BRESIL – Temer ne leur sert plus à rien.

(Alfredo Serrano Mancilla,CELAG,  dans REBELION, 22/05/2017 – Trad. B. Fieux)

Dans les coups d’Etat du 21e siècle, les choses ont bien changé. La  nouvelle formule n’a plus le visage militaire. Ces nouveaux putsches sont parlementaires, avec le pouvoir judiciaire-communicationnel-économique faisant son travail. Cependant, ce n’est pas l’unique nouveauté. L’autre aspect crucial, qui passe peut-être plus inaperçu, est que ces nouveaux coups d’Etat comptent toujours un exécuteur qui détient la responsabilité  tandis que la droite gagne du temps pour chercher le vrai candidat qui doit gouverner durant la période à venir. 

En 2009 au Honduras, ce fut Roberto Micheletti qui fut Président transitoire  après avoir arraché Manuel Zelaya à sa charge légitime. Mais cela dura peu. On réussit l’interruption démocratique, on sort le Président élu, et arrive Porfirio Lobo par la voie électorale, et plus tard Juan Orlando Hernández. En 2012 au Paraguay se produisit quelque chose de semblable. Il y eut le coup d’Etat contre Fernando Lugo, et Federico Franco fut mis à son  poste sans recourir aux élections. Mais il ne devait pas y rester longtemps parce que l’idée était d’ouvrir la brèche pour qu’arrive rapidement le vrai candidat de la droite, Horacio Cartes, afin de donner la stabilité au processus de restauration conservatrice.

C’est la même chose qui se produit aujourd’hui au Brésil. Michel Temer fut l’exécuteur du coup d’Etat contre Dilma Rousseff. Il assuma le 31 août 2016 sans qu’il soit nécessaire de recourir aux urnes pour mettre en place un ensemble de mesures économiques néolibérales en un temps record. Privatisations et compressions budgétaires furent exécutées en toute hâte pour asseoir les bases du nouveau modèle économique et social. Tout cela, ajouté au fait qu’il était le bourreau le plus visible  contre la démocratie, l’amena à un niveau de popularité inférieur à 10%. L’offensive de la droite est sauvage mais pas stupide. Et à présent il est temps de sacrifier Temer parce qu’il ne sert plus à rien. Utilisé et jeté.

C’est pourquoi O Globo*, véritable acteur ordonnateur du Brésil, lui joue un  mauvais tour pour le sortir rapidement de l’échiquier. La droite a besoin d’ordre et de stabilité au Brésil, et pour cela, elle a besoin d’un nouveau Président, resplendissant et  non souillé, avec un meilleur appui populaire. Temer a fait le sale travail et à présent il faut donner au Coup d’Etat un visage attirant.

Et alors on guette les nouveaux candidats pour gérer l’offensive néolibérale avec un visage plus accueillant. Un, Joan Doría, et deux, Cármen Lúcia Antunes. Le premier a gagné les élections d’octobre dernier pour être préfet de Sao Pablo avec un taux élevé de votes. Ce supposé outsider de la politique, publiciste, impresario de télévision, présentateur de programmes, semble élu par les marchés pour diriger le Brésil vers l’abîme. Il acceptera sûrement l’intérim et voudra se présenter à la bataille électorale.

L’autre personne élue par l’establishment est Cármen Lúcia Antunes, représentante de  l’appareil judiciaire, présidente de la Cour Suprême, qui aurait la responsabilité pendant la convocation aux élections. Peut-être sera-t-elle la prochaine candidate pour l’ouverture des urnes… C’est de cette manière machiavélique que se lustre la façade démocratique après un putsch.

Temer disparaitra comme par magie, comme le firent Micheletti au Honduras et Franco au Paraguay. C’est le rôle des opérateurs transitoires  pour mettre fin au régime démocratique et en ouvrir un autre qui doit ressembler au premier. La nouvelle époque putchiste a ses propres manuels avec son modus operandi. Temer a accompli son travail. On passe au suivant.

*O Globo : quotidien d’informations brésilien, Le Globo a été accusé par des parlementaires français de soutenir le coup d’État institutionnel, soit une destitution sans fondements juridiques, visant Dilma Rousseff.

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