CUBA : La douleur sans fin des prisonniers dans la prison de Guantánamo. (mai 2013)

(The Independent de Grande Bretagne, pour le quotidien Pagina 12  de Buenos Aires,
7 mai 2013 (www.rebelion.org)

Emaciés et fragiles, une centaine d’hommes gisent sur le ciment des cellules solitaires et glacées de Guantánamo, mourant de faim en silence. Dépouillés de tout ce qu’ils possédaient, même des choses élémentaires comme du savon ou un matelas pour dormir, ils sont silencieux tandis que les gardes, régulièrement, frappent les portes d’acier et leur crient de bouger un bras ou une jambe pour montrer qu’ils sont encore conscients.

Le centre de détention est en crise, il souffre une rébellion sans précédent : environ les deux tiers des 166 détenus poursuivent une grève de la faim depuis le 6 février. Cette semaine, 48 infirmières militaires ont été envoyées pour tenter d’éviter un suicide massif.  Le dernier britannique détenu, Shaker Aamer, a dit qu’il était préparé à continuer la grève jusqu’à  la mort.

L’administration des Etats Unis fait ce qu’elle peut pour éviter que des regards indiscrets voient la tragédie qui se déroule, mais The Independent a obtenu des informations de première main.

Deux fois par jour, les 23 les  plus affaiblis sont emmenés dans une salle. Leurs bras, leurs jambes, leur tête, leurs poignets sont attachés à une chaise, et on fait des tentatives répétées de leur introduire un tube par les narines jusqu’à l’estomac. C’est un procédé horrible, ils ont des nausées et saignent par les  narines. « Ils ne nous laissaient pas vivre en paix et maintenant ils ne nous laissent pas mourir en paix », dit un prisonnier, Fayiz el Kandari, un koweitien détenu depuis onze ans sans accusation.

Quatre prisonniers sont si malades qu’ils gisent, menottés, à l’hôpital, et les internes prédisent que leur vie n’est plus qu’une question d’heures.

« C’est possible que je meure ici », disait récemment Aamer, 44 ans, à son avocat Clive Stafford Smith. « J’espère que non, mais si je meurs, de grâce dites à mes enfants que je les aimais par-dessus tout, mais que je devais lutter pour le principe que l’on ne peut pas détenir des gens sans jugement, surtout quand ils ont été autorisés à rester en liberté », disait ce père de quatre enfants qui doit demeurer dans  le Camp 5 bien qu’il ait obtenu l’autorisation d’être libéré il y a plus de cinq ans…

« C’est triste, mais la torture et l’abus continuent de fonctionner à Guantánamo  et les Etats-Unis jettent par-dessus bord leur autorité morale déjà en déclin », ajoute Stafford Smith.

La grève, qui a commencé le 6 février, s’est étendue aux Camp 5 et 6, où environ 130 prisonniers y participent. Ce ne sont pas les détenus du Camp 7, de haute valeur, une poignée de prisonniers accusés de crimes terroristes. Les grévistes de la faim sont ceux qui ont attendu un jugement pendant une décennie ou plus, en incluant les 86 qui ont obtenu l’autorisation d’être libérés, mais qui restent détenus à cause des restrictions imposées par le Congrès.

Tandis que le Président Obama s’engage cette semaine à faire pression pour la fermeture de Guantánamo, les détenus signalent que le régime draconien de l’administration Bush est de retour. »Les avocats de la défense ont tenté de parvenir à un dialogue constructif, mais nous nous sommes chaque fois heurtés à la résistance et au silence », explique ce capitaine de l’armée des Etats-Unis, Jason Wright, un avocat qui décrit avoir vu son client Obaidullah comme « un paquet d’os », vivre une expérience « extrêmement angoissante ».

« J’ai mal à la ceinture, j’ai des nausées, je dors mal. Je me sens désespéré. Je ne peux pas bouger. Mes muscles se sont affaiblis pendant les 50 derniers jours. J’ai vomi cinq fois », a écrit Obaidullah, cet Afghan de 32 ans qui n’a jamais été accusé malgré onze années de détention. »Quand je suis entré dans la pièce, ajoute Wright, je l’ai trouvé  visiblement changé. Il m’a dit : Ils ne nous traitent pas avec dignité, ils nous traitent comme des chiens ».

 » Il est clair que si cette  grève de la faim continue, il y aura des morts. Ces hommes vont mourir dans cette prison pour rien !. C’est absolument révoltant.…La grève de la faim est une protestation politique. Le fait qu’ils soient traités ainsi est contraire aux lois internationales, cela ne relève plus des Etats-Unis » ajoute-t-il encore.

La protestation a commencé le 6 février. Selon les avocats, la nouvelle administration avait décidé d’en finir avec  « une ère de permissivité » et d’adopter une attitude plus stricte, en contradiction avec la Convention de Genève. Les gardiens confisquèrent tous les « objets de commodité », mais ce qui indigna le plus les détenus fut la confiscation de leur Coran, un acte que l’administration refuse de reconnaitre.

La protestation fut pacifique jusqu’au 13 avril, quand les gardes utilisèrent des balles de caoutchoouc pour faire bouger les prisonniers des cellules communautaires et que certains répondirent avec des « armes improvisées » comme des manches à balai.

Les témoignages de première main ont révélé cette semaine que la majorité des prisonniers est détenue en confinement solitaire dans des cellules vides, sans fenêtre, de 3,5m sur 2. L’eau potable est rationnée. Ils se plaignent que  l’air conditionné est réglé sur un niveau de congélation. Les gardiens perturbent leurs heures de prières et font irruption la nuit pour les emmener aux douches.

Le Marocain Younous Chekkouri a dit au téléphone à ses avocats qu’il souffre de devoir dormir sur le sol cimenté et qu’il utilise ses chaussures en guise d’oreiller. « La douleur commence tout de suite, quand je suis par terre. Douleur dans la nuque et dans la poitrine. Finalement le soir ils nous ont donné une couverture. Il faisait très froid. Maintenant l’eau est un privilège. Ils nous traitent comme des animaux… Je croyais que ma torture était finie mais ce qui se passe maintenant est terrible ».

Amnesty International fut l’une des organisations de Droits Humains qui ont décrit la situation du sytème pénal de la base militaire à Cuba comme étant « à un point de crise », tandis qu’un spécialiste de l’ONU, Juan Mendes, a condamné la détention continue comme « cruelle, inhumaine et dégradante ».

Omar Deghayes, 43 ans, un résident britannique qui fut libéré en 2007 sans accusations, rappelle deux grèves de la faim, plus brèves, qu’il a vécues là-bas.  Jeté dans une « cellule-congélateur », il dit qu’il pouvait à peine bouger et était envahi par la faim et les douleurs. « On commence à avoir des hallucinations. J’entendais des voix. Après j’ai commencé à vomir du sang. Ton estomac se contracte, ils t’alimentent de force par grandes quantités, on ne peux plus se contrôler, on a la diarrhée. Ils t’emmènent au patio et te lavent au tuyau d’arrosage ». Il avait perdu plus de 40 % de son poids.

Le capitaine Wright, qui avait fait le voyage dans le même avion que les infirmières, déclare : « je ne peux croire qu’elles ont compris ce qu’on leur demande de faire pour leur pays. Elles savaient que ce serait terrible. J’espère que quelques-unes auront eu le courage de dire non. »

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