EL SALVADOR : Le droit à l’avortement – ( Mars 2014 )

(Noticias Aliadas)

Avec la signature des accords de paix en 1992, – qui mit fin à plus d’une décennie de conflit armé entre la guerilla du FMLN (Front Farabundo Marti pour la Libération Nationale) et le gouvernement de droite de ARENA (Alliance Républicaine Nationaliste) -, une nouvelle histoire commença pour la société salvadorienne et pour les femmes.
Mariana fait partie du Collectif Féministe pour le Développement Local.

« Je crois qu’après 1992, on a commencé d’écouter la voix des femmes et nos luttes, grâce à la force que le mouvement féministe organisé avait pris. Je pense aussi que le changement de gouvernement en 2009 ( arrivée au pouvoir du FMLN) a permis de concrétiser certaines demandes des organisations sociales comme la présence de féministes dans les instances gouvernementales du président Mauricio Funes. »

Mais malgré les changements dans des secteurs importants comme la politique, l’emploi, et même le secteur militaire où l’on accepte la participation féminine, Mariana considère qu’il existe des thèmes qui continuent de trainer une bonne couche d’obscurantisme. « Le Salvador n’a pas de programme d’éducation sexuelle libre de préjugés ». Et elle ajoute que le pays « a pénalisé l’avortement en toute circonstance, y compris quand la vie de la femme est en danger ».

L’anthropologue et féministe étatsunienne Ellen Moodie, titulaire d’une chaire dans l’Université de l’Illinois, qui a effectué des recherches sur la transition à la démocratie au Salvador après la signature des accords de paix, déclare : « Il n’y a pas de situation de liberté chez les femmes pour prendre leurs propres décisions en matière de reproduction. La femme vit dans une ambiance de suspicion. Si elle subit un avortement spontané, on suspecte qu’elle l’a provoqué illégalement. Les lois du Salvador en matière d’avortement sont parmi les plus restrictives du continent. »
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Où en est le droit des femmes à l’avortement en Am. Latine ?

Morena, du Collectif Féministe pour le Développement Local et Présidente du Groupe Citoyen pour la Dépénalisation de l’Avortement Thérapeutique, récapitule la situation : « En Amérique Latine, trois pays ont une législation qui permet l’avortement (Uruguay, Porto Rico et Cuba) ainsi que le District Fédéral de Mexico, jusqu’à la 12e semaine de grossesse. »

« Dans onze pays, l’avortement est permis dans différentes circonstances liées aux risques pour la santé ou la vie, ou pour des raisons psychologiques, ou quand il est dû à un viol, ou quand on a détecté des anomalies congénitales incompatibles avec la vie extra-utérine. Dans deux de ces pays l’avortement est autorisé uniquement quand il y a risque pour la vie de la mère. »

« Dans 5 pays, l’avortement est interdit et poursuivi pénalement. (Chili, Nicaragua, El Salvador, Honduras, République Dominicaine). Au Salvador, des femmes qui sont venues à l’hôpital avec une hémorragie après une fausse couche ont été aussitôt accusées d’avoir provoqué l’avortement. On les a conduites en prison! Les condamnations vont de 30 à 40 ans de prison !! La majorité de ces femmes sont jeunes, vivent en situation de pauvreté, ont un bas niveau éducatif et en général, ne peuvent pas payer une défense efficace. »

 

« D’abord nous informons la population : nous faisons connaitre la situation et surtout, les conséquences négatives de la législation. Nous le faisons avec d’autres organisations de femmes, avec des étudiantes de l’Université et des centres éducatifs, ainsi qu’avec des professionnels de la santé et de la justice. De plus, nous défendons les femmes accusées et condamnées pour avortement et pour complications obstétricales. Nous cherchons des alternatives pour présenter des recours de révision de sentence ou de renforcement de la défense dans la cas où la personne ne serait pas encore condamnée. Nous avons déjà sorti de la prison plusieurs femmes, la première en 2009. Nous faisons prendre conscience aux médecins et au personnel des hôpitaux publics qu’ils peuvent respecter le secret professionnel et défendre leurs patients au lieu de les dénoncer. »

« Nous appuyons des femmes auxquelles une équipe de médecins a recommandé l’interruption de grossesse pour raison majeure, comme Beatriz pour grossesse anencéphalique ( = vie de l’enfant impossible hors de l’utérus ). Elle sollicita l’interruption de sa grossesse et nous avons appuyé sa demande. Les médecins de l’hôpital refusèrent de pratiquer l’interruption de peur des conséquences pénales à leur égard. Nous avons dû demander à la Cour Interamericaine de Droits Humains de l’Organisation des Etats Américains. »

« Nous déployons aussi des stratégies d’information, d’éducation et de sensibilisation pour la prévention de la grossesse adolescente, auprès des jeunes, des enseignants et des familles, dans les centres éducatifs. Au niveau international nous présentons divers rapports qui défendent les droits humains, ainsi que des plaintes contre l’Etat du Salvador pour violation de droits humains dans des cas flagrants comme celui de Beatriz. »

 
Quelques réflexions…… (10 / 01 / 2014 )
( de Juan José Tamayo, directeur de la Chaire de Théologie et Sciences des Religions de l’Université Carlos III de Madrid, et Federico Mayor Zaragoza, président de la Fondation Culture de PAIX) (ALAI)

« …Sur un thème social, légal et aussi complexe que celui de l’avortement, le minimum que l’on puisse exiger est la cohérence. Ils font preuve d’une grave incohérence, ceux qui condamnent l’avortement avec la même véhémence qu’ils mettent à défendre la peine de mort. Ils soutiennent aussi la confrontation de guerre et demeurent impassibles devant un génocide collectif, dû à la faim ou à l’abandon… »

« … De nombreux évêques défendent la vie, c’est vrai, mais la vie du non-né et la vie après la mort. Par contre nous ne voyons pas autant de zèle pour défendre la vie des personnes déjà nées, surtout de celles qui voient leur vie menacée jour après jour, en particulier les femmes victimes de femicidio… »

« …Assurer la qualité de vie avec toutes les connaissances scientifiques est une action essentielle de l’Etat. Imposer par loi une vie de souffrances et d’inhumanité aux personnes qui naitront avec de graves handicaps, interférer par loi dans les consciences des femmes au point de les violenter, ne pas respecter leur droit à décider sur des questions aussi personnelles, intimes et décisives pour leur vie, comme la maternité, et l’imposer par décret est le propre des Etats totalitaires… »

 

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