PANAMA – L’agrandissement du canal inauguré.

(art. de Javier Llopis Puente, publié par Rebelión, 3/08/2016 – Trad. B. Fieux)

Après neuf années de travaux pharaoniques, un  investissement de 5,5 milliards de dollars et le travail de plus de 41 000 personnes, le canal agrandi fut inauguré  le 26 juin avec le passage du Cosco Shipping Panama, un gigantesque porte-containers chinois se rendant à Kwangyang, Corée du Sud.

Désormais,  le canal pourra accueillir environ 98 % des porte-containers du monde, des bateaux plus grands, – modèle neopanamax – pouvant contenir jusqu’à 14 000 containers, de 49 m sur 366, triplant ainsi la capacité du canal. Jusqu’à présent, les bateaux de cette taille devaient transiter par le Canal de Suez, en Egypte.

Selon les sources de l’ACP ( Autorité du Canal de Panama) la nouveauté des travaux est qu’ils permettront le transit de bateaux qui transportent le GLP (gaz de pétrole liquéfié) produit en grande quantité aux Etats-Unis. Ces bateaux pourront ainsi se rendre plus rapidement et à moindre coût du Golfe du Mexique  au marché asiatique.

Le plan d’agrandissement du Canal de Panama fut présenté le 24 avril 2006 par le Président du Panama, qui était alors Martín Torrijos ( 2004-2009). Le plan consistait en un 3e jeu d’écluses, le plus grand agrandissement depuis la création du Canal le 15 août 1914. De tels travaux sont soumis à une consultation populaire par référendum, et le 22 octobre 2006, ce projet fut approuvé par 76,8 % des votes panaméens.

Cependant, un secteur critique argumenta qu’il existe des facteurs environnementaux à prendre en compte, comme le phénomène El Niño et l’effet du réchauffement global sur les sources d’eau. L’éditeur du Panama News souleva aussi le problème du passage d’eau salée dans  le lac Gatun, qui fournit l’eau potable de la moitié de la population du Panama.

Le projet d’élargissement du canal se vit aussi concurrencé par la future construction du Canal Interocéanique du Nicaragua, construction qui devrait se terminer en 2020. Ce canal partirait de l’Océan Atlantique vers le lac Cocibolca (ou lac Nicaragua) et traverserait l’isthme de Rivas avant d’atteindre l’Océan Pacifique. Ce canal couvrirait une superficie de 270 km2.

Mais selon le vice-président de planification de l’ACP, le projet nicaraguayen « ne peut être un concurrent sérieux à moyen terme par l’importance des obstacles » en se référant au temps de construction, au coût des travaux, – évalué à 70 milliards de dollars -, et aux tarifs qu’il appliquerait aux péages : 12 dollars par tonne au Nicaragua contre 5,90 dollars au Panama. Bien que le Nicaragua insiste que son canal ne fera pas concurrence à celui du Panama, il est certain qu’entre les deux il n’y a que 600 km.

Jan Van Bilsen, cinéaste et journaliste belge résidant au Nicaragua depuis plus de 30 ans, ajoute que même si le canal de Nicaragua prétend être le premier canal à admettre des bateaux de la classe Triple EEE, c’est-à-dire « des bateaux qui peuvent transporter 18 000 containers à la fois, il n’existe qu’une dizaine de bateaux de cette taille sur toute la planète ». En outre, il signale « la quasi impossibilité technique de faire une tranchée profonde dans  le lac Nicaragua : il faudrait faire une sorte de corridor immergé, en béton, au fond du lac ».

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