EL SALVADOR : Elections présidentielles.

(D’après les infos de Sergio Ferrari, journaliste, et Gérald Fioretta, sociologue, de l’association de Solidarité Nicaragua-El Salvador, de Genève, mars 2014)

Le 13 mars, le Tribunal Suprême Electoral a publié les chiffres officiels pour le second tour des présidentielles: le Front Farabundo Marti pour la Libération Nationale (FMLN) est victorieux, avec 50,11 %  des suffrages. Le candidat élu, le professeur Salvador Sánchez Cerén, prêtera serment le 1er juin pour la période 2014-2019, succédant ainsi au président Mauricio Funes.

Bref historique du processus électoral au Salvador.
Depuis les accords de paix en 1992, à chaque élection des observateurs électoraux solidaires répondaient à l’appel du FMLN, dans le but de dénoncer  les fraudes massives de l’oligarchie et de son parti Arena qui contrôlait l’appareil électoral et faisait « voter des morts », payait de faux électeurs guatémaltèques ou honduriens, falsifiait les actes de scrutin de milliers d’urnes … Pas une seule élection, au long des deux décennies passées, sans violences, intimidations, assassinats. Les dénonciations des observateurs électoraux solidaires, venus d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Amérique Latine, ont mis en lumière ces fraudes et donné peu à peu confiance aux électeurs du FMLN pour vaincre leur peur.

La victoire en 2009 de Mauricio Funes, candidat proche du FMLN, a radicalement changé la donne. Le pays a réussi à faire réviser la loi électorale et  faire fonctionner de manière transparente le TSE (Tribunal Suprême Electoral). Cette année, l’ensemble des quelque 5000 observateurs nationaux et internationaux, désignés par des institutions, des ONG, ou invités par l’un des 5 partis en compétition, a reconnu  la tranquillité des journées électorales, et la transparence du processus.

Salvador Sánchez Cerén.
Salvador Sánchez fut l’un des commandants du FMLN désignés pour négocier les accords de paix  qui mirent fin à la guerre civile, en 1992. Elu député en 2000, il conserve son siège jusqu’en juin 2009. Il devient alors vice-président de la République grâce à la victoire d’un journaliste populaire, Mauricio Funes, que le FMLN a choisi comme candidat à la présidence.
Salvador Sánchez  sera le 11e président depuis le commencement des années 1970, lorsqu’éclata la guerre civile qui dura plus de vingt ans et dont le FMLN fut l’un des principaux protagonistes. La signature des accords de paix en 1992 par le gouvernement et le FMLN à Chapultepec (Mexique), la fin de la guerre et la reconversion de la guérilla en parti politique donnèrent une impulsion décisive à la paix et à la démocratie dans toute la région centroaméricaine.

Les actions du gouvernement Funes, avec Salvador Sánchez Cerén à l’éducation.
Le FMLN sort renforcé de ces dernières élections, c’est le résultat des programmes économiques et sociaux du président Funes. Tout ce qui est offert dans ces programmes est le résultat du travail effectué par les producteurs salvadoriens (petits, moyens et même micro).
Dans le gouvernement de Funes, Sánchez, chargé du Ministère de l’Education, avait lancé un programme de distribution d’uniformes scolaires, de chaussures et de matériel aux écoliers. Ce programme lui vaut une grande popularité dans les familles modestes, pour qui la rentrée est un casse-tête financier. Quarante mille emplois ont été créés pour assurer cette production sociale à l’intention de l’enfance salvadorienne.
De plus, Sánchez a impulsé une profonde réforme de l’éducation. On a créé l’école des enseignants dans les locaux d’une caserne désaffectée, et 20 % des établissements scolaires sont devenus des écoles à plein temps. Durant ces années, il y eut aussi une réforme de la santé, améliorant le système hospitalier et la santé communautaire. Un programme intégral de soins bénéficie déjà à 500 000 femmes.
Autre élément-clé : le programme de production agricole, d’aliments de base. Alors qu’auparavant le Salvador devait importer 80 % des haricots, du maïs et du riz, – produits essentiels de l’alimentation salvadorienne -, le pays est aujourd’hui auto-suffisant pour les deux premiers produits. Les secteurs  populaires ont senti une amélioration substantielle durant ces dernières années.
Le mandat de Mauricio Funes avait donc été marqué par « la claire orientation sociale qui  le différenciait des gouvernements antérieurs ». Le défi principal dès le 1er juin 2014, ce sont « les réformes structurelles les plus urgentes qu’exige la réalité salvadorienne pour approfondir la justice sociale ».

Qu’attendent les électeurs ?
Les électeurs attendent des mesures immédiates sur l’emploi, le coût de la vie  et le contrôle de l’insécurité citoyenne. Beaucoup de ces mesures exigent de mobiliser l’ensemble de la nation. Le résultat serré du second tour donne à penser que le FMLN devra faire des concessions pour obtenir des consensus basiques en matière de gouvernance, notamment parce qu’il ne dispose pas d’une majorité parlementaire, raison pour laquelle les prochaines élections législatives et municipales en mars 2015  seront le défi principal pour toutes les forces politiques. Le FMLN tentera de conquérir une majorité, ce qui lui faciliterait dès 2015  la mise en œuvre de réformes plus profondes.

Les principaux défis à relever dès maintenant.
D’abord un défi générationnel : le vaste mouvement de solidarité avec la lutte armée à la fin des années 70 a concerné une génération qui est aujourd’hui proche de l’âge de la retraite. L’expérience a été si marquante qu’il subsiste encore aujourd’hui des comités de solidarité malgré la défaite électorale des sandinistes en 1990 et les victoires de la droite pendant 25 ans au Salvador après les accords de paix.

Un second défi est celui de vaincre l’hostilité médiatique contre le renouveau progressiste en Amérique Latine et en Amérique Centrale. Depuis les années 2000, l’espoir de la révolution bolivarienne au Venezuela et du renouveau progressiste en Amérique Latine ont donné naissance à l’ALBA et à une nouvelle intégration solidaire. La droite internationale, à travers les grands médias, relaie sans cesse la droite vénézuélienne pour délégitimer les processus progressistes. Vaincre le cercle médiatique hostile n’est pas une mince affaire, surtout quand une partie de la gauche en Europe traîne les pieds et se complait dans les critiques faciles des processus « populistes » et « productivistes »  selon elle en cours dans le continent latino-américain.

C’est le troisième défi : comment relancer la solidarité internationaliste dans la gauche européenne en ouvrant les débats sur le développement nécessaire à la sortie de la pauvreté et les enjeux écologiques, entre la souveraineté des Etats et des processus populaires et l’arrogance de certaines ONG et du capitalisme vert qui s’autoproclament protecteurs des réserves naturelles dans le Sud…

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