MEXIQUE : Les zapatistes, 20 années de rébellion dans l’allégresse. (janvier 2014)

1er janvier 1994 : irruption du mouvement zapatiste. Ce premier cri de révolte organisée contre le paradigme néolibéral coïncidait volontairement avec l’entrée en vigueur du NAFTA (Traité de Libre Commerce de l’Amérique du Nord). Ce traité incorporait le Mexique à l’accord  déjà mis en place par les Etats Unis et le Canada. Pour le Mexique il signifiait l’entrée dans le Premier Monde et les élites gouvernantes le célébraient au Champagne, loin d’imaginer que depuis les communautés reculées du Chiapas on allait leur gâcher la fête.
Dès les premières heures du jour, des milliers d’indigènes mayas s’étaient levés en armes et avaient occupé les sept principales agglomérations municipales de l’Etat du Chiapas. A la surprise du monde entier, ils diffusèrent la Première Déclaration de la Selva Lacandona, par laquelle ils déclaraient la guerre au gouvernement fédéral du Président Carlos Salinas de Gortari. Ils déclarèrent être le produit de « 500 ans de luttes » et remirent leurs demandes de « travail, terres, logement, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix ».
Ce soulèvement, nullement spontané, avait été préparé en silence pendant 10 ans. Il avait réussi à s’organiser et à grandir dans un secret absolu depuis les profondeurs de la Forêt Lacandone. En fait l’acte de  naissance de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) portait la date du 17 novembre 1983.

Quels éléments essentiels  ont caractérisé l’EZLN jusqu’ à ce jour ?
Il s’agit  d’une organisation clandestine à structure militaire qui fonctionne comme un mouvement social. La déclaration du sous-commandant Marcos, « commander en obéissant », signifie que les ordres sont donnés selon une hiérarchie et que l’on y obéit comme dans une organisation militaire.

Autre élément : bien que les zapatistes aient brandi la violence au départ, en réalité leur optique a toujours été l’organisation et la conscientisation politique. On comprend mieux qu’après avoir déclaré la guerre à l’Etat mexicain, ils aient déclaré le cessez-le-feu au bout de 12  jours d’affrontement, prenant le chemin de la politique et faisant une série de propositions à  la société civile pour s’organiser ( Convention Nationale Démocratique, Mouvement de Libération Nationale, Accords de San Andrès…) qui n’eurent pas de succès, jusqu’à leur propre initiative d’auto-gouvernement avec les Caracoles et les Juntes de Bon Gouvernement qui accusaient déjà une décennie d’existence au Chiapas en août 2013.

Le troisième élément est qu’ils n’ont jamais proposé de prendre le pouvoir ni de gouverner, étant contre le sytème des partis à cause du haut degré de corruption qu’ils contiennent et du manque de représentativité sociale.

Depuis 1994 les zapatistes ont empêché les campagnes électorales et les élections sur leurs territoires. Ni Cuauhtémoc Cárdenas en 1994, ni Andrés Manuel López Obrador en 2006, personne n’a pu les convaincre d’y participer. Durant toutes ces années, les zapatistes et le sous-commandant Marcos ont montré leurs compétences pour manier la stratégie de communication politique et se maintenir en action.
Leurs propositions d’innovation organisative, les scénarios de leurs manifestations, le caractère de leurs initiatives, ainsi que les communications littéraires du sous-commandant Marcos, ont mis les zapatistes à l’avant-garde sociale.

L’EZLN a beaucoup évolué au cours de son histoire. Ce n’est plus le groupe de guérilla qui s’alliait aux peuples indigènes pour transformer le pays. C’est aujourd’hui un  mouvement social indigène dans le même courant latino-américain que les autres peuples originaires qui défendent leurs territoires face aux groupes politiques alliés aux multinationales minières ou pétrolières, ou du crime organisé. Comme le dit Yvon Le Bot dans son dernier livre : « La grande révolte indigène », le zapatisme est une anti-guérilla, qui s’est éloignée de la lutte armée traditionnelle mais qui se situe entre le groupe armé et le mouvement social, et qui persiste malgré les pressions extérieures et les divisions internes. En fait, c’est un groupe social indigène en mouvement et en transition.

Le 31 décembre 2013, la pluie et le froid qui accompagnaient la dernière nuit de l’année n’ont pas empêché les milliers d’indigènes et les  dizaines de sympathisants venus de tous les coins de la planète, de célébrer les 20 ans de l’apparition publique de l’EZLN.

L’évènement se fêtait simultanément dans les cinq Caracoles (Oventik, Morelia, Roberto Barrios, La Garrucha et La Realidad) où sont situées les Juntes de Bon Gouvernement qui gèrent les 27 municipios autonomes rebelles et zapatistes de l’Etat du Chiapas.

Activités sportives, grande variété de prestations musicales, beaucoup de danses, et bien sûr, le message politique égayèrent la journée. Dans le Caracol d’Oventic, la commandante Hortensia commença son discours. « Voici 20 ans que nous sommes en guerre contre un système social injuste, représenté par les trois niveaux de gouvernement.…Voici 20 ans que nous avons jeté à la poubelle tous les partis politiques et que maintenant  ce sont les peuples qui décident et analysent qui va exercer son autorité et qui va gouverner en accord avec leurs propres lois. A présent nos peuples ont leur gouvernement autonome, c’est la volonté du peuple de choisir ses autorités ».

Précisément, c’est peut-être dans le degré d’autonomie par rapport à l’Etat et le développement d’un processus inédit d’auto-gouvernement – joint à la construction de nouvelles relations sociales – que réside le capital politique le plus significatif que propose aujourd’hui le zapatisme.

En 20 ans, il a construit un vaste réseau d’infrastructures communes en éducation, santé, agriculture agro-écologique, législation, communication communautaire et justice, en marge des institutions de l’Etat, qui fonctionnent avec leur propre logique. Tout cela au milieu d’un harcèlement permanent de 51 détachements militaires et de programmes assistencialistes qui cherchent à diviser les communautés.

Parmi les récentes initiatives zapatistes, la Escuelita Zapatista (petite école zapatiste)  a réuni, entre août et décembre 2013, quelque 2000 militants du Mexique et de diverses parties du monde…

Les étudiants y apprenaient l’organisation communautaire et la résistance civile comme forme de vie. Certaines leçons partaient de la lecture de textes et de présentations d’autorités zapatistes. Mais la majorité des leçons les plus importantes s’apprenaient en partageant l’hospitalité, les repas, le travail, la vie et les conversations avec les familles d’accueil.…

Ce contenu a été publié dans Les brèves, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *