EQUATEUR : 7 ans de Révolution Citoyenne (Janvier 2014 ) (ALAI )

« …Notre  Révolution  ne signifie pas des changements violents, mais bien des changements profonds et radicaux. Pourquoi est-elle citoyenne ? Parce que les législateurs et autres « représentants » du peuple ne se représentaient plus eux-mêmes. Ce processus fut le fruit des « indignés » de l’Equateur, qui s’indignèrent bien avant ceux d’Europe… » (Rafael Correa)

Il y a sept ans…
Le 15 janvier 2007, Rafael Correa, économiste de profession, à la tête du mouvement Alianza País, s’inspirait des expériences de « Jubileo 2000 Red Guayaquil », une organisation de la société civile qui conseillait de négocier l’odieuse dette extérieure de l’Equateur. Un thème que Rafael  mit sur la table en 2008 avec la fameuse phrase: « D’abord la vie, ensuite la dette ». Il créa un Comité de l’Audit de la dette et cessa de payer 70 % de cette dette. En 2011, pour chaque dollar investi dans le secteur social, 33 centavos (centimes) seulement allaient au paiement de la dette (au lieu de 1,8 dollar en 2008).

Il y a 7 ans, Rafael Correa mit en œuvre sa « Révolution Citoyenne »: le président arrivait au pouvoir porté par un processus constituant que soutenaient 80 % des Equatoriens. En septembre 2008, la Constitution de Montecristi, la première Constitution qui reconnaissait des droits à la nature, fut approuvée. Elle ouvrait le passage au « socialisme du Buen Vivir » (Bien vivre).

Rafael Correa dit NON au TLC (Traité de Libre Commerce). Il s’opposa à la Base militaire de Manta, alors aux mains des Etats Unis, et aujourd’hui il s’oppose à l’entreprise Chevron. Il décida de rendre la souveraineté au peuple, faisant passer les intérêts du peuple avant ceux du marché. Depuis 2007, le projet de pays entrepris par Correa a été légitimé au cours de neuf processus électoraux.

Correa  entreprit le chemin qui allait permettre de réduire la pauvreté : elle perdit 13 % entre 2006 et 2012. Depuis lors, le travail infantile a été supprimé pour plus de 450 000 enfants. L’inégalité sociale fut réduite de 7 points. Entre 2007 et 2011, l’Equateur franchit 7 poins sur l’échelle de l’IDH (Indice de Développement Humain) des Nations Unies.

A partir de 2007, Correa décida de multiplier par 8 le montant consacré aux services publics, comme la santé et l’éducation. L’aide aux bacheliers fut augmentée de 22 % pour les indigènes et de 14 % pour les afro-équatoriens, entre 2006 et 2011. Le taux d’inscription à l’université s’accrut de 5 %, et l’éducation supérieure devint publique et gratuite. On octroya aussi 17 fois plus de bourses d’études que l’ensemble des 7 gouvernements précédents. 4 Universités publiques furent créées et le nombre de chercheurs d’Instituts publics tripla.

De nouvelles infrastructures ont vu le jour dans tout le pays, outre la gratuité dans les écoles, collèges et universités publiques qui a permis l’accès des personnes aux faibles ressources.

Dans le domaine sportif, l’Equateur a révolutionné le secteur grâce à la création d’un Ministère des Sports et d’une Loi qui protège les athlètes pour assurer leur préparation, leur financement et leur participation aux évènements nationaux et internationaux. Par ailleurs, l’administration a investi 2600 millions de dollars dans le secteur de la sécurité. Avec la création d’un Conseil sud-américain de Sécurité Citoyenne, l’Equateur est référent en matière de lutte contre l’exploitation minière, et dans l’application de technologies pour la sécurité.

