CUBA – ETATS-UNIS Le long chemin vers la normalisation des relations …

(Noticias Aliadas, 23/07/2015 – Traduction B. Fieux)

Le gouvernement cubain réclame aux Etats-Unis la levée du blocus économique et la fermeture de la base militaire de Guantanamo.

Daniel López conduit son automobile polonaise de 1984 par les rues peu encombrées de La Havane. Son regard ne quitte pas la chaussée et il parle du sujet qui tient en haleine toute la population de Cuba : la reprise officielle des relations diplomatiques avec les Etats-Unis le 20 juillet dernier après 54 ans de silence.

« Selon moi, ce que veut le président Obama, c’est entrer à Cuba pour renverser le régime depuis l’intérieur », observe le jeune homme. López reconnait les réussites de Cuba en santé publique, éducation et sécurité, mais se plaint de son salaire d’infirmier qui l’oblige à faire un second travail de taxiste informel. « Je ne crois pas qu’avec l’ouverture aux Etats-Unis nous aurons une amélioration réelle de nos salaires, mais sûrement davantage de touristes », dit-il.

Depuis qu’en décembre 2014 le dégel diplomatique fut annoncé, les voyages de citoyens états-uniens à Cuba ont augmenté de 36 % par rapport à l’année précédente, et les communications maritimes et aériennes ont repris. Les projections pour l’économie cubaine sont optimistes. Au premier trimestre de cette année, la croissance estimée du PIB atteignait 4%, alors que l’an dernier elle n’arrivait qu’à 1,3% durant cette même période.

Cuba et les Etats-Unis ont déja réactivé leurs relations diplomatiques, mais il manque encore beaucoup pour les normaliser. « Seule, l’élimination du blocus économique, commercial et financier  qui a occasionné  tant de dommages et de privations à notre peuple, ainsi que la restitution du territoire occupé à Guantanamo donneront du sens au fait historique que nous vivons aujourd’hui » a déclaré le Ministre des Relations Extérieures cubain Bruno Rodríguez, durant la cérémonie d’ouverture de l’ambassade de Cuba à Washington.

Des points en souffrance.

La voie de la normalisation semble longue et abrupte, sachant qu’aux Etats-Unis il n’existe pas de débat public sur la restitution à Cuba du territoire où se trouve la base de Guantanamo. De plus, la levée du blocus commercial est loin d’être approuvée, bien que 59% des Etats-Uniens soient en faveur de sa suppression.

« Aux Etats-Unis se créent des groupes d’entreprises qui appuient la suppression du blocus », explique à Noticias Aliadas Isbel Diaz, de l’Observatoire Critique de Cuba. « Evidemment ils ne le font pas par solidarité ou humanisme, mais parce qu’ils y trouvent des intérêts économiques. Presque toutes ces  compagnies se consacrent à l’agrobusiness et sont en lien avec les organismes transgéniques. Cuba serait un marché vierge pour eux. »

Alfredo, castriste de 75 ans qui participa dans sa jeunesse à la bataille de Playa Girón, voit dans la décision d’Obama la constatation de l’échec de sa politique vis-à-vis de Cuba, mais aussi une menace pour son gouvernement. « Les Etats-Unis ne cesseront pas de lutter contre le gouvernement cubain. Ils le feront comme ils l’ont toujours fait, de manière couverte ».

La fille d’Alfredo émigra aux Etats-Unis voici dix ans et son épouse, qui lui rend visite chaque année, à la différence d’Alfredo, a beaucoup d’expectatives sur l’entrée  possible dans le pays des entreprises états-uniennes. « J’espère qu’ils viendront et qu’ils apporteront le développement. Si l’entrée du capitalisme me fait peur ? Non, je sens qu’il existe déjà à Cuba et l’ouverture aux Etats-Unis n’est qu’un pas de plus dans cette direction. »

Nombreux sont les investisseurs étrangers qui opèrent déjà à Cuba. La Loi sur l’Investissement Etranger de 2014 permet l’existence d’entreprises mixtes  (51% du total) et de capital totalement étranger (4% du total). La norme a créé une Zone de Développement Spécial de 465 km carrés dans le port de Mariel, à 45 km de La Havane, où les entreprises peuvent opérer avec des facilités fiscales et douanières.

Ouverture économique.

Il s’agit seulement d’une des normes qui depuis la décennie 1990 ont amené l’ouverture progressive de l’économie cubaine, encore totalement contrôlée par l »Etat jusqu’à il y a une trentaine d’années. La chute de l’Union Soviétique et la perte de son appui à Cuba précipitèrent l’île dans une crise profonde qui obligea le gouvernement de Fidel Castro (1959-2008) à imposer la Période Spéciale qui signifiait de sérieuses restrictions dans l’approvisionnement en produits de base, et postérieurement le gouvernement de Raúl Castro dut appliquer des réformes économiques à partir de 2008 quand il assuma la présidence.

« Plutôt que des réformes ce sont des actualisations du modèle économique cubain. Quand à un certain moment on a aboli toute la propriété privée, on a commis une erreur », explique à Noticias Aliadas Leonel González de l’Association Martin Luther King de La Havane. « A présent on prétend décharger l’Etat de l’énorme poids que signifie négocier avec chacun, avec la cafetería ou le cireur de chaussures. Le caractère socialiste d’un pays ne se détermine pas par la petite économie, mais par le fait que les moyens et les programmes fondamentaux du pays sont aux  mains de l’Etat, sous son contrôle et sa supervision ».

Une question qui semble intéresser la société cubaine aujourd’hui est de savoir si le contrôle des moyens de production  fondamentaux  par l’Etat correspond à un type de socialisme ou de capitalisme.

« Cuba est en train de construire une société capitaliste dans le style de la Chine et du Vietnam, avec toutes les libertés quant au commerce et aux investissements , mais sans  les « libertés » des démocraties européennes, et avec un parti unique » affirme Isbel Diaz.

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