NICARAGUA : Réforme constitutionnelle : « Daniel Ortega cimente son pouvoir ». (Mai 2014)

(Revue « Presente! » de la CIR (Christliche Initiative Romero) de Düsseldorf et Revue « Envio » de la UCA ( Université Centro-américaine ) de Managua)

Le 11 février 2014, une nouvelle Constitution est entrée en vigueur au Nicaragua. La  modification de 39 articles –  dans un temps record -, avait avant tout l’objectif de consolider le pouvoir du Président, y compris le principe de sa réélection illimitée…

Au Parlement, le parti sandiniste (FSLN) dispose de 63 sièges sur 92. L’opposition n’a que 24 députés, il lui en faudrait 31 pour faire inclure des modifications. L’approbation des réformes présentées par Ortega ne posait donc pas de problèmes.
De fin novembre 2013 à fin janvier 2014, les propositions de réformes furent présentées à des institutions, des organisations syndicales, professionnelles, des députés de l’opposition, etc : elles soulevèrent de nombreuses objections.  Les secteurs économiques, politiques et sociaux exclus de la consultation émirent également leurs critiques.

Ce qui a changé.

  • Désormais le Président de la République ne sera plus contraint de limiter le nombre de ses mandats. En 2016 Daniel Ortega pourra se représenter pour la 4e fois, il lui suffira d’obtenir la  majorité relative des suffrages exprimés. Il n’y aura pas de second tour.
  • Ces réformes renforcent le présidentialisme. Elles donnent au Président de la République le pouvoir de « dicter des décrets qui auront force de loi en matière administrative ». Il peut maintenant nommer à des charges civiles (ministres, magistrats, juges) des militaires ou des policiers en activité quand « l’intérêt suprême de la  nation » le nécessite.
  • L’armée se voit  aussi confier le contrôle des télécommunications, domaine de « sécurité et défense nationale. »
    Cette « militarisation » des télécommunications avec la perspective de contrôle qu’elle laisse supposer préoccupe beaucoup les chefs d’entreprise à tel point qu’ils obtiennent à la dernière minute que le mot « contrôler » soit remplacé par « réguler ». …(Selon Telcor, à peine 4% des Nicaraguayens ont un accès Internet, mais sur tout le territoire, de nombreux petits cybercafés offrent ce service, qui selon certains  « permet de répandre injures, calomnies et désinformation »…)
  • En contradiction avec l’article 14 de la Constitution  précédente, qui établissait que « le Nicaragua n’a pas de religion officielle », les réformes définissent à présent le Nicaragua comme une nation dont les principes sont les » valeurs chrétiennes » et « les idéaux socialistes ». « NICARAGUA : chrétien, socialiste et solidaire » peut-on lire à  présent sur les papiers officiels.
  • Il est très significatif et même inquiétant que les réformes aient supprimé dans la Constitution précédente un important paragraphe de l’article 5, celui qui disait : « Le pluralisme politique assure l’existence et la participation de toutes les organisations politiques dans les affaires économiques, politiques et sociales du pays, sans restriction idéologique, excepté celles qui prétendent au rétablissement de tout type de dictature ou d’un quelconque système démocratique ».
  • La nouvelle Constitution ne fait plus allusion à la possibilité d’un « référendum révocatoire », alors qu’il y a quatre ans, Ortega avait promis d’inclure cette mesure dans une nouvelle Constitution, à  l’instar de son ami Hugo Chávez.
    Pourtant les remarques du patronat et de l’épiscopat avaient été très critiques.

L’Eglise catholique :
« Nous avons la ferme conviction, dirent les évêques catholiques, qu’actuellement au Nicaragua  le plus urgent n’est pas de prévoir des changements à la Constitution Politique, mais de rectifier la mentalité et la pratique en relation avec l’exercice de la politique … car le pouvoir continue de se concevoir comme un patrimoine personnel et non comme la délégation de la volonté populaire ».… A long terme ces réformes favoriseraient le pouvoir absolu d’une personne ou d’un parti »…

Le patronat :
Le FUNIDES (Fondation Nicaraguayenne pour le Développement Economique et Social)  : 80% de ses membres émirent un jugement négatif et conclurent que ce projet de réformes « pourrait affecter négativement non seulement notre démocratie, mais aussi la croissance économique et la réduction de la pauvreté ».

De son côté, le COSEP, (Conseil Supérieur de l’Entreprise Privée) le plus visible allié du gouvernement, émit de nombreuses critiques : préoccupé par la  perspective d’affaiblissement des partis politiques, par les aspects militaires des réformes, par le cybercontrôle, etc. il réclamait aussi une nouvelle loi électorale qui garantirait que la remise des cartes d’identité aux électeurs ne soit plus faite par le parti. …

Le gouvernement lui proposa des « ajustements », remplaçant un terme par un autre et se donnant une image de flexibilité, mais sans changer l’axe essentiel de ses réformes : la concentration du pouvoir sur une personne et la garantie de la continuité du projet politique de cette personne.…

Et la population ?
« Malgré toutes les critiques sur le caractère autoritaire des réformes, les sondages montrent que la majorité de la population ne s’exprime pas  ou se montre plutôt favorable… »( cit. CIR)

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