BRESIL : Du pain, des jeux et des mécontents (première partie)

(Traduction de l’article de Tomas Rotta, doctorant de l’Université de Massachusetts, natif de São Paulo. www.rebelion.org 16 juillet 2013)

 Le Brésil a une longue histoire de réformes réalisées d’en haut et qui ont accru les profondes inégalités qui divisaient le pays. Les manifestations massives  provoquées par les augmentations du prix des transports publics et les coûts de la Coupe du Monde, ont finalement attiré l’attention sur des problèmes qui  ne peuvent plus être résolus par de petites modifications, ce qui indique que cette fois les choses pourraient être différentes.

Pour affronter l’inégalité systémique et l’image idyllique d’un Brésil de la samba et du foot, il faudra une rupture sociale et politique. Les millions de dollars qui se dépensent pour la Coupe du Monde 2014 ont indigné à juste titre des millions de Brésiliens qui vivent sans infrastructure sociale et manquent des services publics les plus élémentaires.

Des personnes de toutes tendances politiques sont sorties dans les rues des principales villes du pays. Au début la violence policière contre les manifestants de São Paulo a provoqué des manifestations dans tout le pays, avec un large éventail de revendications concernant toutes les formes d’inégalités sociales. La réaction de l’Etat au mouvement a fait éclater 500 ans de colère et de frustration réprimés par la profonde inégalité.

Le Brésil est l’un des lieux de la planète les plus tourmentés par son histoire d’esclavage et d’oppression. Il y a cinq siècles les Portugais colonisateurs réduisirent en esclavage et/ou tuèrent des millions d’habitants indigènes pour s’enrichir avec les minerais et la canne à sucre. Puis le Brésil devint le plus grand pays africain hors de l’Afrique, en accueillant 40 % de tous les esclaves noirs amenés sur le continent américain. Ce système économique basé sur l’esclavage des Noirs, des Indigènes et des pauvres dura presque 4 siècles.

La première réforme eut lieu en 1822 avec l’indépendance. Peu de changement, pas de rupture. La classe dominante brésilienne déclara son indépendance du Portugal en maintenant la famille royale portugaise au pouvoir. Le fils du roi du Portugal fut aussitôt déclaré empereur du nouvel empire « indépendant » du Brésil, et quand il s’enfuit du Brésil, son fils assuma le pouvoir.

La deuxième réforme eut lieu en 1888 quand les grands propriétaires mirent fin officiellement au système d’esclavage. A nouveau, changement mais pas rupture. Le Brésil fut le dernier pays du monde à mettre fin  à l’esclavage, afin de céder à la pression anglaise qui songeait à l’expansion de son empire commercial. Pour les riches, aucun problème : ils exploitaient déjà la main d’œuvre bon marché des immigrés dans des conditions semblables à celles de la servitude.

La troisième réforme se produisit un an plus tard, en 1889, quand la classe gouvernante déclara la transformation de l’Empire en République moderne capitaliste. Aucun mouvement populaire, seulement un accord d’affaires entre riches.

La quatrième réforme, ce fut quand Getulio Vargas mit fin à  l’accord politique entre les élites des Etats de São Paulo et de Minas Gerais. Vargas venait du sud du pays et employa son leadership politique et militaire à orchestrer un coup d’Etat contre les grands propriétaires qui contrôlaient  le gouvernement fédéral depuis 1889. Vargas était lui-même grand propriétaire.

A nouveau, changement mais pas de rupture. Sous Vargas, de 1930 à 1945, le pays s’industrialisa et l’économie se nationalisa en partie. Vargas introduisit la législation sur le travail encore en vigueur aujourd’hui, tout en réprimant les communistes et autres protestataires à la base. Les présidents suivants observèrent le même mot d’ordre : « Ordre et Progrès », industrialiser et garantir que les puissants continuent d’être  puissants.

Cet état de choses commença à évoluer lentement à la fin des années 70, quand João Goulart arriva au pouvoir et augmenta –modestement – les droits des travailleurs. Les tendances gauchistes de Goulart et son

admiration pour Castro et Mao étaient de trop pour la classe dominante : en 1964 un putsch militaire le destitua et imposa une dictature qui s’étendit sur 21 années. L’armée réprimait les revendications  populaires par la force et la prison, assurant ainsi la continuité des avantages aux riches.

Les décennies de dictature militaire détruisirent tout espoir de réforme agraire et de système éducatif décent pour les masses. Les inégalités s’accrurent dans les villes et les zones rurales. Une seule famille pouvait posséder plus de terres au Brésil que la superficie d’un pays européen comme la Belgique. Une seule personne pouvait avoir le contrôle des médias, périodiques et canaux de télévision. Ces propriétaires capitalistes étaient appelés « coronéis ».

L’un d’eux, José Sarney, devint le premier président civil  en 1985 quand prit fin le contrôle militaire direct. Aucun vote populaire, seulement un traité entre riches pour retirer l’armée et installer au pouvoir riches et puissants. Une fois de plus, le peuple se retrouva sous un système dirigé d’en  haut. Sarney préside encore le Sénat.

Ce fut aussi durant la dictature militaire que se constitua la première vague des mouvements sociaux de base. Commençant par les grèves générales de São Paulo, Lula et le PT dirigèrent des manifestations de masses  contre l’oppression et les inégalités. Il est intéressant de noter que ces mouvements ont émergé parallèlement à la période Reagan, Thatcher et Mitterrand dans les pays « développés ». Le PT établit son agenda diamétralement opposé avec ses grèves générales. La social-démocratie arrivait au Brésil. Autre réforme sans rupture ;

La plus grande victoire du PT fut l’institution d’une nouvelle Constitution en 1988. Ce fut probablement la première victoire importante vraiment obtenue par la base. La Constitution instaura la propriété privée, les marchés et le capitalisme. Elle garantissait aussi les droits des travailleurs et établissait de nombreuses réformes progressistes, alors que l’agenda néolibéral annulait ces victoires dans d’autres parties du monde. Cette victoire partielle fut si significative que chaque gouvernement qui suivit tenta de l’annuler.

Du fait des manipulations des médias, Lula qui dirigeait le PT perdit l’élection présidentielle de 1989. Ce fut la fin du rêve social-démocrate au Brésil. Une nouvelle fois, la classe dominante réussit à maintenir son gouvernement au pouvoir.

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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