Mexique : La lutte pour la souveraineté alimentaire (novembre 2013)

(www.cipamericas.org/es)

Le 16 octobre on célébrait la Journée Mondiale de l’Alimentation prévue par la FAO : « La santé des populations dépend de systèmes alimentaires sains ». Face à l’offensive que subissent aujourd’hui les paysans qui produisent la majeure partie de notre alimentation, cette journée est devenue un jour de lutte pour la souveraineté alimentaire.

Depuis le Mexique, une bonne nouvelle arrive : un jugement fédéral a mis un frein à la campagne de plus de trois décennies de Monsanto et d’autres multinationales pour contrôler la production de maïs dans le pays, (et en finir avec les petits producteurs !), en substituant aux variétés natives millénaires une semence transgénique commerciale.

Le 10 octobre dernier, le Jugement Fédéral XII situé dans la capitale a ordonné au gouvernement mexicain de « suspendre l’accord d’autorisations de libération expérimentale, pilote et commerciale de maïs génétiquement modifié ». Il s’agit d’un instrument juridique de récente introduction dans l’article 17 de la Constitution et dans le Code Fédéral de Processus Civils qui permet que des groupes organisés accèdent au Tribunal pour défendre leurs droits communs.
Un ensemble de 20 organisations et 53 personnes entreprirent une action collective contre les Secrétariats d’agriculture et d’environnement du gouvernement fédéral et contre les entreprises sollicitant des permis pour semer du maïs transgénique : les multinationales Monsanto, Pioneer, Bayer, Dow Agrosciences et Syngenta.

Les plaignants – producteurs, écologistes, avocats, scientifiques et artistes -, ont invoqué le principe de précaution, le droit à l’alimentation et à un environnement sains, ainsi que la défense de la biodiversité du maïs.

Les multinationales citées plus haut avaient sollicité l’autorisation d’effectuer des semailles commerciales de maïs transgénique sur des superficies équivalant à tout le terrain cultivable des Etats de Sinaloa et Tamaulipas ( un  peu plus d’un million d’hectares ) et sur d’autres grandes étendues dans le Chihuahua, le Durango et le Coahuila, qui totaliseraient dix millions d’hectares. Mais le gouvernement fédéral  n’a pas osé les autoriser, du fait des manifestations de la société civile.

L’administration fédérale précédente avait permis en 2009 la culture de maïs transgénique à ciel  ouvert dans plusieurs Etats du nord du pays. Le Secrétariat de  l’Agriculture informe que jusqu’en 2012 on accorda 193 permis de semailles de maïs transgénique  sur une superficie de 3452 ha.

En janvier 2013, l’UNORCA (Union Nationale des Organisations Régionales Paysannes Autonomes) réalisa une grève de la faim demandant l’annulation de ces autorisations pour toutes les sortes de maïs transgénique sur le territoire national. Une manifestation partie d’une avenue centrale de Mexico aboutit sur la place du Zócalo avec des dizaines de milliers de participants exigeant entre autres « Non au Maïs transgénique, dehors Monsanto! »

Au cours de l’année, l’organisation écologiste Greenpeace réalisa des actions spectaculaires pour attirer l’attention du public sur le refus du maïs transgénique  par des messages radio et, avec d’autres organisations,  par la campagne encore en cours pour appuyer une initiative citoyenne de réforme de la Loi de Biosécurité, dans le but d’interdire la culture de maïs transgénique au Mexique, centre mondial d’origine de ce grain.

Pour Olegario Carillo, le dirigeant national de l’UNORCA, le début du jugement d’action collective est une victoire historique de la société civile mexicaine parce qu’il donnera l’opportunité d’ouvrir largement le débat et l’information sur ce thème qui a été occulté par les grands médias. « Et si la justice ne fléchit pas, nous gagnerons ce jugement pour renvoyer hors du pays les prétentions de Monsanto. Nous avons déjà remporté le débat et c’est pourquoi cette multinationale a refusé de se confronter directement à nos arguments bien que  nous lui ayons lancé le défi publiquement » explique le leader paysan.

« Le maïs est le grain le plus cultivé dans le monde, et pour plusieurs raisons, c’est la principale culture du Mexique, ajoute Carillo. Dans notre pays, centre d’origine, existent plus de 60 races natives et des centaines de variétés, un énorme legs agro-génétique, culturel et historique des peuples originaires qui nous permettra d’adapter notre agriculture à la crise climatique.

Si le maïs transgénique nous envahissait, toute cette richesse serait perdue par contamination ; producteurs et consommateurs resteraient dans les mains de ces multinationales comme Monsanto, qui à travers leurs patentes nous feraient payer leurs  bénéfices pour produire et manger leur maïs et ses dérivés. Car le maïs est la base de plus de 300 produits, y compris le plastique et l’éthanol.

« Ces entreprises qui monopolisent le marché des semences et d’autres facteurs de production à l’échelle mondiale, ont un pouvoir suffisant pour influer sur les gouvernements, et même sur l’Organisation Mondiale de la Santé, qui s’est déclarée en faveur de l’innocuité des transgéniques !  Mais il existe des études sérieuses réalisées par des scientifiques  qui ne travaillent pas pour les multinationales  et qui démontrent la relation de cause à effet entre le maïs transgénique et des maladies comme le cancer et les troubles hépatiques, rénaux et d’autres organes vitaux.

« Et pour comble, les transgéniques n’augmentent même pas les rendements. Il est faux qu’ils nécessitent moins de produits agro-toxiques. Le maïs de Monsanto est associé à un herbicide très nocif, le glyphosate, dont des études démontrent qu’il cause de graves dommages à la santé des personnes comme à l’environnement. »

Avec la suspension des permis de semailles du maïs transgénique et le jugement d’action collective contre Monsanto et le gouvernement fédéral, les paysans et la société en général ont gagné une bataille. Mais la lutte continue.

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