Le Che, apôtre des opprimés, épisode 4

(Salim Lamrani, dans Rebelión – 27/01/2018 – Trad. B. Fieux)

Le cinquantenaire de l’assassinat du Che en Bolivie le 9 octobre 1967 nous offre l’occasion d’évoquer la trajectoire du révolutionnaire cubano-argentin qui consacra sa vie à défendre les humiliés.

4. Une figure internationale

Le Che était-il le visage de la Révolution cubaine ?

Fidel Castro fut toujours la figure emblématique de la révolution cubaine. Le Che était le représentant international. Che réalisa son premier voyage diplomatique dans le monde en juin 1959. Il dura trois mois. Fidel Castro lui confia la mission de parcourir l’Afrique et l’Asie pour chercher un appui politique. Ce qui illustre la grande confiance que Fidel ressentait pour l’Argentin. Le Che rencontra Nasser en Egypte, Sukarno en Indonésie, Nehru en Inde. Il visita aussi la Birmanie, le Japon, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, Hong-Kong, le Pakistan, la Grèce, la Yougoslavie, l’Italie, le Soudan et le Maroc.

Un an plus tard, en octobre 1960, il réalisa un autre voyage diplomatique par les pays socialistes dans un but plus économique. Il fut en Tchécoslovaquie, en Russie et en Chine. Il fut reçu avec une grande fraternité, ovationné par le peuple à chaque apparition publique. Il prit ainsi la mesure de la popularité de la Révolution Cubaine dans le monde.

Par ailleurs, sa participation à la Conférence du Conseil Interaméricain Economique et Social de Punta del Este, Uruguay, en août 1961, allait le transformer en icône de la gauche latinoaméricaine.

La CIA a-t-elle tenté d’assassiner le Che ?

Dès les premiers moments les Etats-Unis optèrent pour l’assassinat politique des leaders de la Révolution Cubaine. La principale cible était Fidel Castro qui fut victime de plus de 600 tentatives d’assassinats. Mais le Che et aussi Raùl Castro étaient dans le collimateur de Washington.

Quel fut le message du fameux discours du Che aux Nations Unies en décembre 1964 ?
Ce discours est un réquisitoire contre l’impérialisme, le colonialisme et le néocolonialisme. C’est aussi une vibrante plaidoirie en faveur de l’autodétermination des peuples d’Amérique Latine, d’Afrique et d’Asie. Cuba est le symbole de la petite nation qui aspire à la souveraineté sous la menace de son puissant voisin. De nombreux pays du Tiers Monde se reconnaissent dans la lutte du peuple cubain pour la dignité. Le Che porte un message de paix et de coexistence pacifique entre toutes les nations du monde avec des modèles de sociétés différents, et pas seulement parmi les pays les plus puissants. Le Che dénonce les agressions impérialistes contre le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Il dénonce également l’impérialisme belge au Congo, ainsi que le régime ségrégationniste de l’apartheid en Afrique du Sud.

Une autre chose peu connue : le Che lance l’un des premiers appels au désarmement nucléaire. Il milite aussi pour l’indivisibilité de la Chine et pour son entrée aux Nations Unies. Il termine son discours en dénonçant l’état de siège des Etats-Unis contre Cuba et rappelle la vocation internationaliste de la Révolution.

Quel rôle le Che joua-t-il dans l’appui des peuples en lutte ?

Le Che, au nom de la Révolution Cubaine, apporta son appui à tous les mouvements anti-colonialistes du monde, en Amérique Latine, en Afrique et en Asie. La lutte pour l’émancipation humaine devait être globale et chaque progressiste devait apporter son concours. La théorie révolutionnaire du « foyer » du Che consistait à lancer une guerre de guérilla sans attendre que soient réunies toutes les conditions subjectives
(organisation du peuple, syndicats forts, prédisposition à la lutte…). Les conditions objectives (misère, pauvreté, exploitation, oppression), étaient réunies de toutes parts. L’objectif était de déclencher, au moyen de la guerre de guérilla, un soulèvement des masses. L’action de guérilla devait se développer sur le terrain. Le guevarisme est la rupture de l’ordre ancien par la lutte armée. Il se base sur l’anti-impérialisme et le marxisme. Selon cette théorie révolutionnaire, si les conditions objectives sont réunies, la guerre de guérillas peut créer les conditions subjectives pour renverser l’ordre établi et édifier une société socialiste.

Que signifiait l’appel du Che : « créer deux, trois…plusieurs Vietnam »?

Pour le Che, la solidarité avec la lutte du peuple vietnamien pour la liberté et contre l’impérialisme impitoyable devait être la priorité de tous les révolutionnaires. Le Vietnam menait la bataille la plus difficile contre les Etats-Unis. Pour affaiblir l’impérialisme il fallait ouvrir des mouvements de lutte armée dans tout le Tiers-Monde et obliger ainsi l’ennemi à diviser ses forces.

Quel était le pacte moral entre le Che et Fidel Castro ?

Durant leur première rencontre au Mexique, le Che, quand il s’unit à la troupe du Mouvement 26 de juillet, demanda à Fidel Castro de le libérer une fois que la Révolution de Cuba aurait triomphé, pour lancer un mouvement guérillero en Argentine. Fidel Castro était résolument opposé au départ du Che car il était un dirigeant central dans la Révolution. Mais pour lui, la parole donnée était sacrée. Les conditions indispensables au lancement d’une lutte armée en Argentine n’étaient pas réunies et Fidel Castro ne souhaitait pas risquer inutilement la vie du Che.

Fidel Castro proposa donc au Che d’aller au Congo, où existait un mouvement révolutionnaire. L’histoire est connue et le Che l’a relatée dans son journal de bord : ce fut un échec retentissant à cause du manque de discipline et du fait de la conduite des chefs qui préféraient vivre dans le luxe de la capitale au lieu d’affronter les difficultés de la guérilla au premier rang avec leurs hommes.

En 1965, Fidel Castro rendit publique la lettre de départ du Che, car de nombreuses rumeurs circulaient sur lui. Après l’échec du Congo, Fidel lui proposa de revenir à Cuba pour préparer son aventure suivante en Bolivie.

Après bien des efforts il réussit à convaincre le Che de revenir à La Havane, car celui-ci avait des réticences à l’idée de réapparaitre à Cuba après la lecture de sa lettre de départ. Il revint ainsi de manière secrète en dissimulant son visage sous un déguisement qui fut très efficace.

Après sa capture et son exécution, pourquoi le corps du Che fut-il mutilé et caché ?

Après son assassinat le 9 octobre 1967, la CIA et l’armée bolivienne décidèrent de filmer son cadavre pour prouver au monde que le Che était mort. On lui coupa les mains pour pouvoir vérifier son identité par les empreintes digitales avec la police argentine. Le corps fut enterré clandestinement à Valle Grande, en Bolivie. Il allait être découvert en 1997 puis rapatrié à Cuba, où il repose dans un mausolée à la mémoire du Che dans la ville de Santa Clara.

Quel est l’héritage du Che aujourd’hui ?

Le Che perdure dans la mémoire collective comme l’Apôtre des opprimés et le symbole de la résistance à l’humiliation et de l’indignation face aux injustices. Il renonça à ses intérêts de classe et prit les armes au nom de l’intérêt supérieur des déshérités. Il est aussi l’archétype de l’internationaliste solidaire qui tendit une main fraternelle et généreuse aux peuples en lutte pour leur émancipation. Les idéaux du Che et son exemple vivent encore, malgré les multiples tentatives de défigurer son combat et de souiller sa mémoire.

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