NICARAGUA – Vies de Femmes…

(Confidencial, revue nicaraguayenne, 07/03/2017 – Trad. B. Fieux)

Ingrid González, 25 ans, conductrice de bus.

Etre derrière le volant d’un bus de transport urbain à Managua, la capitale, comporte une grande responsabilité. Pour Ingrid, c’est une passion qui l’anime depuis toute petite! Elle est une des rares femmes qui sont chargées de trouver les routes à suivre dans la chaotique capitale. En la voyant, la réaction des gens ne se fait pas attendre : beaucoup la félicitent et d’autres la regardent avec désapprobation. C’est un espace habituellement occupé par des hommes, mais Ingrid affirme : « les femmes aussi peuvent le faire ! »
Les gens qui montent dans le bus qu’elle conduit sont impressionnés par « la Chela », comme ils l’ont surnommée. Elle assure qu’ils la remercient de conduire avec précaution et d’être aimable. Ce qui la préoccupe le plus, c’est de devoir faire face aux imprudences des piétons et des passagers, en plus des heures d’affluence et des conducteurs négligents… Elle a un petit garçon et quand elle n’est pas au travail dans le bus, elle passe du temps avec lui…

Rosa Amelia Yesca, 50 ans, cuisinière.

A 17 ans, Rosa Amelia faisait des plans pour son avenir : elle venait de se marier et étudiait le laboratoire clinique. Elle pensait à une famille heureuse, comme dans les contes. Mais la vie l’a conduite sur un chemin bien différent… Un chemin sinueux et plein d’obstacles. Elle fut mariée 27 années et eut deux enfants avec son époux qui ne travailla guère de toute sa vie…Dès le début, il manifesta une addiction pour l’alcool, et Rosa Amelia dut abandonner ses études pour s’occuper de sa famille. Elle laissa les cahiers et les crayons pour les poêles et les marmites et commença à cuisiner pour toutes sortes d’occasion : repas sur commande, gâteaux, fritures, nacatamales. …C’est ainsi qu’elle parvint à élever ses enfants et maintenant sa fille est institutrice et son fils étudie pour devenir médiateur social. Son mari est décédé il y a six ans…

Yanira Bonilla , 46 ans, femme au foyer

La meilleure partie de sa vie de femme au foyer a été de voir grandir ses filles. Elle est salvadorienne et avec sa famille elle est venue au Nicaragua il y a 12 ans, pour le travail de son mari. Il lui fallut affronter les changements mais à présent elle se sent plus nicaraguayenne que salvadorienne !
Après son baccalauréat elle commença à travailler dans une entreprise puis se maria et après la naissance de sa troisième fille elle choisit de rester à temps complet au foyer. Selon elle, ce fut sa meilleure décision !
Elle prit les rênes de la famille, fut selon les besoins chauffeur, cuisinière, et tout ce que réclamait l’administration de la maison. Malgré un travail  parfois difficile et non rémunéré, Yanira est heureuse en aidant ses filles quand cela devient nécessaire, « c’est la meilleure récompense », dit-elle.

Jeymi Zelaya, 28 ans, monteuse de taureaux.

Chevaucher un taureau malgré ses bonds violents, au rythme des tapages festifs, voilà la vie de Jeymi, une jeune femme de 28 ans qui, toutes les fins de semaine, prouve que les spectacles taurins sont aussi appréciés par les femmes.
Elle a commencé à 13 ans. Durant son adolescence elle a supporté les coups et les semonces de son papa, qui la sermonnait pour cette occupation inacceptable à ses yeux. Mais pour elle, c’était une chose qui lui plaisait. La conviction qu’elle avait de parvenir à être une excellente monteuse de taureaux s’affirma avec le temps. Depuis 15 ans elle pratique cette activité et sa bravoure lui vaut des distinctions au niveau centro-américain. Pour elle, vouloir c’est pouvoir, et être femme ne rend pas son rêve impossible. Elle a deux filles et son compagnon monte aussi les taureaux par profession.

Yamileth García, 30 ans, travailleuse sexuelle.

Yamileth parle avec fierté de son organisation et de son travail. Elle est membre de l’Association de Femmes Travailleuses Sexuelles « Girasoles », et elle est travailleuse sexuelle à Muy Muy, département de Matagalpa. Depuis 2015 elle est aussi médiatrice judiciaire accréditée et propose un appui à d’autres femmes et citoyens de sa communauté. Sa prestation de serment est un fait historique !
Yamileth fait partie du groupe de travailleuses sexuelles protagonistes du documentaire « Girasoles », réalisé par la productrice Camila Films. Le film suit le travail de ces femmes dans des médiations auxquelles elles participent, dans leur lutte pour la reconnaissance du travail sexuel autonome. Pour elle, « c’est un travail comme un autre », et elle assure que les travailleuses sexuelles sont profitables à la société nicaraguayenne. Depuis qu’elle s’est impliquée dans l’organisation, elle participe, dit-elle, aux luttes pour les droits des femmes du monde entier.

Ludwika Vega, 33 ans, femme transgenre.

Ludwika aime danser, sourire et parler avec ses amies. Elle est  née avec des caractéristiques sexuelles masculines, bien qu’elle se sente femme totalement. « Etre femme, ce n’est pas avoir deux seins et un vagin », assure-t-elle. Elle est présidente de l’Association Nicaraguayenne de Trans (ANIT) depuis quatre ans, et depuis 17 ans elle s’implique dans la défense des Droits Humains. Elle est en outre spécialisée en marketing  avec plusieurs diplômes. « J’ai lutté contre la discrimination, et je continue de lutter jour après jour », insiste-t-elle.
Elle assiste à des centres d’études pour donner des conférences sur les droits sexuels et reproductifs. En outre elle pousse les instances gouvernementales et le secteur privé pour qu’ils incluent les femmes du collectif trans dans leurs espaces, et plaident pour la non discrimination à tous les  niveaux. Durant ses temps libres, elle apprécie de danser avec ses ami(e)s à la discothèque et de se divertir.

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