BOLIVIE : Une mer pour la Bolivie ?

( Adital   /  « Bolivie » de Christian Rudel)

Après l’indépendance, les nouveaux Etats d’Amérique du Sud traversèrent une période d’instabilité politique, à la fois intérieure et dans leurs relations mutuelles. Cette situation généra plusieurs guerres durant le 19e siècle. La guerre du Pacifique ( aussi appelée « guerre du salpêtre » ou « guerre du nitrate ») fut un conflit armé qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie entre 1879 et 1884. Cette guerre fit perdre à la Bolivie sa province de Litoral qui était son unique accès à la mer. Le Pérou perdit la région de Tarapacá. Ces deux régions font partie, depuis la fin de cette guerre, du territoire chilien. L’histoire de cette guerre fait encore l’objet de discussions entre les différentes versions qui défendent l’attitude du Chili, de la Bolivie ou du Pérou.
À deux reprises, le Chili, décidé à repousser ses frontières du nord, attaqua le Pérou et la Bolivie : une première fois en 1836-1839, une seconde fois en 1879-1883. Le premier conflit chercha à empêcher la réunion du Pérou et de la Bolivie au sein d’une confédération ; le second visa à annexer une région riche en salpêtre, substance qui servait à l’époque à la fabrication des explosifs. À l’issue de cette guerre, le Chili, poussé par les Anglais qui favorisaient son expansionnisme dans le Pacifique comme ils favorisaient l’expansionnisme argentin, conquit 200 000 km² dont 125 000 au détriment de la Bolivie, qui perdit alors sa façade maritime et se retrouva enclavée dans les Andes.
« Installée sur les territoires de l’Audience de Charcas,  la Bolivie indépendante s’étendait jusqu’à l’Océan Pacifique. Cependant les frontières de l’Audience restaient floues. Un traité fut signé pour fixer la frontière boliviano-péruvienne. Les ports d’Arica, Pisagua et Iquique étaient péruviens, tandis que Tocopilla, Cobija, Mejillones et Antofagasta appartenaient à la Bolivie.

Or les autorités boliviennes, installées dans la vieille Chuquisaca devenue Sucre, se désintéressaient de la côte et de la mer : qui aurait bien pu accorder quelque attention à ces côtes où venait mourir un désert dont les Espagnols n’avaient pu tirer aucune richesse, aucun métal ? La « vraie » Bolivie n’était pas dans les déserts côtiers, mais là-haut autour des mines qui avaient assuré la fortune des empires.…

Le jeune Chili n’était pas si dédaigneux. A l’étroit entre Cordillère à  l’est, Pacifique à l’ouest, territoires mapuches au sud, son chemin d’expansion se dirigeait alors au nord. Une poignée d’aventuriers s’avança  dans le désert et découvrit des filons de minerai de cuivre et du salpêtre. Sur les îlots proches de la côte ils découvrirent du guano, cet engrais provenant de la décomposition d’excréments d’oiseaux marins déposés là depuis des millénaires.

Santiago est prompte à saisir la chance par les cheveux. Le 31 octobre 1842, le parlement chilien déclare « propriétés nationales les gisements de guano existant sur les côtes du département d’Atacama et les îles adjacentes ». C’est déjà annexer quelques arpents de territoire bolivien, envahi par des Chiliens, mineurs et chercheurs de richesses en tous genres.

Un pas de plus et le Chili envoie une frégate occuper, en 1857, le port de Mejillones.
Ce n’est qu’en 1863 que la Bolivie réagit aux empiètements de Santiago…Négociations…
Traité…  Le produit des gisements de guano sera partagé par moitié entre Bolivie et Chili.

Puis en 1868 la Bolivie concède à la Société exploratrice du désert d’Atacama le droit de s’approprier et d’exporter pendant 15 ans tout le salpêtre du littoral bolivien, ainsi que de construire les chemins de fer nécessaires à cette exploitation. Cette concession sera transférée un peu plus tard à la compagnie anglaise Melbourne, Clark and C°, où les intérêts chiliens sont présents.

En 1871, changement de pouvoir, l’Assemblée Nationale bolivienne déclare nuls tous les actes du gouvernement précédent. Elle laisse cependant à la Compagnie Melbourne un petit périmètre d’exploitation. Mais quand la Bolivie demande des royalties à cette compagnie, le Chili crie à  la violation du traité et s’apprête à transformer cette affaire en « casus belli ». Le rêve chilien est désormais de s’emparer de tout ce riche désert.

En février 1879, une escadre chilienne, sans déclaration de guerre, occupe Antofagasta.…Le 6 avril, La Paz déclare la guerre au Chili.(…) C’est le début de la « guerre du Pacifique ».
L’armée bolivienne rejoint l’armée péruvienne car les deux pays sont liés  par un traité d’alliance depuis 1873. (.…) En mai 1880, les Chiliens mettent en déroute les troupes boliviennes et péruviennes. La guerre est finie mais il faudra attendre 1884 pour que soit signé le traité d’Ancon.
La frontière septentrionale du Chili s’appuie désormais sur le 18e parallèle. Le Pérou cède au Chili, à perpétuité, la province de Tarapaca, riche en nitrates, avec les deux villes de Tacna et Arica. La Bolivie perd tous ses territoires côtiers soit 125 000 km2. Le Chili s’enrichit d’environ 200 000 km2, un désert riche en nitrates, salpêtre, cuivre, argent, guano, repoussant sa frontière de 888 km vers le nord. Son armée, – infanterie et marine -, est jugée la plus puissante et la mieux entrainée d’Amérique du sud. (…) Plus tard, au traité de paix de Santiago ( 20 octobre 1904), le Chili s’engagera à construire le chemin de fer Arica-La Paz, maigre compensation, pour la Bolivie, à la perte de ses provinces maritimes. »
Au 20ème siècle, il y eut 3 tentatives de conciliation. La première à l’initiative de Salvador Allende, avortée par le coup d’Etat de 1973. La seconde proposée par Pinochet mais qui n’eut pas de suite car il fallait consulter le Pérou. La troisième en 2010 durant le premier mandat de Michelle Bachelet, mais qui n’aboutit pas lorsqu’arriva au pouvoir Sebastian Piñera.
Face à cet échec, Evo Morales annonça la décision de recourir aux organismes nationaux  et créa la « Direction Stratégique de Revendication Maritime ». Il a présenté un document juridique à la Cour Internationale de La Haye (CIJ ). Ce document, de plus de 200 pages, contient les arguments juridiques, historiques et moraux de la demande effectuée le 24 avril 2013, par laquelle la Bolivie exige son « droit originaire et légitime » de récupérer sa souveraineté maritime. Il demande à la CIJ de déclarer que « le Chili a l’obligation de négocier de bonne foi un accord prompt et effectif »…
La présidente Michelle Bachelet a affirmé « Nous respectons les traités internationaux » et assuré qu’elle attend de connaitre en détail le dossier de la réclamation bolivienne pour se prononcer. Elle devra décider et choisir entre les intérêts des entreprises et la perspective des actuels progrès d’intégration régionale qui honoreraient les paroles de Salvador Allende : « Nous avancerons ensemble dans le grand projet historique de l’Amérique Latine. L’heure est arrivée de la grande réparation de l’injustice commise à l’encontre de la Bolivie : le Chili a une dette centenaire envers la Bolivie et nous sommes disposés à entreprendre une solution historique ».

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