EL SALVADOR (février 2012) La mémoire du peuple salvadorien : décembre 1981, le massacre de El Mozote.

Le 16 janvier 2012, le Président de la République du Salvador, Mauricio Funes , demanda pardon au nom du gouvernement salvadorien, pour le massacre perpétré il y a 30 ans dans la région de El Mozote, département de Morazán. Là, près d’un millier de paysan(ne)s, y compris des enfants, des vieillards, des femmes, furent assassinés par des effectifs du Bataillon Atlacatl, une unité militaire d’élite entraînée et armée par les Etats-Unis. Les faits eurent lieu du 11 au 13 décembre 1981 durant la guerre civile.
Parmi les officiers en charge de l’opération se trouvait le lieutenant colonel Domingo Monterrosa Barrios . José Ignacio López Vigil , dans son livre «Les mille et une histoires de Radio Venceremos », rappelant l’opération militaire ordonnée et dirigée par Monterrosa, résume ainsi les faits : « …Ils entrèrent dans El Mozote, lui et les « anges de l’enfer », comme il aimait appeler son bataillon Atlacatl. Dans El Mozote, Monterrosa ordonna de mitrailler ceux qu’il avait lui-même réunis dans l’église. Il autorisa les viols, il riait en voyant les enfants embrochés sur des baïonnettes et jetés vivants dans les fours à pain. Il a fait tout cela. Dans le seul mois de décembre 1981, mille innocents furent assassinés là-bas, tout près de l’endroit où son hélicoptère explosa en morceaux, à quatre heures de l’après-midi en ce jour justicier du 23 octobre 1984. »
Que se passa-t-il ce 23 octobre 1984 ? Les années de guerre s’écoulaient. Dans son empressement  à capturer la station de radio clandestine de l’ERP (Armée Révolutionnaire du Peuple)  dans la région de Morazán, Monterrosa Barrios lança dans la zone d’opérations de la guérilla un dispositif militaire dans le but de capturer Radio Venceremos. Depuis qu’ils avaient pris la décision d’éliminer Monterrosa Barrios, ceux de l’ERP avaient conçu un mécanisme pour dissimuler un paquet d’explosifs dans l’un des  transmetteurs. Dans ce qu’ils appelèrent « Opération Cheval de Troie », convaincus que Monterrosa, une fois le matériel capturé, supposerait que c’était celui de Radio Venceremos, l’emporterait en hélicoptère vers un quelconque quartier militaire pour l’exhiber et donner une conférence de presse… Les explosifs devaient fonctionner à partir d’un point de commande éloigné.
En effet, le transmetteur capturé, Monterrosa, en compagnie du Major Armando Azmitia -que beaucoup considéraient comme la version revue et augmentée de Monterrosa -, monta dans l’hélico. Un instant avant de décoller, Monterrosa avait transmis par radio à un journaliste : « Je tiens à vous dire que le mythe de Morazan, c’est fini ! »
Carlos, un internationaliste venezuelien qui travailla durant les années de guerre comme opérateur de Radio Venceremos, raconte : « Quelques jours plus tard, toujours avec les bataillons sur nos territoires, nous sommes allés avec une escouade réaliser un reportage sur le lieu où l’hélico était tombé.  En nous approchant nous trouvions, disséminés un peu partout, des morceaux d’hélice, des restes de fuselage, des altimètres… Nos combattants recueillaient des plaques de couleur, des écrous, car on avait su que ces derniers jours, les filles du Morazan s’en faisaient des colliers en souvenir de cet exploit. Je me disposais à quitter le champ de maïs quand j’aperçus sous quelques feuilles les restes d’un pantalon  militaire  dont les extrémités étaient déchirées comme après mille coups de ciseaux. Derrière une poche je lus trois initiales : D.M.B., Domingo Monterrosa Barrios… »
Le 23 octobre, Radio Venceremos célébrait ce jour comme celui de la Revendication, « pour les assassinats de El Mozote, de La Joya, de los Toriles, de Poza Honda et de tous les hameaux et cantons de notre département où ce bourreau a massacré tant de vies innocentes . Voilà Radio Venceremos, indestructible comme  notre peuple ! »
Le peuple salvadorien en lutte, groupé dans le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN), avec une force de guérilla irrégulière de 8 à dix mille guérilleros, armée de fusils d’assaut et d’armes artisanales, a fait front à une force militaire professionnelle de 50 mille hommes, y compris des unités d’élite, entrainées par les Etats-Unis  et équipée de tous les types d’armement léger, missiles, véhicules blindés, hélicoptères, avions de combat,  et appui  logistique d’experts en guerre irrégulière venus des Etats-Unis et d’Israel.… Le peuple salvadorien a écrit des pages importantes de sa lutte révolutionnaire.

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