Trump et l’Amérique Centrale – Militaire, anti-drogues, anti-maras

(Martín Rodriguez Pellecer, 15 /06 /2017 – Trad. B. Fieux)

Le 15 juin commence à Miami la Conférence sur la Prospérité et la Sécurité pour « mettre en ordre » l’Amérique Centrale. Elle est organisée par le Ministère du Gouvernement états-unien (Homeland Security) , et elle est la redéfinition de Trump de l’agenda pour l’Amérique Centrale : avant c’était le « Plan pour la prospérité » et maintenant c’est « Sécurité et Prospérité ».

Trump établira un agenda basé sur: 1) la ligne militaire, 2) la lutte contre les drogues, 3) la lutte contre les maras.

Et il jettera par-dessus bord l’agenda précédent qui était : 1) la lutte contre la corruption et l’impunité, 2) pour des modèles de prospérité plus justes, 3) le respect des droits humains.

Trump charge John Kelly, le général qui dirigeait le Commando Sur états-unien jusqu’en 2016, d’être non seulement son Ministre du Gouvernement mais aussi de diriger la politique extérieure avec le Mexique et l’Amérique Centrale. Le fonctionnaire qui devrait s’assurer qu’il n’y a pas d’attaques terroristes aux Etats-Unis a comme priorité première de freiner la migration de Mexicains et de centro-américains.

Ainsi résumait-il son intervention dans le cabinet le plus « lèche-bottes » que l’histoire des Etats-Unis ait connu.

La formule « militaire-antidrogues-maras » n’est pas neuve. Et chaque fois qu’on l’applique c’est un échec.

Le Salvadorien Joaquín Villalobos, ex-guerillero, à présent assesseur de gouvernements conservateurs et professeur à Oxford, a prédit que le gouvernement de Trump serait un enfer pour les centro-américains.

Dans la revue mexicaine Nexos de janvier 2017, il rappelait comment la politique militaire-anti-drogues-antimaras fut institutionnalisée par Ronald Reagan (1981-1988) et n’apporta que violence et pauvreté pour l’Amérique Centrale. George Bush papá la suivit également (1989-1992) et Bill Clinton la nuança avec l’appui à la signature de paix et de droits humains. Et George Bush la reprit (2001-2008) pour contribuer à ce que l’Amérique Centrale devienne la région la plus violente de la planète.

Et si nous résumons en deux minutes :
Comment se traduit cette politique militaire-antidrogues-antimaras dans notre isthme ? En licence pour que militaires, policiers et agents de la DEA* tuent tout ce qui leur semble suspect d’être un voleur, un narco ou un pandillero. Par exemple la DEA* nia avoir commis plusieurs massacres de civils en 2012 au Honduras, mais ensuite le journaliste Alberto Arce et des procureurs des Etats-Unis démontrèrent que si, ils étaient bien les responsables. Et hier le périodique ProPública (gagnant de prix Pulitzer) publia une autre enquête: comment la DEA fut la responsable de déclencher un massacre au Mexique en 2011.

L’unique alternative est la lutte contre l’impunité, pour la justice.

A présent nous sommes tous scandalisés parce que les Etats Unis veulent extrader l’ex-vice-présidente Roxana Baldetti qu’on accuse d’avoir coopéré avec Los Zetas ( il est probable qu’il en est ainsi et qu’il faille la juger, après son jugement et sa probable condamnation au Guatemala pour corruption.) Nous sommes scandalisés mais nous oublions tous qu’il y a 6 ans, en 2011, je sollicité une entrevue à Otto Pérez Molina, alors candidat, pour lui demander pourquoi il avait proposé un narco comme candidat à la députation, alors qu’il était en réunion avec les responsables de l’alliance de Oscar Berger en 2007. Et nous oublions tous qu’un câble de l’ambassade états-unienne publié par WikiLeaks rapportait que Pérez Molina reconnaissait que si, il avait bien proposé un Mendoza comme candidat à la députation à Izabal. La majeure partie de la famille Mendoza est derrière les verrous grâce à la CICIG** et au MP.

Les seuls qui ont voulu en finir avec les cartels au Guatemala ont été ceux qui veulent lutter contre l’impunité. Qui ? Une certaine señora qui se nomme Gloria Porras, qui est maintenant magistrate de la Cour Constitutionnelle la plus haïe par les conservateurs. Elle, en 2008, était le numéro 2 du Ministère Public et fut celle qui ordonna – et réussit – que l’on commence à capturer les narcos. Elle fut suivie, avec un même courage, par la procureure Claudia Paz y Paz, entre 2010 et 2014 : 19 capos capturés. Suivit ensuite, avec courage également, la procureure Thelma Aldana. Et le premier ministre à affronter directement les narcos fut la dernière cartouche de Alvaro Colom : un ex-journaliste nommé Carlos Menocal. Elles, lui et leurs équipes du MP et du Gouvernement furent les institutions guatémaltèques clés pour la lutte contre l’impunité, bien plus efficaces pour faire baisser les narcos et la violence.

Il est facile d’écrire cela, mais ces magistrats, policiers et juges (comme Yasmin Barrios, par exemple) ont risqué leur vie en luttant contre des organisations criminelles comme les Zetas. Que ce texte permette de rappeler des magistrats comme Allan Stowlinsky et ses opérateurs aériens comme José Méndez, qui furent assassinés par des narcos en accomplissant leurs travaux pour le Guatemala.

Et si la formule militaire-antidrogue-antimaras que l’on continue d’appliquer au Salvador et au Honduras provoque plus de violence, plus d’injustice, plus d’impunité et plus de migrations, comment personne n’a-t-il eu l’idée de modifier cette politique au Guatemala?

Ah mais si. Le Ministère public a commencé à jouer un rôle clé à travers ses magistrats et parce qu’un groupe de femmes militantes guatémaltèques se fixèrent un objectif : lutter contre l’impunité. Elles cherchèrent des alliés dans l’Etat et appelèrent les Nations Unies, les Européens et les alliés états-uniens pour créer la CICIG et fortifier le Ministère public.

L’un des résultats : 40% d’assassinats en moins entre 2009 et 2017 au Guatemala, tandis que ce nombre augmente dans tous les pays voisins : Honduras, El Salvador, Belice ou Belize, sud du Mexique. Le Honduras et le Salvador ont 4 fois plus d’assassinats que le Guatemala. Autre résultat : commencer à nettoyer l’Etat des mafias corrompues et arrêter des dizaines de fonctionnaires pour corruption.

*DEA : Drug Enforcement Administration : c’est le service de police fédéral américain dépendant de la Justice des Etats-Unis chargé de la mise en application de la loi sur les stupéfiants et de la lutte contre leur trafic.
** CICIG : Commission internationale contre l’impunité au Guatemala

 

 

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