de l’au-delà, peur de la mort. Aussi, d’une certaine manière, invoquer Dieu publiquement peut être une manière d’exorciser cette peur, une sorte d’ amulette.

Pourquoi, selon vous, l’image de Daniel Ortega a-t-elle tant de pouvoir ?
Il est un symbole des années de la Révolution, il a été le président du Nicaragua, et il est devenu le symbole national et international de cette révolution qui fit de grandes erreurs mais aussi qui réalisa de grandes avancées, et cela pèse beaucoup dans la mémoire collective d’un large secteur du peuple nicaraguayen. Dans les années 80 Daniel Ortega fut une référence.

Pourquoi les partis politiques du Nicaragua sont-ils si enclins à se mêler du religieux ?
La religion est un ensemble de croyances et de vérités qui se présentent comme uniques et incontestables. La religion est une hiérarchie à laquelle il faut obéir et qui détient la vérité révélée. Dans les partis politiques qui ne sont pas démocratiques il y a une hiérarchie qui agit comme si elle détenait la vérité et celui qui pense différemment est un traître, en religion celui qui pense différemment est un hérétique. Que fait-on d’un traître en politique ? On l’exclut, on lui impose silence. Que fait-on d’un hérétique dans l’Eglise ? Autrefois on le brûlait. Dogmes, rites et hiérarchie de la religion se reflètent dans la vie des partis qui sont devenus une religion.

Pensez-vous qu’en utilisant les symboles religieux Ortega et Murillo  sont conscients de la manipulation ou qu’il s’agit de leur part  d’une véritable conviction ?
Pour moi ils ont la conviction qu’ils ont été élus pour quelque chose de grand au Nicaragua et qu’ils méritent tout ce qu’ils ont, les privilèges dont ils jouissent et leur manière de vivre, parce que ceux qui ont une telle mission doivent avoir une cour. En outre dans ce pays il existe une religiosité très traditionnelle. Dans un secteur du peuple les gens croient que c’est Dieu qui met en place ou écarte les gouvernements, envoie des maladies ou accorde la guérison. Donc quand Rosario dit que le Président fait des miracles, les gens retiennent l’idée que c’est Dieu qui a mis Daniel en place et qui lui permet de “ multiplier les pains ” pour cette campagne.
Cependant, je crois aussi qu’un autre secteur de la population ressent comme quelque chose de mal ces abus des symboles religieux, ils pensent que ce sont des choses pour les prêtres mais pas pour les hommes politiques. Aussi, ce que ces militants ont fait par conviction, par peur ou manipulation pourrait se retourner sous forme de rejet. Il ne faut pas trop “ tirer sur la corde ”,  ne pas user et abuser de la religiosité des gens.…

( Le 11 octobre le quotidien El Nuevo Diario signale qu’une  lettre pastorale de la Conférence épiscopale incite les fidèles à voter massivement et avec responsabilité pour un candidat qui respecte la Constitution, qui ne soit ni intolérant ni corrompu…)

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2 réponses à NICARAGUA: Elections présidentielles et législatives le 6 novembre 2011.

  1. Bonjour,

    j’ai lu votre article avec intérêt. Plusieurs points sont frappants:

    – d’abord, les d’intention de votes de 30% que vous donnez à Ortega. Il se trouve que n’importe quel média, sandiniste, neutre, ou de l’opposition, vous indiquera que toutes les enquêtes donnent Daniel Ortega vainqueur au premier tour, avec en tout cas plus de 38% des votes. Même El Nuevo Diario, clairement opposé au gouvernement et que vous citez, vient de publier une nouvelle enquête donnant 41% au FSLN.
    (http://www.elnuevodiario.com.ni/politica/115953)

    – Ensuite, je trouve très intéressant le contraste très prononcé qui ressort de votre analyse, entre les réalisations sociales du gouvernement sandiniste, bilan ultra-positif, et la description que vous faites des dirigeants qui en sont malgré tout à l’origine: deux gourous illuminés avides de pouvoir et exerçant un contrôle absolu sur toutes les institutions, si je résume votre pensée.

    En contemplant ce contraste, on aurait presque envie de dire: « et bien tant mieux si les choses s’arrangent comme ça au Nicaragua! »

    Il reste pourtant difficile à croire qu’un couple aussi allumé que Rosario Murillo et Daniel Ortega soit parvenu à réaliser toutes ces avancées depuis leur arrivée au gouvernement en 2007… sauf s’ils n’étaient aussi allumés qu’on veut bien le croire. (Dans la liste des améliorations très concrètes de la vie quotidienne au Nicaragua, vous pouvez d’ailleurs rajouter la fin du rationnement électrique de 11 heures par jour: à Managua il n’y a plus de coupures du tout, un changement de taille et qui vaudra certainement son pesant de votes pour le FSLN le 6 novembre)

    Le chaos institutionnel que connait le Nicaragua ne date pas d’hier. Le pacte Alemán-Ortega a livré l’ensemble des Institutions aux deux principaux partis politiques du pays: libéraux et sandinistes. Et aujourd’hui, la droite est si divisée que les magistrats libéraux en place dans ces institutions ne défendent plus leurs intérêts (peut-être ont-ils aussi remarqué l’ampleur des progrès réalisés par le FSLN, qui sait?).

    Au final, on peut se poser la question de l’importance de la légalité ou de l’illégalité de la réélection d’Ortega, vu que c’est tout de même à son parti que les Nicaraguayens doivent d’avoir à nouveau accès gratuitement à l’éducation et à la santé. Un droit garanti par la Constitution, comme vous l’avez bien souligné, mais que leur avait retiré ceux qui accusent aujourd’hui Rosario Murillo et Daniel Ortega d’avoir établi une dictature au Nicaragua.

    Les trois gouvernements au pouvoir entre 1990 et 2007 ont affamés les gens pendant 17 années, mais comme ils avaient la majorité à l’Assemblée nationale, les députés néo-libéraux ont fait cela en respectant la Constitution. Heureusement, les réformes constitutionnelles qui leur ont servi à modifier la Constitution de 1987 ne leur ont pas permis de privatiser l’oxygène (ce qui n’aurait pas forcément été impossible puisque la privatisation de l’eau était déjà en cours…)

    Au Nicaragua, plus qu’ailleurs, les lois et la Constitution sont sans cesse pliées aux intérêts de la majorité politique du moment, et on devrait s’en souvenir au moment de porter un jugement sur la manière qu’a chaque pays de mener ses affaires…

  2. Désolé pour la forme (français très moyen), j’ai rédigé ce texte assez vite, sans relecture, « à chaud »… mais sur le fond je crois que ça se tient et qu’on me comprend…
    Bonne journée

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