L’Amérique Latine dans le monde : la 20ème rencontre du Forum de São Paulo

(ADITAL, 08 – 09 – 2014 )

La ville de La Paz, siège du gouvernement de l’Etat Plurinational de Bolivie, hébergeait du 25 au 28 août la 20ème rencontre de ce Forum ( FSP), auquel participait une large délégation du Frente Amplio Uruguayen. L’évènement se déroulait sous le titre «Faire échec à la pauvreté, conquérir le Bien Vivre, le développement et l’intégration dans Notre Amérique». Avec la participation nombreuse des partis membres du FSP dans les pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, la présence de délégations fraternelles de pays de l’Union Européenne, des Etats Unis et d’Asie, ce fut un succès éclatant qui eut une répercussion internationale notoire.
Né en juillet 1990 à l’initiative de Lula et de Fidel Castro, le FSP compte un quart de siècle d’existence. C’est un précieux instrument d’unité qui a permis de mesurer la consolidation des forces de gauche, les avancées démocratiques, anti-impérialistes et socialistes du continent. Il a mis en évidence les conquêtes des peuples de la Nouvelle Amérique face à la situation critique du monde d’aujourd’hui. Comme le dit Eduardo Galeano : « Nous allons offrir au monde un monde différent ».

C’était la première fois que la rencontre du FSP avait lieu en Bolivie, organisé par le MAS-IPSP (Mouvement pour le Socialisme -Instrument Politique pour la Souveraineté des Peuples). Comme l’exprime la Déclaration Finale, « Il nous est particulièrement agréable d’être dans un pays où un gouvernement des mouvements sociaux réalise une révolution démocratique et culturelle fondée sur la récupération des ressources naturelles, le leadership de l’Etat, l’esprit communautaire et le socialisme dans la perspective de Vivre Bien. Nous déclarons notre soutien au compañero Evo Morales, à son gouvernement et au MAS-IPSP, tout en félicitant le peuple bolivien pour les grandes avancées réalisées dans ce processus de changements profonds : construction de l’Etat Plurinational et application d’un modèle économique qui génère des excédents et les redistribue au bénéfice de toute la population. Nous sommes sûrs que cette révolution ira plus loin encore après les élections d’octobre prochain. Le FSP garantit l’apport de la Bolivie dans l’articulation du socialisme avec le projet émancipateur des peuples indigènes. »

Le continent vit un changement d’époque. Au cours de la rencontre on apprécia le chemin parcouru par le FSP depuis sa fondation : lors de sa création, un seul pays de la région était gouverné par un parti appartenant au Forum et aujourd’hui, ils sont au nombre de dix. La gauche, au cours des dernières années, n’a perdu les élections dans aucun pays après les avoir gagnées. Dans deux cas, le Honduras et le Paraguay, ce sont des coups d’Etat qui ont fait perdre la gauche. «Aujourd’hui l’Amérique Latine vit, non pas une époque de changement, mais un changement d’époque», signale la Déclaration, reprenant la définition du Président Rafael Correa. L’examen de la situation pays par pays confirme la continuité dans l’avancée des forces progressistes et de gauche.

On souligne la victoire, cette année, du peuple salvadorien et du FMLN dans l’élection du Président Sánchez Cerén ; la présence et l’impact de la Révolution Sandiniste de nouveau en marche au Nicaragua, après avoir récupéré le pouvoir en 2006 ; la victoire de la Présidente Michelle Bachelet au Chili, à la tête de la coalition Nueva Mayoría. Ajoutons à cela que l’avancée de la gauche se confirme au Costa Rica avec le Frente Amplio, et au Honduras avec les positions conquises par le Partido Libre, bien que le régime militariste continue d’assassiner les dirigeants de l’opposition. En réaction à ces succès, la droite et l’ultradroite récidivent dans le déploiement d’une stratégie de déstabilisation comme ce fut le cas au Venezuela cette année, au moyen d’actions nettement putchistes qui furent mises en échec par le peuple venezuelien conscient, organisé, mobilisé, ainsi que par les Forces Armées bolivariennes, dont la discipline a pour fondement leur esprit patriotique en défense de la Révolution.

Ce fait met en évidence le risque de la restauration conservatrice qui prétend s’introduire dans notre pays à travers une large gamme d’instruments subversifs dirigés par les Etats-Unis joints à des organisations de droite, à des multinationales et des médias. C’est une sorte de «guerre non conventionnelle» qui est en cours. Dans cette réunion fut aussi évoquée la solidarité avec l’Argentine dans sa lutte contre les Fondos Buitres (fonds vautours, fonds spéculatifs) et pour la souveraineté des Malvines. Ceci rejoint la définition anti-colonialiste qui s’exprime dans la lutte indépendantiste de Porto Rico, celle des territoires sous domination européenne comme la Martinique, la Guadeloupe, Aruba, Bonaire, Curaçao et la Guyane Française, réaffirmant leur droit à l’auto-détermination.

La rencontre se prononça une fois de plus contre le blocus commercial, financier et économique des Etats-Unis contre Cuba, blocus criminel, injuste et inhumain, ainsi que contre la détention par les Etats-Unis des patriotes cubains anti-terroristes. On souligna le processus d’actualisation du socialisme à Cuba qui est d’importance stratégique et économique pour le pays et le continent. Parvenir à une paix juste et démocratique en Colombie est fondamental pour notre région. Un soutien déterminé s’est exprimé pour le dialogue entre FARC-EP et gouvernement colombien à La Havane, pour un cessez-le-feu bilatéral et l’humanisation du conflit.

Les participants furent aussi alertés sur le péril que représente la création de l’Alliance du Pacifique pour le processus d’intégration de l’Amérique Latine et on souligna l’importance de la réunion récente des BRICS ( Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), à Fortaleza (Brésil), et de la création d’une Banque de Développement et la «Cote Accord de Réserve» comme dans la réunion entre les BRICS et l’UNASUR, entre la Chine et la CELAC et le sommet du G-77 plus la Chine.

La conclusion de ce chapitre est que «dans la perspective de l’unité et de l’intégration latino-américaine il est important d’agir pour le renforcement de tous les mécanismes d’intégration et les forums politiques régionaux comme l’UNASUR et la CELAC. De même pour le MERCOSUR, l’ALBA, PETROCARIBE et le CARICOM.» Quant au MERCOSUR, qui nous intéresse particulièrement, on considère fondamental qu’il poursuive le processus d’extension de l’intégration initiée dans le Cône Sud. « C’est ainsi que nous continuons d’avancer et de construire nos propres chemins, surgis de notre propre réalité et de notre propre histoire» signale la Déclaration qui conclut : «Seul le développement de ce processus intégrationniste garantit l’autodétermination et la souveraineté de nos pays, et une fois que nos peuples assumeront cette bannière, le processus sera irréversible.»

Le génocide de Gaza. Les attaques d’Israël dans la Frange de Gaza ont motivé une résolution spéciale, et un représentant palestinien exposa une information détaillée durant la séance plénière. La résolution qualifia de génocide les attentats perpétrés par le gouvernement israelien. L’assemblée réclama une paix digne, totale et définitive, l’observance par Israël des résolutions de l’ONU, et la condamnation des responsables de la violence par la Justice Pénale Internationale.

 

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