VENEZUELA : L’entrée du VENEZUELA dans le MERCOSUR (septembre 2012)

(www.alainet.org)

Le 7 octobre prochain, le Venezuela élit son président. Le candidat du parti d’opposition (MUD) Henrique Capriles, espère l’emporter sur Hugo Chávez, que les sondages annoncent gagnant avec une confortable avance. Les enjeux de ces élections dépassent largement  le cadre du Venezuela (voir nos récentes infos).

L’entrée du VENEZUELA dans le MERCOSUR (  Marché Commun du Sud), signée le 31 août 2012, est un fait important pour l’ensemble des pays d’Amérique du Sud. Le bloc du MERCOSUR comprenait, depuis 1991, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay .
Le Venezuela avait signé son adhésion  au Mercosur en 2006. Mais son entrée était refusée par l’obstination des sénateurs paraguayens, au motif que le gouvernement venezuelien n’était « pas assez démocratique ».

Lorsqu’en juin 2012 le président paraguayen Fernando Lugo fut destitué par un coup d’Etat parlementaire, les usurpateurs du pouvoir ne s’attendaient pas à la décision des autres gouvernements du MERCOSUR qui suspendirent -,au moins temporairement  – la présence du Paraguay parmi eux, ce qui permit l’entrée du Venezuela  dans le MERCOSUR. Le procédé du jugement politique utilisé par le pouvoir paraguayen pour destituer Lugo était apparu contradictoire avec l’esprit d’engagement dans les valeurs démocratiques du MERCOSUR.

L’entrée du Venezuela dans le MERCOSUR apparait comme un pas de plus dans la construction d’une communauté  politique régionale. Le MERCOSUR est un accord d’intégration entre des économies différentes. Par la présence du Venezuela le groupe, qui a déjà  des gisements maritimes à exploiter au Brésil, cesse de craindre pour sa sécurité énergétique, et devient le quatrième bloc commercial après  l’Union Européenne, le NAFTA et l’ASEAN (*), et la cinquième puissance économique du monde après les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon .

– Le Brésil (PIB 1808,3 milliards €) dispose d’un bon développement scientifique et technologique. A un grand marché interne, des différences culturelles et économiques marquées  entre un Sud prospère et un Nord pauvre et marqué par les inégalités. (Aux Etats-Unis, certains manuels scolaires raconteraient que l’Amazonie a été confiée par l’ONU aux Etats-Unis pour sa protection…)
– L’Argentine (PIB 343 milliards €)  : excellent développement scientifique et bon niveau technologique. NIveau de développement national homogène. Différences culturelles entre capitale et intérieur du pays complémentaires.
– L’Uruguay (PIB 40 milliards €) est le seul pays du bloc qui ne dépendait pas de l’Espagne mais du Brésil. Identité économique et culturelle très proche de l’Argentine, niveau de développement homogène. Se caractérise par la qualité du secteur du travail et des dépenses sociales.
– Le Paraguay (PIB 18 milliards €) est un pays tragique. Durant son époque jésuite il avait des industries qui en faisaient le pays le plus autonome de l’Amérique hispanisante, jusqu’à la Guerre de la Triple Alliance ( 1865) qui laissa le pays en ruines. Ensuite eut lieu la guerre du Chaco pour des ambitions pétrolières de l’extérieur. Le Paraguay a  une société culturellement homogène mais très inégale en termes de revenus. Son économie est basée sur l’agriculture et il dispose de l’énergie électrique de Iguazú. Exporte dans le Mercosur mais  importe beaucoup des Etats-Unis malgré balance commerciale très défavorable.
– Le Venezuela  (PIB 397 milliards €). Le seul pays qui n’a pas eu de guerre avec ses voisins. Economie basée sur l’exportation pétrolière, exploitation de ses ressources minérales en développement.

Les perspectives.
Le MERCOSUR est formellement un accord d’intégration économique, mais l’économique implique aussi  le politique et même le militaire.
« L’entrée du Venezuela dans le bloc apporte des nouveautés dans les domaines géographique, économique et politique : elle  porte les frontières du Mercosur de l’Antarctique jusqu’aux Antilles et de l’Atlantique aux Andes.
Cette énorme masse territoriale contient toutes les ressources imaginables, c’est un El Dorado avec des voies de communication fluviales et maritimes. Et elle contient aussi les bassins et les ressources hydriques des trois grands cours d’eau de l’Amérique du Sud : l’Amazone, l’Orénoque et le Paraná. »

Du point de vue géopolitique, l’entrée du Venezuela dans le MERCOSUR est la pire déroute subie par la diplomatie états-unienne depuis l’échec de l’ALCA en 2005 à Mar del Plata. On sait  que la propagande néolibérale cherche à discréditer et isoler le gouvernement du Venezuela. Mais son admission dans le MERCOSUR empêche son isolement et rend très difficile un remaniement par des voies non électorales.

Il sera bien difficile et coûteux désormais d’orchestrer un coup d’Etat contre Chávez protégé par les normes du MERCOSUR, ou de rééditer les tentatives de déstabilisation en Bolivie et en Equateur. Il sera aussi bien plus compliqué, pour un pays comme les Etats-Unis, grand consommateur de pétrole, de tenter de s’approprier les richesses en hydrocarbures du Venezuela.

Le MERCOSUR devient un autre centre de gravité économique de l’Amérique. Après le NAFTA on voulut engager, avec l’ALCA, le reste des Amériques dans la même vassalité multinationale  mais ce fut l’échec.  Alors Washington opta pour convaincre les pays un à un, avec une série d’accords identiques baptisés Libre Commerce. Le MERCOSUR et l’ALBA restèrent en dehors, mais pas le Nicaragua qui signa le CAFTA (*)

Avec la capacité financière et les connaissances techniques de ses associés, le Venezuela pourra développer de nouveaux  projets, le potentiel de son secteur agricole et l »amélioration de sa souveraineté alimentaire.
Le bloc du MERCOSUR pourra avoir une orientation en politique économique distincte de celle du Consensus de Washingon. Les gouvernements du MERCOSUR ont la légitimité politique (sauf l’usurpateur paraguayen) pour mener à bien des politiques qui conjuguent le nationalisme et la sensibilité sociale avec l’initiative privée.
Face à la prolifération de bases militaires états-uniennes, l’arrivée du Venezuela permet au groupe du MERCOSUR de collaborer dans une stratégie dissuasive de meilleure capacité.
Le MERCOSUR devient l’unique option latino-américaine pour contre-balancer le pouvoir des  multinationales et des banques qui commandent à Washington, Londres et dans les autres capitales.

Nous ne saurions mieux conclure qu’en reprenant la réflexion du journaliste et  politologue argentin Atilio Borón : »Le 31 août 2012, à Brasilia, les rêves intégrationnistes de Bolivar, Astigas et José de San Martín ont fait un grand pas en avant ».

(*) ALENA = NAFTA = TLCAN – / -ALCA = zone de libre-échange des Amériques
ALENA (en français): accord de libre échange américain
NAFTA (en anglais) : North American Free Trade Agreement
TLCAN (en espagnol): Tratado de Libre Comercio de America del Norte
ASEAN : association des nations de l’Asie du Sud-Est
CAFTA : (en anglais) Central America Free Trade Agreement

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