Des nouvelles de nos partenaires : CHUNAVI (Bolivie)

BOLIVIE

Après le chantier de Tuni en 2012, le Comité Amérique Latine du Jura s’est associé financièrement à la construction d’un réservoir à Chuniavi. Compte-rendu d’Alain Malatrait, décembre 2015

Construction réservoir de Chuniavi 35 m3Chuniavi est un village d’agriculteurs aymaras perdu sur l’Altiplano, à 4100 m d’altitude, au pied de la majestueuse Cordillère Royale. Bien que l’eau soit partout présente, en période sèche elle devient plus rare (réchauffement climatique, disparition des glaciers…) et polluée par les pâturages à lamas.

Le village de 700 hab. dispose actuellement d’une petite source au débit fluctuant (20 à 50l/mn) et d’un réservoir de 15 m³. Les coupures d’eau sont fréquentes et le collège n’est plus alimenté dans la journée.  Par ailleurs le dispositif de chloration fonctionne mal.

La mission consiste à construire avec la communauté un réservoir complémentaire et à capter plusieurs sources. C’est l’objet de la 1ère tranche du projet élaboré après la mission exploratoire faite avec Maurice Bolze  en octobre 2014. Le montant disponible est de 6050€.

Nous sommes arrivés à Chuniavi en pleine forme, acclimatés à l’altitude après 2 semaines passées dans le Sud Lipez. Nous, ce sont Guillaume, Adrian et Dorian, 3 jeunes ingénieurs centraliens (dont mon fils) qui ont saisi l’opportunité de m’accompagner durant 1,5 mois, enthousiasmés par l’idée de parcourir la Bolivie et de participer à une mission humanitaire.

Comme en octobre 2014, les responsables de la communauté nous ont accueillis chaleureusement. Les Mallkus (élus) ont fait un discours de bienvenue en espagnol puis en aymara, leur joue gonflée par une boule de coca. Ils nous ont offert à boire un jus de fruit exotique puis invités en riant à mâcher des feuilles de coca. Nous nous prêtons au jeu, avec prudence pour rester lucides… Nous discutons du projet, tandis que  les Cholitas préparent 4 lits dans un local de la mairie, qui sera notre « casa » durant 2 semaines.

Victor, le maire, et Jaimé (guide de haute montagne et parlant bien français) nous disent que 17 villageois seront tous les jours sur le chantier et que le transport sera assuré par la communauté. C’est parfait !  Par contre ils émettent le souhait, d’une part de déplacer le nouveau réservoir vers le bas et d’autre part d’augmenter sa capacité, soit 35 m3 au lieu de 20 m3 prévus,… C’est vrai que la traversée du rio Tuni  durant le chantier, puis pour l’entretien, est une difficulté que nous n’avions pas bien perçue. Bref, nous recalculons les dimensions du réservoir et recherchons le meilleur dispositif de connexions pour optimiser les volumes disponibles pour le village et 3 communes à l’aval (trop-plein). E-mail à Maurice B. pour avoir son avis d’expert. Par ailleurs, le surcoût s’avère minime, compte-tenu de la baisse du prix des matériaux et du salaire réduit à un seul maçon qualifié au lieu de 2 prévus.

Le lendemain matin, une pelle mécanique commence la fouille (prof. 2m). Les villageois et les 3 J.V. (jeunes volontaires HSF) creusent la tranchée d’évacuation à l’aval. De mon côté je pars à El Alto avec une équipe d’Epsa (comité de l’eau présidé par Simon M.) et le vieux camion de Victor pour aller acheter les matériaux de construction. Une bonne partie de la journée nous arpentons les marchés et les magasins à la recherche de 100 sacs de ciment, 600 kg de coffrages et étais, 300 briques, 500 m de tiges d’acier, etc,… Le camion est bien chargé lorsque nous reprenons la route sous une pluie battante, sans essuie-glace !  Au poste de contrôle, un policier veut stopper le camion et verbaliser  Victor, car  le pare-brise est lardé de fissures. « Je suis le maire de Chuniavi. Je n’ai pas eu le temps de réparer, bla bla… »  Bref, il nous laisse repartir, quelques bolivianos en poche.

Sur la mauvaise piste qui relie Chuniavi à la route asphaltée, le camion tangue, grince. Les 4 personnes assises sur les planches se cramponnent pour ne pas être éjectées.

Nous arrivons enfin au chantier et tout de suite le déchargement commence sous les ordres de Simon et de Eloy, le « maestro albanil », qui a dirigé le chantier de Tuni  avec Sébastien Fourcade en 2012.

Ce premier jour se termine par une réunion  pour organiser les journées suivantes. Une liste désigne les 17 villageois, hommes et femmes, qui devront travailler chaque jour, excepté le dimanche. Les personnes d’Epsa  coordonnent avec Eloy les différentes tâches. La motivation est bien palpable. C’est top !

Rappel sur le projet global de HSF, qui comporte le captage de 5 sources (débit total ~ 2l/sec), la pose de 12,5 km de conduites enterrées et la construction d’un réservoir de 20 m3. La liaison jusqu’au village (4km) et la distribution sont à la charge de EPSAS (Compagnie des Eaux de La Paz). A savoir aussi que EPSAS a réalisé le réseau d’assainissement en 2014-15.

Pour le projet HSF ci-dessus, le montant total estimé en 2014 s’élève à 54.000 €.

Fin 2015, les porteurs du projet ne sont pas encore bien identifiés… avant de solliciter l’Agence RMC.

