NICARAGUA – Témoignage de l’ONG CIR (Christliche Initiative Romero)

CIR – Christliche Initiative Romero – Münster (Allemagne)
( mars 2016)

Lors de son dernier voyage notre référent pour le Nicaragua, Thomas Krämer, a constaté des améliorations sociales diverses et en même temps des reculs de la démocratie. Il a voulu s’informer davantage et nous apporte ici une tentative d’explication.

« Pendant des années nous avons collaboré en bonne entente avec le Ministère de l’Education et les écoles locales ; nous avons organisé des cours d’information sexuelle dans les écoles, des séances de formation des enseignants sur le thème de la violence et bien d’autres choses encore. Et maintenant ils nous ferment les portes, sur ordre venu d’en haut… » La colère de Nora Barahona, directrice du Centre des Femmes de Masaya, est grande, même si son cœur bat toujours pour le sandinisme.

Par contre Klemen Altamirano, coordinatrice du collectif local de femmes, a depuis longtemps déjà tourné le dos au Parti gouvernemental FSLN et à son président Daniel Ortega. Ancienne militante du FSLN, il y a peu de temps encore elle coopérait bien avec la police locale et les services sanitaires de l’Etat, mais maintenant c’est terminé: « Sur ordre de l’épouse du président, Rosario Murillo, un travail commun entre des organisations nationales et des ONG a été interdit s’il n’y avait pas d’autorisation exceptionnelle écrite provenant de source officielle à Managua. Officiellement le gouvernement veut maintenant résoudre seul tous les problèmes sociaux, mais en fait c’est seulement l’expression de sa méfiance envers nous … et envers sa propre population ».

Ce sujet m’a accompagné tout au long de mon séjour l’an dernier. Plusieurs organisations partenaires du CIR ont des difficultés à mettre en œuvre leurs projets comme prévu, parce que le travail commun sur place, bien rodé, n’est plus possible. « Dans tous les domaines le gouvernement fait de plus en plus preuve de tendances autoritaires, » se plaint Vilma Nuñez, présidente de l’organisation de défense des droits humains CENIDH. « Les droits démocratiques sont de plus en plus limités par des décisions arbitraires de l’Etat, et les droits de l’homme sont piétinés. »

Vilma, autrefois candidate du FSLN à l’élection présidentielle, nous dépeint en noir l’avenir du pays. Elle compare la situation à celle de la dictature Somoza dans les années 70, qu’elle avait elle-même combattue avec les Sandinistes. Pour beaucoup, – pour moi aussi -, cette comparaison est exagérée. Pourtant avec sa critique elle a raison. Les traits autoritaires du gouvernement deviennent de plus en plus nets, quand il s’agit de manifestations de rues contre ses décisions politiques.

Un gros point litigieux des dernières années : le grand canal interocéanique prévu, qui va partager le pays en deux et mettre grandement en péril le lac Nicaragua. Les paysans qui craignent d’être expropriés manifestent dans les rues et font l’objet de répressions massives.

Lors des manifestations à Managua le FSLN engage des troupes de types qui traversent la foule à moto et avec des battes de base-ball ils frappent les manifestants au passage, sous les yeux de la police. Les leaders des manifestants sont arrêtés et emmenés dans des lieux inconnus. C’était pareil aussi pour les protestations contre la mine d’or, à Las Minas, et aussi pour la journée des Femmes le 8 mars 2015.

Pourquoi cette attitude envers la société civile ? Pourquoi ces restrictions de la participation démocratique et cette répression ouverte des manifestations ? Le gouvernement sandiniste aurait-il peur pour son pouvoir ? Nullement : jamais encore les résultats des sondages en faveur du FSLN n’ont été aussi hauts. Pour les élections présidentielles de novembre, l’éternel candidat Daniel Ortega obtient de 60 à 70 % de soutien. Le FSLN peut dès maintenant être sûr de sa victoire électorale, d’autant plus que tous les partis d’opposition, avec chacun moins de 10%, sont extrêmement faibles.

La raison de la forte adhésion dont bénéficie Ortega dans les sondages, il faut la chercher dans les nombreux programmes sociaux réalisés par son gouvernement au cours des dernières années.Il s’agit d’une part d’aides ponctuelles (tôles pour les toits, mini-crédits, porcs ou vaches, etc…) ou encore de programmes à long terme pour l’amélioration des structures de santé ou des écoles. Et l’infrastructure des campagnes s’est aussi sensiblement améliorée, le gouvernement a fait réparer les routes, investi dans des énergies qui permettent d’assurer presque toujours l’électricité et l’eau, même en période de sécheresse – ceci à la différence des gouvernements précédents. La pauvreté à la campagne a diminué sensiblement, et beaucoup ont l’impression que le pays remonte la pente.

Alors pourquoi ces tendances autoritaires de la part du gouvernement ? Ce comportement ne semble explicable que du point de vue psychologique : rappel de l’expérience traumatisante de la défaite sandiniste des présidentielles de 1990, qui mit fin à la Révolution. « Jamais plus ! » semble s’être juré Ortega.

Mais ainsi, il a aujourd’hui derrière lui un pays divisé et gâche la chance d’un développement durable, social et démocratique pour le Nicaragua…

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