GUATEMALA : La politique de la « mano dura » ne parvient pas à réduire assassinats, extorsions, vols, séquestrations et féminicides.

(Noticias Aliadas, septembre 2014)

Le 7 juin, un voyage ordinaire se convertit soudain en cauchemar pour les passagers d’un bus qui se dirigeait vers la Colonia Maya, un quartier à la criminalité particulièrement élevée : un véhicule s’arrêta près du bus et un homme tira une rafale en direction du conducteur, terrorisant les passagers. Le conducteur fut blessé mais les passagers réussirent à abandonner le bus sains et saufs.

De telles situations surviennent fréquemment au Guatemala où, selon les statistiques policières, 97 conducteurs de bus et de taxis furent assassinés durant le premier semestre 2013, en majorité par des membres de pandillas * ou de maras * qui exigeaient de l’argent par extorsion, plus du double du chiffre enregistré en 2012. Ces chiffres montrent que les attaques dans le système de transport public persistent, bien que depuis 2010 un nouveau réseau de transport, le Transurbano, exige que les passagers paient leur trajet avec une carte, pour éviter qu’ils utilisent de l’argent liquide.

L’extorsion est devenue un problème si courant qu’en juillet de l’an dernier un porte-parole du Procureur Général de la Nation a dit que même des collecteurs de déchets et des travailleuses sexuelles du centre-ville étaient obligés par les pandilleros de payer un « impôt » par extorsion.

En outre les taux de féminicides ont continué de croître et selon l’INACIF ( Institut National des Expertises ), 759 femmes furent assassinées en 2013, une augmentation de 7,35 % par rapport à l’année précédente. Le Premier Ministre, Mauricio López Bonilla affirma que cette augmentation était le résultat d’une plus forte implication des femmes dans la criminalité, explication trop facile qui transfère la responsabilité sur les victimes, selon les militants des droits humains.

« C’est la faute des pandillas »

L’assassinat de deux sœurs adolescentes, Karla Daniela et Nancy Paola, 17 et 14 ans, a commotionné une nation pourtant devenue insensible à la violence. En avril dernier, les deux adolescentes furent criblées de balles à quelques mètres de leur école par des « pistoleros » qui s’enfuirent à moto. Karla Daniela mourut sur place et Nancy Paola décéda à l’hôpital trois semaines plus tard. Ce cas provoqua l’indignation après la visite du Président Otto Pérez Molina l’hôpital pour offrir ses condoléances à la famille de Nancy.

Bien que les enquêtes policières ne faisaient que commencer, il déclara ouvertement que les coups de feu étaient l’œuvre des pandillas et que ces faits devaient servir d’avertissement aux autres jeunes tentés de s’engager dans les pandillas. « Que garçons et filles soient vigilants, pour ne pas être utilisés par les membres de ces maras, qui commencent par les utiliser et finissent par les tuer », déclara-t-il.

Avec 34 assassinats pour cent mille habitants, selon les statistiques policières, le Guatemala continue d’être l’un des pays les plus violents du monde. Il n’est donc pas étonnant que Pérez Molina ait été élu président, surtout en raison de sa promesse de mettre en place des politiques de « mano dura » pour combattre la délinquance, l’une de ses trois promesses de campagne. Les deux autres sont la réduction de la faim et la réforme fiscale.

Le gouvernement a créé dix unités policières appuyées par des experts en investigation criminelle, ainsi que par des militaires dans certains cas. Il s’agit d’affronter des assassinats, féminicides, séquestrations, vols de véhicules et de portables, extorsions. D’autres forces de police ont une mission dissuasive pour diminuer la criminalité dans les barrios les plus dangereux de la capitale.
L’efficacité de cette stratégie a été ardemment débattue. Pérez Molina signale qu’au terme de deux années, le taux d’homicides a été réduit de 38,61 à 34,03 pour cent mille habitants, et y voit un motif de satisfaction.

L’emploi des Forces Armées.

L’expert en sécurité Carlos Mendoza a déclaré à Noticias Aliadas que même si ces chiffres suggèrent une tendance à la baisse des homicides, il est difficile d’en expliquer la raison sans une étude sérieuse et approfondie de ce sujet.

Pour de nombreuses voix critiques, l’utilisation des militaires pour combattre le crime organisé a tiré les sonnettes d’alarme et a été considéré comme un obstacle à la réforme de la Police. Depuis le début de son mandat, Pérez Molina a étendu le rôle des Forces Armées, en envoyant des soldats disperser des blocages de routes dans tout le pays, et en créant de nouvelles brigades militaires pour combattre le trafic de drogues et patrouiller aux frontières.

Mais la mesure la plus controversée a été l’emploi fréquent des Forces Armées pour « intervenir » dans des institutions soupçonnées de faible rendement en raison de la corruption et de leur mauvaise gestion, comme les bureaux de douanes.
« L’armée n’est pas entraînée à garantir la sécurité citoyenne mais la population lui accorde crédibilité et respect. Cependant l’idéal est que la Police Nationale Civile soit capable d’assumer ces fonctions », soutient Mendoza.

L’armée a été utlisée aussi pour réprimer des protestations paysannes, en utlisant avec une fréquence excessive la force contre des civils sans armes, comme en 2012 quand 7 agriculteurs indigènes moururent dans des affrontements entre effectifs militaires et manifestants qui avaient bloqué la Carretera Interaméricaine, dans une manifestation contre les prix excessifs de l’électricité. Le colonel Chiroy Sal et 8 soldats furent accusés d’assassinat extra-judiciaire des manifestants.

* Pandillas et Maras : bandes de jeunes délinquants, au Salvador, Honduras, Nicaragua, Guatemala.

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