NICARAGUA – Du Sandinisme à « l’Orteguisme »…

(confidencial.com.ni / envio.org.ni) – Décembre 2015 – Trad. B. Fieux.

« … Secrétisme et autocensure… De moins en moins de médias mettent en cause l’exercice du pouvoir et très rares sont les personnes qui veulent parler en public… »

Le Nicaragua dispose d’une des meilleures lois d’accès à l’information publique d’Amérique Latine (LAIP). Mais cela ne suffit pas. Le problème de fond continue d’être le silence total des sphères gouvernementales. La demande d’information est constamment laissée de côté. Il est probable que cette réticence vienne de ce que cette loi, approuvée en mai 2007, en était encore au stade parlementaire au moment où Ortega a assumé la présidence, après Enrique Bolaños. Mais pour qu’elle soit mise en œuvre il faut surtout de la volonté politique.

Depuis presque 9 ans qu’il est au pouvoir, jamais Ortega n’a manifesté la volonté d’en tenir compte. Il n’a jamais accordé d’entrevues ni à des médias ni à des journalistes nicaraguayens.

La Prensa (journal d’opposition) enregistre jour après jour le temps qui s’écoule sans que les diverses sollicitudes reçoivent de réponse. Le dimanche 6 décembre 2015, 3248 jours s’étaient écoulés sans que le mandataire daigne répondre aux demandes du journalisme national. Il est vrai qu’il préfère le monologue au dialogue. Peu lui importent les dispositions contenues dans la LAIP. Le centralisme informatif est absolu. On ne doit entendre qu’une seule voix, la voix de celui qui gouverne. Le gouvernement se montre imperméable à la critique. Et on ne perçoit pas de perspective de changement…

Le silence atteint aussi les fonctionnaires du gouvernement. Ceux qui ont décidé de parler en ont payé le prix : ils ont été éjectés de leurs responsabilités. Ainsi Margine Gutiérrez, Directrice de la Culture, a-t-elle été licenciée brutalement pour avoir exprimé son désaccord lors de la remise de deux manuscrits originaux du poète national Ruben Darío au commandant Hugo Chávez. Et la députée sandiniste Xóchitl Ocampo a été également privée de son siège parlementaire pour s’être abstenue de voter en faveur de la concession onéreuse faite à l’investisseur chinois pour la construction du canal interocéanique…

Il existe une liberté d’expression conditionnée : la détermination de la famille présidentielle de créer son propre appareil médiatique ; le contrôle qu’elle exerce sur l’accord partiel de licences de radio, télé, téléphone, l’accaparement en sa faveur de la publicité officielle, le refus du mandataire d’accorder des interviews, les agressions physiques envers les journalistes, etc. font partie d’un ensemble de mécanismes qui limitent l’exercice de la liberté d’expression. Et pour le journaliste Carlos F. Chamorro, « l’autocensure est devenue l’une des maladies les plus graves de ce pays »…

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