VENEZUELA – Le Vénézuela a-t-il faim … ?

(Infos TELESUR, 18/06/2016 – Trad. B.Fieux)

L’opposition vénézuélienne accuse de « mauvaise gestion économique » le gouvernement de Nicolas Maduro, qui conduirait le pays à une « crise humanitaire » par manque d’aliments et de médicaments. Le gouvernement, de son côté, démontre qu’il s’agit d’une guerre économique. Quel est le scénario ?

Ont-ils faim ?

Le mot « faim » se réfère à l’état général de carence d’aliments et à l’insécurité alimentaire qui affecte une population. Les médias locaux diffusent des enquêtes suggérant que les Vénézuéliens sont mécontents du fait de la diminution de leur consommation alimentaire.

Bien que les enquêtes d’opinion n’aient jamais été très fiables, – leur contenu s’alignant fréquemment sur les intérêts de l’opposition -, les Vénézuéliens ont effectivement changé leur consommation du fait des difficultés actuelles mais cela ne signifie pas qu’ils souffrent de la faim.

Selon la FAO, un pays jouit de la sécurité alimentaire quand la disponibilité  d’aliments se situe au moins à 2070 kilocalories quotidiennes par personne. Or, les chiffres de l’Institut National de Nutrition, validés par la FAO, montrent au Venezuela une tendance à la hausse, – avec des hauts et des bas -, à partir de 1999, et atteignant 3000 kilocalories en 2015.

Il n’existe pas d’étude récente sur les variations de la diète vénézuélienne mais les excès d’aliments transformés, industrialisés, joints à une insuffisance de légumes / fruits frais et donc de vitamines, sont facteurs de surpoids. Dans ce cas, l’obésité ne reflète pas la quantité de nourriture consommée par la personne mais la consommation de grandes quantités à faible valeur nutritive. Phénomène relativement nouveau au Venezuela, l’obésité touchait 30,7 % de la population en 2014.( 29,05 % au Chili, 23,35 % en Uruguay).

« Faire la queue » : instrument de guerre ?

« Avant, dit la sociologue Maryclen Stelling, faire la queue était une habitude paisible, on y échangeait les problèmes communs au-delà des divergences politiques, mais à présent la passivité a disparu : c’est devenu une stratégie de survie parce que les aliments nécessaires sont rares… C’est une compétition et non un moment de partage ! »

Depuis le début de la guerre économique (il y  a 3 ans), les files se formaient devant les supermarchés pour acheter plus de produits que le nécessaire. Maintenant, ces files d’attente sont devenues le « modus operandi » des « bachaqueros » : ces gens achètent des produits de base à des prix régulés par le gouvernement pour les revendre dix fois plus cher. « Faire la queue » est leur négoce, en complicité avec les distributeurs ou/et les gérants corrompus  des supermarchés qui détournent des produits pour eux.

Inflation de plus de 180 pour cent, spéculation, accaparement, contrebande, extraction et « bachaquero » résument les causes de la crise économique.

Dans cette situation, les bénéficiaires sont ceux qui se consacrent à l’économie informelle, les bachaqueros et les sociétés complices, entre policiers et militaires qui ne laissent pas la marchandise arriver jusque sur les rayons…(Rappel d’une constatation de Henry Kissinger : « Contrôle le pétrole et tu contrôleras les nations, contrôle les aliments et tu contrôleras les personnes… »)

Contre-offensive du gouvernement.

Le gouvernement a mis en place un nouveau mode d’approvisionnement populaire : les CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production). C’est un nouveau système de distribution directe des aliments pour le peuple, qui permet de lutter contre la contrebande des produits prioritaires (farine de maïs, riz, huile comestible, lait en poudre, sucre, haricots, café…).

Cette nouvelle forme d’organisation populaire se charge, avec le Ministère de l’Alimentation, de distribuer, foyer par foyer, des sacs de produits de première nécessité.

Cette initiative a ainsi installé 485 CLAP sur tout le territoire national, et déjà distribué des denrées à 504 000 familles dans 208 municipios, 464 paroisses et 2034 communautés.

Chaque Comité d’approvisionnement est composé de 4 instances : Union Nationale des Femmes (UnaMujer), Unité de Bataille Bolívar-Chávez (Ubch), Front Francisco De Miranda (FFM) et les conseillers communaux de chaque entité. Les CLAP sont certifiés par le Ministère pour les Communes et Mouvements Sociaux afin d’éviter bureaucratie et corruption.

Les CLAP ne sont pas une solution définitive mais c’est une réponse actuelle du gouvernement pour atteindre directement la population en portant les aliments jusqu’aux foyers.

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