Le Sommet des Amériques et le Sommet des Peuples ( avril 2012)

( www.alainet.org)

Le 6ème Sommet des Amériques vient d’avoir lieu à Cartagena de las Indias (Colombie). Il était question de surmonter la pauvreté, les inégalités et d’impulser un changement. Ce Sommet devait réunir  les pays membres de l’Organisation des Etats d’Amérique(OEA).

Quelle est l’origine de ce Sommet  des Amériques ? Le premier eut lieu en 1994. Il avait des  objectifs très précis dans les plans du gouvernement états-unien : réduire les barrières douanières et investir dans la région, – excepté à Cuba -, et à partir de là proliférèrent les traités de libre commerce, dont le premier, l’ALCA,  fut signé avec le Mexique.
Le déroulement des évènements politiques  et sociaux fit que l’ALCA, qui visait l’implantation de la zone de commerce des Amériques, finit par échouer, même si cela ne plaisait pas aux Etats-Unis, parce que les dictatures qu’ils avaient eux-mêmes imposées dans la région s’effondraient.

L’ALCA fut dénoncé comme projet de domination par le pouvoir économique et succomba au 4ème Sommet des Amériques de novembre 2005 à Mar del Plata (Argentine).

Parallèlement à ce Sommet, Mar del Plata fut aussi le cadre du 3ème Sommet des Peuples, avec des  protestations  populaires dans plusieurs villes et des manifestations de rejet vis-à-vis du Président nord-américain, qui était alors George W.Bush.

L’ALCA expira mais pas le Sommet des Amériques. Celui de 2009 accueillait Barack Obama, qui éveillait de nouvelles perspectives mais qui provoqua ensuite de nouvelles déceptions parce que l’intérêt des Etats-Unis pour l’Amérique Latine et les Caraïbes est toujours le même : profiter des ressources naturelles de la région et atteindre la sécurité énergétique.

Le 6ème Sommet des Amériques, à Cartagena, en avril 2012, commença par une «crise » : le président équatorien Correa et celui du Nicaragua, Ortega, refusèrent d’y assister puisque Cuba, pays des Amériques, n’ était pas invitée, Les autres membres de l’ALBA furent d’accord avec cette décision. « Il existe un pays américain qui est exclu du Sommet des Amériques par  le caprice d’un autre pays. Alors, que l’on nomme ce Sommet comme on voudra, mais qu’on ne l’appelle pas Sommet des Amériques ! »

Aussitôt les Etats-Unis ripostèrent en disant que Cuba  ne répondait pas aux critères requis pour être invitée au Sommet des Amériques.

Rappelons que Cuba avait été expulsée en 1962 à la réunion de l’OEA de Punta del Este, pour s’être déclarée socialiste..… Car l’OEA, à la différence de l’ONU –  qui accepte tous les types de régimes politiques -, est une sorte de « club de démocraties », selon la définition des Etats-Unis.

Autre sujet de discorde : Appuyer le peuple frère d’Argentine dans sa demande pour la souveraineté sur les Iles Malvinas. Les présents furent d’accord sauf le Canada et les Etats-Unis. Cristina Kirchner quitta alors la réunion. Le 3ème thème, la lutte contre le narcotrafic, mit en évidence l’échec de la stratégie imposée par les Etats-Unis.

Il n’y eut donc ni accord ni consensus ni déclaration finale. Le gouvernement colombien, amphytrion de ce Sommet des Amériques, essaya vainement de sauver la face vis-à-vis des médias, et d’occulter la présence d’un Sommet  des Peuples  dont la réunion se termina par une marche optimiste.

Sommet des Peuples.

Militarisation et libre commerce ont été les thèmes de l’agenda nord-américain pour l’Amérique Latine durant la dernière décennie. L’adaptation des politiques internes à la lutte contre le terrorisme, au libre flux des capitaux et des marchandises au sein de l’ALCA étaient présentés comme le résultat du « dialogue politique hémisphérique »  alors que ces mesures correspondaient en fait à  l’objectif de maintenir la prédominance continentale états-unienne.

Cet agenda a causé des résistances. C’est pourquoi des gouvernements alternatifs, des mouvements sociaux, des institutions et organismes qui se veulent indépendants de la tutelle états-unienne – UNASUR, MERCOSUR, CELAC, ALBA -, expriment leur refus de manière déterminée.

Les séquelles du néolibéralisme et du Consensus de Washington, ce sont 177 millions de pauvres en Amérique Latine, dont 70 Millions dans l’indigence ; 20 millions de chômeurs, dont un tiers de jeunes, un Indice de Développement Humain inférieur de 0,62 à ceux des pays développés.…

A Cartagena également, le Sommet des Peuples rejeta à  l’unanimité l’agenda déguisé en lutte anti-droque, et imposé par les Etats-Unis. Les alliés de l’impérialisme n’ont pas réussi à occulter cet autre Sommet qui réunissait des délégués de plus de 20 pays, des syndicalistes, des partis de gauche, des étudiants, des artistes, écrivains et journalistes.

Entre autres déclarations,  on condamna l’existence de la prison de Guantanamo, on dénonça les traités de libre commerce, qui favorisent inégalités et conflits dans la région. On exigea l’ élimination des bases étrangères et la  disparition de la trop fameuse Ecole des Amériques, qui existe encore mais sous un autre nom.

Les peuples des Amériques ont leur propre « feuille de route », qui n’a pas l’aval des cercles officiels ni des multinationales : ils luttent contre l’accaparement des terres par des étrangers, contre l’exploitation minière à grande échelle, contre les méga-barrages, contre  la militarisation et contre les Traités de Libre Commerce.

Ils ont par contre une quantité de propositions constructives, sur des modèles de développement différents du modèle néolibéral, sur l’intégration qui respecte l’autodétermination, sur les droits des personnes et l’identité culturelle, parmi d’autres. C’est pour eux le véritable Sommet !

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