EL SALVADOR : Les « pandillas » veulent faire partie de la solution (juin 2012).

(www.noticiasaliadas.org)

Durant des années, les pandillas, ou maras d’Amérique Centrale ont été l’un des principaux foyers de violence, surtout au Salvador, au Guatemala et au Honduras. Ce sont des bandes de jeunes souvent pré-délinquants. Au Salvador les deux principales pandillas sont la Mara Salvatrucha, ou MS-13, et Barrio 18, ennemies acharnées. On a calculé qu’au Salvador ces deux pandillas totalisent au moins soixante  mille membres, sans compter les dix mille pandilleros qui sont actuellement en prison.

En mars dernier, les deux pandillas ont passé un pacte proposant une trêve qui a réduit le nombre d’assassinats, mais sur laquelle pèsent des doutes et des incertitudes.
Depuis le début de la trêve, à la surprise générale, le nombre d’homicides a diminué sensiblement dans ce pays de six millions d’habitants : jusque-là le nombre d’assassinats était de 14 par jour en moyenne, mais après le pacte avec les pandillas ce nombre est descendu à 5. Autrement dit, le taux de 70 homicides pour cent mille habitants se réduisait à  26, selon les estimations officielles.

Ce résultat  est d’autant plus surprenant que depuis 2003, les différents gouvernants salvadoriens appliquaient la politique répressive de la « mano dura » (la main dure), un plan anti-pandilla sans grand succès. « Comme  résultat de ces plans répressifs, nous avons un entassement dans les prisons et la mutation du phénomène pandilla vers d’autres formes de violences » affirme Mirna López, sociologue  de l’Université Autonome du Honduras.

Dans cette région que les études internationales classent parmi les plus violentes du monde, les gouvernants de ces trois nations ont vu le phénomène d’insécurité leur échapper malgré les mesures prises. Au Honduras par exemple, le taux d’homicides est de 80 pour cent mille habitants. Comparativement, la moyenne latino-américaine est de 22 pour cent mille, selon les données du PNUD (Programme des Nations Unies pour  le Développement).

Le phénomène des pandillas  d’Amérique Centrale est né aux Etats-Unis et fut importé dans la région par des jeunes centro-américains expulsés de ce pays vers leur lieu d’origine. Il se répandit comme trainée de poudre  dans l’isthme, favorisé par les conditions de pauvreté et de marginalisation qui fonctionnèrent comme  bouillon de culture.

Au Guatemala où l’on évalue à vingt mille le nombre des pandilleros, le problème se complique encore du fait de la présence de narcotrafiquants mexicains, Los Zetas, qui seraient soupçonnés d’entraîner des pandilleros de la MS-13 pour les utiliser comme « soldats » dans leurs rangs. Les autorités salvadoriennes mentionnent aussi des relations entre le groupe mexicain et les pandilleros locaux.

« Au Guatemala, il faudrait parler d’un pacte entre groupes de transgression plutôt qu’entre pandillas. Les partisans veulent travailler à la recherche d’une solution pacifique aux conflits », signale le directeur de l’ONG Grupo Ceiba, qui travaille avec les jeunes. « Beaucoup de groupes qui pratiquent l’extorsion par exemple, ne sont même pas pandilleros. Parvenir à une négociation plus large est plus compliqué mais c’est le défi ».

La négociation, impulsée par les membres de la pandilla eux-mêmes, qui conduisit au pacte de non agression au Salvador, fut menée par Mgr Fabián Colindres, évêque militaire et par l’ex-commandant du FMLN (Front Farabundo Marti de LibérationNationale) et ex-député Raúl Mijango. « L’accord est solide, ces gens ont donné leur parole, et pour eux la parole donnée est quelque chose de très sérieux », dit Mijango. « Il existe une volonté réelle de résoudre le problème. »
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Début mai, des pandilleros de Barrio 18, détenus dans la prison de Quezaltepeque, (26 km au nord de San Salvador), annoncèrent qu’ils cesseraient de recruter des enfants et des ados dans les écoles du pays, pour prouver leur bonne volonté d’apporter une solution au conflit par la voie pacifique.

Mais le gouvernement salvadorien n’a pas participé aux négociations avec les pandillas : « Nous ne négocions pas avec les délinquants ni avec les pandillas » a dit à la presse le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, le général retraité David Munguía. « Nous n’avons pas renoncé à la répression du délit ».

La trêve n’inclut pas l’abandon d’autres activités délictueuses, comme les extorsions, qui continueraient à causer des morts dans la population. Pour certains analystes, le gouvernement salvadorien tirerait un avantage politique de la diminution des assassinats, surtout Munguía, qui s’est engagé, depuis qu’il assume la direction de la sécurité publique (novembre 2011),  à faire baisser le nombre de crimes de 30 %. Pour lui c’est un critère de survie politique.

La trêve a généré quelques espérances sur le plan local et régional, mais aussi bien des doutes. Mirna López affirme : « La réduction des homicides est significative et ceci est important. Mais il me semble que cette réduction ne peut reposer seulement sur la décision des leaders de pandillas, et qu’il faut une politique de sécurité citoyenne assumée par l’Etat ». Et pour cette analyste, parvenir au Honduras à une trêve similaire à celle du Salvador serait bien compliqué parce que, même si les pandillas honduriennes jouaient le jeu dans le climat de violence, « le principal problème viendrait de la criminalité organisée et notamment de l’expansion des réseaux du narcotrafic ».

Un autre analyste salvadorien, Roberto Cañas, se déclare sceptique : « Je ne suis pas sûr que les leaders emprisonnés puissent contrôler tous les groupes pandillleros du pays pour que cette trêve perdure ». Et le directeur de l’ONG  Grupo Ceiba signale que les pandillas du Guatemala entament un processus de dissidence vis-à-vis de leurs leaders, ce qui rend difficile une négociation…

Raúl Mijango veut être plus optimiste : « Les doutes gênent le processus … et ce  processus de paix entre les pandillas salvadoriennes a suscité des expectatives internationales : le 9 mai, Mgr Colindres a été reçu à Washington par le secrétaire général de l’OEA (Organisation des Etats Américains), Miguel Insulza, désireux de connaître de première main les efforts pour faire diminuer  les indices de violences dans la région »…

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