Vers l’avenir et avec les autres pays.
En 2016 l’Equateur sera un pays exportateur d’énergies renouvelables. Pour générer l’énergie électrique on a décidé de substituer au diesel importé un combustible de production nationale, épargnant ainsi à l’Equateur une dépense de 50 millions de dollars par an.
Quant aux relations avec les autres pays d’Amérique du Sud,  l’Equateur adhère à l’intégration latino-américaine, réalisée par et pour le peuple. Elle est basée sur la solidarité et favorise le commerce équitable. L’UNASUR, la CELAC et l’ALBA sont des exemples de ce type d’intégration. De 2005 à 2011, le commerce équatorien a augmenté de 56 %.

Depuis 7 ans l’Equateur – le Jaguar latino-américain comme certains le nomment -, est plongé dans une profonde transformation politique, sociale et économique, une révolution citoyenne souvent occultée par les médias occidentaux. L’équité, la liberté, l’égalité et la félicité ne sont pas des utopies mais des valeurs accessibles pour le processus de changement d’un pays. Sans les larges majorités et sans la volonté populaire le projet aurait échoué. Mais il fallait aussi beaucoup de volonté politique, du courage et de la conviction pour prendre les rênes du  pays et parier pour le changement.

Le secrétaire national de Planification et Développement explique que de 2007 à 2009, le travail fondamental était de quitter le modèle néolibéral. Puis de 2009 à 2013, il fallait mettre en accord les politiques publiques avec la nouvelle Constitution pour la gestion et l’investissement dans le secteur public. A présent, le troisième plan, qui va de 2013 à 2017, vise à cimenter le projet social, et se rapprocher du socialisme du « Buen Vivir ». La proposition du « Socialisme du Buen Vivir », élaborée par le mouvement Alianza País, fut précisément la plate forme qui a amené Correa à la réélection en 2013, avec un document intitulé « Gouverner pour affirmer le changement : 35 propositions pour le Socialisme du Buen Vivir ». Ce texte a été occulté par les principaux analystes politiques du continent, du fait de son importance dans ce projet politique.

Les défis à affronter.
Le document affirme que le Socialisme du Buen Vivir « articule la lutte pour la justice sociale, l’égalité et l’abolition des privilèges dans la construction d’une société marquée par le respect de la diversité et en harmonie avec la nature, où tous et chacun peuvent développer leurs capacités et conduire leur vie de manière digne, libre et autodéterminée. »

Sur le plan économique, le texte est également percutant : on remet en question le modèle d’accumulation hégémonique,-  la manière des sociétés capitalistes néolibérales de s’organiser pour produire et distribuer -, et on propose « une transition vers une société où la vie ne soit pas au service du capital ou de toute autre forme de domination ». Pour avancer vers une « démocratie profonde », la « participation populaire permanente » est nécessaire dans la vie publique du pays. On recherche donc un engagement actif des citoyens dans la résolution des problèmes communs.

Tous les processus de changement social de notre continent affrontent des défis multiples. L’Equateur n’y échappe pas. Sur le plan interne, la Révolution Citoyenne devra travailler sur de nombreux points. L’un d’eux est la santé publique, et d’abord l’éradication de la malnutrition infantile, en prenant modèle sur le Brésil, avec la collaboration remarquable des médecins cubains pour la médecine familiale et communautaire. Un autre défi est la diversification économique annoncée dans la plateforme électorale, pour maintenir la croissance obtenue.
Quant à  l’intégration latino-américaine, l’Equateur devra réaffirmer son rôle de leadership régional, en consolidant les organisations qui concrétisent cette volonté d’intégration : ALBA, CELAC et UNASUR. Correa a aussi dénoncé avec virulence les tentatives d’ingérence nord-américaine des agences USAID et NED, en Amérique Latine et dans les Caraïbes. (Le cas le plus récent : une cinquantaine de militaires nord-américains venus fin janvier en Equateur, sous l’égide de l’USAID,  animer un prétendu programme de renforcement de la démocratie!)  Il s’agit finalement de choisirs entre deux modèles d’intégration, opposés dans leurs aspects politiques, sociaux et économiques.

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