Les “ narcomunicipios ” du Honduras (novembre 2011)

Dans son numéro d’août 2011, la revue ENVIO présente une vaste enquête sur le rôle du narcotrafic en Amérique Centrale. Nous en extrayons ici l’introduction et un passage sur le narcotrafic au Honduras.

Introduction.
“ Le narcotrafic, tant dans la modalité de gros que de détail, a transformé les économies centroaméricaines, de plus en plus rentables et globalisées. Le trafic de drogue “ en gros ” a une incidence sur la politique et sur les hommes politiques, il contrôle les Etats. Le trafic “ de détail ” et sa narcophilantropie transforme les municipios, promeut le développement et fournit des emplois. Les narcos sont des entrepreneurs capitalistes, compétitifs et socialement responsables. Le prix à payer est la narcoviolence. Et le défi est démesuré. ”

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En mars 2011 on découvrit dans le secteur du Cerro Negro (près d’Omoa, Honduras) une “ cuisine ” ( narco-laboratoire) sophistiquée. D’autres “ cuisines ”, stands de coca à gogo et de fast-coca continuent leur vie souterraine, en générant des emplois et des infrastructures dans les hameaux et les municipalités (municipios) qui exultent de gratitude.

Les “ narco-municipios ” sont aisément identifiables. En tête, El Paraiso, autrefois coin arriéré de voleurs de bétail, et maintenant fréquenté par Miss Honduras et les groupes musicaux à la mode, est le municipio  le plus riche du très rural département de Copán. Protégé par 20 vigoureux gardes du corps, son jeune maire, Alexander Ardón, se dirige vers une étincelante Lexus blindée pour aller inaugurer une rue nouvellement pavée. Chacun de ses projets démarre avec de providentiels dons de centaines de milliers de lempiras (monnaie hondurienne). “ Je suis le roi du village ! ” proclame-t-il devant la perplexité des journalistes, tout en assurant que les fortunes copanèques proviennent de l’élevage et de la production laitière : c’est le liquide blanc et non la poudre blanche qui aurait apporté le développement au municipio.…

Cette poudre tombe comme une manne céleste et se  transforme en chemins, temples, centres commerciaux, gigantesques supermarchés, hôtels et parcs dans un Honduras où  les pauvres dollars des migrants et les narcodollars des “ cocaïneros ” se croisent et se renforcent. Huit décennies de banane dans la “ République bananière ” la plus connue ne parvenaient pas à un dixième de ce que la coca réussit aujourd’hui.

Les narcojets entrent et sortent des aéroports internationaux honduriens, avec ou sans autorisation, à la vue et avec la patience de quelques autorités dont le zèle à capturer des chargements de coca mécontente les officiels de la DEA. Le cas le plus fameux fut celui du jet qui atterrit le 24 février 2006 sur l’aéroport de Toncontín, pour amener le “ Chapo ” Guzmán, que la revue Forbes révèle comme l’un des 500 hommes  les plus riches du monde et que les experts présentent comme protégé par le maire de El Paraíso et client assidu des Iles de la Bahía et Copán Ruinas.

Et pendant que Luis Santos, évêque de Copán, dénonce courageusement  qu’il y a des chefs policiers compromis avec les narcos, le pouvoir judiciaire laisse libre “ Mamalicha ”, un capo qui se targue de protection internationale.…

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