BRESIL – Au Brésil, peu importe la réputation, si tous l’ont perdue !…

(Mario Osava, Inter Press Service, Rio de Janeiro, 02 /01 /2018 – Trad. B. Fieux)

La permanence de Michel Temer à la Présidence du Brésil, repoussant la démission après des scandales qui ont renforcé la conviction populaire de sa corruption, a fait augmenter le nombre de Brésiliens qui « ressentent plus de honte que d’orgueil » à entendre parler de leur pays…

Au Brésil, les dirigeants politiques ne renoncent pas à leur charge au milieu des scandales, ni même si leur réputation est totalement salie. L’exemple opposé serait le Japon, où ils ont l’habitude de se suicider quand ils sont accusés de scandales sexuels ou de corruption.

Le Président Michel Temer est un cas d’obstination dans une situation morale indéfendable : l’opinion publique apprit que le 17 mai 2017, il avait eu une conversation avec Joesley Batista, patron de JBS, la plus grande exportatrice mondiale de viandes, et championne, avec l’entreprise de construction Odebrecht, pour corrompre les hommes politiques.

Le bruit courut que Temer pensait renoncer. Le dialogue enregistré par le chef d’entreprise 71 jours plus tôt, traitait de dessous-de-table et de manières d’accueillir les investigations des cas de corruption. Le président le reçut dans le sous-sol du Palacio Jaburu, résidence principale du Brésil, sans registre, c’est-à-dire avec intention de clandestinité.

Dans tout autre contexte, dans un autre pays ou une autre situation politique, il n’y aurait sûrement eu aucune alternative à la démission. Mais Temer décida de résister, défiant l’éthique, les traditions politiques et une opinion publique convaincue de sa corruption, mais favorisé par un cadre parlementaire d’autodéfense collective.

Renoncer raccourcirait son probable cheminement vers la prison, en perdant le fameux « foro privilegiado », la prérogative du président, des ministres et des parlementaires d’être jugés par un tribunal supérieur, dont la lenteur assure une impunité pour de nombreuses années.…

A ce moment, le système politique brésilien souffrait déjà d’une dégradation totale après la déclaration d’incapacité de l’ex-présidente Dilma Rousseff, en août 2016, – un coup d’Etat selon ses défenseurs, – et les révélations produites par des délations c’est-à-dire des accords de collaboration obtenues avec le Ministère public.

Une enquête de l’Institut Datafolha, liée au quotidien Folha de Sao Paulo signale sur 47 % des personnes interrogées ont affirmé « ressentir plus de honte que d’orgueil d’être Brésilien ».

Cet indice, qui était de 9% en 2010, était déjà monté à 28% en décembre 2016. Il s’éleva encore beaucoup après l’opération « Lava Jato » (lavage au jet) commencée en 2014 qui dévoila la corruption en scandales chaque jour plus nombreux et plus accablants.

La honte qui tue les accusés au Japon, comme dans le cas du ministre de l’Agriculture Toshikatsu Matsuoka, qui se pendit en 2007, détruit au Brésil l’estime de la population.

Outre Temer, pratiquement un grand nombre de ses collègues du parti, le MDB (Mouvement Démocratique Brésilien) affronte des procès au STF (Tribunal Suprême Fédéral) unique instance autorisée à juger des parlementaires, ministres et présidents, le fameux « foro privilegiado » qui protège les politiciens dans l’exercice de leurs mandats.

Les champions sont Romero Jucà, l’actuel président du MDB et leader du gouvernement au Sénat, avec 14 procès, et Renàn Calheiros, ex-président du Sénat, qui répond à 18 investigations…

Temer est totalement cerné. Ses ministres les plus proches affrontent aussi de graves accusations. Un de ses ex-ministres, Geddel Vieira Lima, est détenu depuis juillet 2017, quand la police découvre 51 millions de reales (15,4 millions de dollars) en argent liquide qu’il gardait dans un lieu secret.

Temer a perdu, dans ses 19 mois de présidence, quatre conseillers personnels impliqués dans la corruption. Deux d’entre eux ont été prisonniers durant quelques mois, incluant Rodrigo Loures, filmé en avril 2017 en train de charger une valise contenant 500 000 reales, soit 150 000 dollars, en principe destinés au président.

Tant de scandales dépeignent le MDB, présidé par Temer entre 2001 et 2016, comme un groupe délictueux, passé maître dans l’art d’utiliser le pouvoir pour détourner les ressources publiques.

Mais rien de tout cela ne fut suffisant pour renverser le président, même s’il y gagnait une impopularité sans précédent.Dans les sondages réalisés à ce moment-là, sa popularité allait de 3% à 6%…

Temer profita de sa longue expérience parlementaire et de l’esprit de corps de centaines de députés et sénateurs menacés par les investigations policières pour empêcher son propre jugement.

La Constitution protège le Président du Brésil contre des actions judiciaires concernant des actes antérieurs ou étrangers à l’exercice de son mandat. Mais les dénonciations de Batista se référaient à des délits actuels, permettant au procureur général Rodrigo Janot, d’accuser Temer de corruption, d’organisation criminelle et d’obstruction à la justice.

Mais le jugement du Président par le STF dépend d’une autorisation de la Chambre des Députés, qui la refusa par une majorité assurée au prix de faveurs, telles que des charges au gouvernement ou la libération de ressources budgétaires pour des projets parlementaires…

Des intérêts communs consolident une certaine complicité pour la survie politique de tous. Il s’agit de « contener la sangría », selon le sénateur Jucà, successeur de Temer à la présidence du MDB, se référant à la destruction de carrières politiques par le combat de la corruption.

Dans la guerre de positions entre politiciens et Pouvoir Judiciaire, y compris le Ministère Public, tous les mécanismes qui entravent la justice sont valables, comme par exemple une proposition de loi pour punir les abus d’autorité… Encore en débat…

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