GUANTANAMO – Persistance et défaite politique

(ADITAL, LA JORNADA – 6/11/2015 – Trad. Bernadette Fieux)

La Chambre des Représentants des Etats-Unis a approuvé hier une proposition de Loi de Défense de 600 mille millions de dollars, qui dans les faits limite le transfert de prisonniers de la prison de Guantanamo au territoire états-unien et à des pays tiers. Elle fait obstacle, par conséquent, à la fermeture de ce camp de concentration du pays voisin en territoire cubain.

En s’exprimant longuement sur ce thème, le président de cette instance législative, le républicain Paul Ryan, dit que  les prisonniers de Guantanamo devraient plutôt rester ici. Une telle affirmation préfigure un nouveau refus du Capitole à la Maison Blanche au sujet de ses intentions de fermer la prison située dans l’enclave caribéenne. Peut-être est-ce l’imminence de ce scénario qui a amené  le gouvernement de Barack Obama à déclarer qu’il n’exclut aucune option et qu’il pourrait agir sans l’aval du Congrès – par exemple par un ordre exécutif – pour assurer la fermeture du centre de détention établi à Guantanamo par George W. Bush.

Indépendamment du choc prévisible  entre l’administration d’Obama et la majorité républicaine qui contrôle la Chambre des Représentants, ce qui est à noter, c’est que le mandataire est sur le point de débuter la dernière de ses huit années de gouvernement sans avoir pu concrétiser l’une de ses principales promesses de campagne, qui avait éveillé l’enthousiasme et le soutien d’un secteur important de l’opinion publique nationale et internationale, – la fermeture définitive de Guantanamo -, et que cela se traduira inévitablement par un discrédit historique et une frustration pour les secteurs sociaux progressistes des Etats-Unis.

Certes, l’impuissance d’Obama devant cette affaire s’est vue aggravée depuis que l’opposition républicaine a pris le contrôle des deux Chambres du Congrès, depuis les élections intermédiaires de l’an dernier, mais cette opposition commençait à se manifester dès les premiers mois de son gouvernement, quand le mandataire comptait sur l’appui majoritaire de ses coreligionnaires au Capitole ; dès lors, il devint manifeste que le pouvoir du complexe militaire industriel était capable de résister aux directives présidentielles aussi raisonnables et d’une nécessité aussi évidente que la fermeture du camp de concentration de Guantanamo.

Maintenant, quand pratiquement toutes  les décisions présidentielles importantes doivent passer par l’aval des majorités républicaines, Obama affronte la perspective de tendre encore un peu plus le climat politique  avec le Législatif, ou bien d’assumer une grave défaite politique.

Au-delà de la circonstance paradoxale que le président du pays le plus puissant du monde soit incapable de faire avancer l’un des éléments centraux de son agenda, la persistance de Guantanamo ratifie la projection de Washington comme un violeur habituel des droits humains et de la légalité à  l’échelle  mondiale.

Malgré la perte de prestige recueillie par Washington comme conséquence de ses conduites barbares, anormales et délictueuses, engagée dans sa guerre contre le terrorisme, il n’y a dans la classe politique de ce pays ni volonté ni intérêt à remonter la dégradation morale; au contraire, en tolérant et en poursuivant les pratiques abominables et les traitements inhumains qui ont lieu à Guantanamo, l’establishment états-unien a contribué à accroître cette débâcle.

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