AMÉRIQUE LATINE – Féminicides.

(Bulletin SOLAL, du Comité Amérique Latine de Caen, hiver 2015-2016)

En juin dernier, des centaines de milliers de personnes ont manifesté en Argentine pour condamner les violences faites aux femmes. « Pas une de moins », ce slogan de ralliement s’est répandu sur les réseaux sociaux à travers le pays et au-delà des frontières argentines; des marches ont eu lieu aussi au Chili, en Uruguay et à Mexico.

Trois meurtres ont déclenché cette vague d’indignation dans tout le pays :  une institutrice de maternelle égorgée par son ex-mari devant ses élèves, une adolescente de 14 ans enceinte tuée, puis enterrée dans le jardin de la maison familiale par son ex-petit ami, une femme criblée de balles à la terrasse d’un café par son ex-compagnon ; en Argentine, toutes les 31 heures, un féminicide est commis.

C’est au Mexique qu’a émergé ce terme de féminicide suite aux centaines de meurtres de femmes à Ciudad Juarez ; ces victimes ne peuvent pas être exactement quantifiées en raison même de leurs spécificités contextuelles. En 1996, Marcela Lagarde, célèbre anthropologue mexicaine, dans le cadre de son travail sur ces évènements, a alors proposé le terme de « féminicide », exposant une définition et un cadre d’analyse clairement féministe pour comprendre ce phénomène. Pour elle, « il s’agit d’un crime de genre, misogyne, de haine contre les femmes dans un contexte de grande tolérance sociale ; l’Etat y joue un grand rôle dans son impunité qui constitue l’une des caractéristiques majeures du féminicide » .

Comme le met en évidence une étude de l’ONU sur les féminicides au Mexique, une autre de ses caractéristiques est dans la forme de ces assassinats : si deux tiers des meurtres d’hommes sont perpétrés avec une arme à feu, les femmes sont étranglées, étouffées, noyées, empoisonnées, violées et mutilées. Les victimes montrent souvent des signes de torture, de viol, ou encore de mutilations génitales et au niveau de la poitrine, ainsi que des parties du corps démembrées… ou comment détruire cruellement tout ce que peut représenter la Femme.

Même si l’Amérique Latine n’a pas la triste exclusivité mondiale des homicides de femmes, l’Amérique Centrale détient la première place en particulier au Salvador où elle est la première cause de mortalité des femmes, selon l’ONG « Centro de de Derechos de Mujeres », suivi par le Honduras et le Guatemala. Dans ces 3 pays, les escadrons de la mort et les guerres civiles ont laissé en héritage une violence extrême où l’impunité persiste.

Mais cela relève également de l’histoire dominante des normes patriarcales présentes depuis des siècles dans presque toutes les sociétés à l’échelle mondiale. Ces normes supposent que les femmes sont la propriété des hommes, et sont vouées à être traitées et éliminées selon les caprices des hommes.

Depuis quelques années, une quinzaine de pays d’Amérique Latine ont inscrit dans leur code pénal le féminicide comme circonstance aggravante d’un meurtre lorsqu’il est commis sur une femme par un proche. Ainsi en Argentine, alors qu’un meurtre entraîne une  peine de 15 à 20 ans de prison, un féminicide condamne à la perpétuité. Ce cadre légal particulier se limite aux meurtres perpétrés dans la sphère privée, conjugale ou familiale, mais surtout malgré cette « reconnaissance  » légale, leur nombre est en perpétuelle progression ainsi que toutes les autres violences faites aux femmes.

Les institutions judiciaires et celles des polices sont en  grande partie responsables de cette impunité. Au Guatemala, seulement 2% des cas de femmes assassinées ont été examinés en 2013 et au Honduras, moins de 2% des cas ont fait l’objet d’une enquête. Dans les cas qui arrivent à être portés jusqu’au tribunal guatémaltèque, 90 % des prévenus ne sont pas condamnés. Il en est presque de même au Salvador. De janvier à octobre 2014, plus de 300 corps de jeunes femmes de 12 à 18 ans ont été retrouvés dans des fosses communes anonymes.

 

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