La communauté de Chuniavi  n’a pas attendu le financement pour commencer dès le mois d’avril  2015 à creuser la tranchée de la conduite principale en fond de vallée (9,5 km). Leur volonté d’avancer, de s’investir pour construire le réservoir (main d’œuvre, sable, gravier, transport,…), exprimée dans les échanges de courriers électroniques,  nous a convaincus d’anticiper son financement. La somme de 6050 € a pu être réunie (dons de particuliers, CALJ, reliquat de 2014) fin septembre, juste avant de partir,… C’est  une démarche exceptionnelle qui répondait à plusieurs opportunités : voyage programmé en Bolivie avec 3 jeunes ingénieurs volontaires, villageois disponibles à cette époque, fin de période sèche.

Retour au chantier. La fouille de 4,5 m x 4,5 m se termine à la pelle et à la pioche dans la boue, suite à un oTransport des pierresrage. Un coup de pioche malheureux perce la conduite existante à l’aval. Un geyser arrose les proches, diminuant peu à peu avec la vidange du réservoir de 15 m³… Eloy et Simon colmatent le trou avec du ruban adhésif. Un petit incident parmi d’autres… Ensuite les pierres transportées par les femmes sont réparties pour constituer le support du béton d’assise.

Le travail continue ainsi tous les jours dans la bonne humeur, ponctué de pauses coca incontournables. A midi, le repas est pris chez soi ou ensemble sur place ; il est composé souvent de soupe, patates diverses, gros maïs (choclo) et de viande de lama. Le soir, 2 cuisinières nous mijotent des repas traditionnels, toujours avec des soupes de légumes variés succulentes et qui nous réchauffent, car notre chambrée est frisquette. Dehors la température nocturne descend en-dessous de 0° et parfois il tombe un peu de neige.

Un moment inoubliable, c’est la mise en place des nombreux fers à béton avec du vent ! Le challenge, c’est de maintenir les tiges verticales le temps de les attacher. Un autre moment délicat c’est la mise en place à la main des coffrages extérieurs des murs. Ils sont très lourds, difficiles à manipuler sans engin de levage, ni treuil, ni poulie,… La débrouille avec du monde, ça marche ! Construction réservoir

Au bout de 10 jours, tout est prêt pour le coulage des murs. Le jour venu, 50 villageois sont là avec Guillaume, Dorian et Adrian. A chacun sa tâche : transporter, malaxer le sable et le ciment en deux tas, faire la chaine pour transporter l’eau depuis un ruisseau, passer les seaux de ciment jusqu’au sommet de l’échafaudage, répartir le ciment coulé avec des barres,… Quel beau chantier !   De la bonne humeur et jamais de cris. Cet entrain fait plaisir. Je prends des photos et filme ces instants de vie harmonieuse, dans un décor grandiose…

En fin de journée, alors que le coulage est terminé, un gros étai en bois se rompt, côté intérieur.  Aille !  Le coffrage bouge légèrement. Eloy est très inquiet. Il se précipite avec Simon et d’autres pour renforcer la zone fragile avec des morceaux de bois. Ouf, tout rentre dans l’ordre. Tout le monde regagne le village,  mais les gens d’Epsa et Eloy ne sont pas tout à fait sereins, d’autant plus que des averses de pluie-neige sont annoncées. Au lever du jour, Eloy se rend sur le chantier pour constater avec soulagement que rien n’a bougé.

Nous laissons le chantier en l’état, obligés de quitter Chuniavi. Je confie 500 € à Simon pour l’achat de matériaux  et pour payer Eloy qui s’est engagé à terminer le réservoir et la clôture de protection sans tarder.

Nous partons satisfaits d’avoir réalisé notre mission qui était d’avancer au maximum la construction du réservoir, cela en respectant l’enveloppe financière. En prime, nous avons capté 3 sources avec des ouvrages rustiques en pierres maçonnées. Je recevrai 2 semaines plus tard un e-mail de Jaimé m’indiquant que la dalle BA du toit est coulée, photo à l’appui. Par ailleurs, la pose de la clôture a commencé.

Bien sûr, nous avons fait une visite à Tuni. J’ai retrouvé Don Calixto (71 ans), le « sage » de la communauté, heureux de vivre ici avec sa femme et ses lamas. Les installations AEP sont bien entretenues et la microcentrale rénovée récemment par des italiens tourne sans problème. Sa capacité atteint 10kw.

La veille du départ, les villageois nous invitent à une soirée festive animée par un groupe de musiciens de la communauté. Nous dégustons du saucisson, du fromage, des friandises et buvons de la chicha, raisonnablement,… Les danses locales (huaynos) font tourner la tête. Pas facile à 4000 m d’altitude !… Nos gesticulations avec les cholitas font rire tout le monde !.  Des présents nous sont offerts : de jolis luchos (bonnets) et chalinas (châles) en alpaga. Le maire fait un discours, relayé par d’autres pour nous remercier chaleureusement de notre participation à un projet qui leur tient à cœur.

En conclusion, cette mission rondement menée nous a enthousiasmés, autant d’un point de vue technique qu’humain. Pour Guillaume, Dorian et Adrian, c’est une expérience qu’ils n’oublieront pas ! Juste avant de recevoir leur diplôme fin novembre et de rentrer dans la vie active… Ils disent qu’ils reviendront !

En marge de cette mission, la communauté de Chuniavi, 4 communautés à l’aval et l’association des « Regantes » du canton ont sollicité HSF pour les aider à construire un barrage sur le rio Tuni. Le réservoir de ce barrage est destiné d’une part à l’AEP et d’autre part à l’irrigation des cultures  en période sèche. Une demande officielle a été transmise par les Regantes…

Jakisingnkama masi Jilata y Kullaka Chuniavi !
(Au revoir amis frères et sœurs de Chuniavi !)

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