PARAGUAY – Revaloriser le travail de la femme paysanne et en finir avec la violence de l’agronégoce.

(Alainet, 10/03/2018 – trad. B. Fieux)

Depuis leurs diverses organisations, les femmes de la campagne demandent une meilleure reconnaissance.

Avec des panneaux, des cris et des chants, les femmes paysannes ont participé activement aux actions du 8 MARS. Au milieu de l’énorme diversité des réclamations, d’un mouvement de femmes de plus en plus fort, les femmes paysannes ont élevé la voix pour exiger la revalorisation de leur travail comme productrices et pour dénoncer la situation critique que traverse le monde paysan.

Outre ces consignes, les organisations de femmes rurales se sont jointes aussi aux réclamations de forte participation politique des femmes, célébrant l’approbation de la Loi de Parité Démocratique, et exigeant de mettre fin à tout type de violence envers le genre féminin.

Capitalisme, patriarcat et agronégoce.

La chercheuse féministe Elizabeth Duré, souligna que pour comprendre l’importance des réclamations des travailleuses de la campagne, il est fondamental de dévoiler la relation existante entre le capitalisme, le patriarcat et le modèle extractiviste.

« Le Capitalisme et le patriarcat se rétro- alimentent et affectent la vie des femmes, vu que le modèle économique – extractiviste – envahit les territoires avec l’expansion du soja et du bétail, impacte les relations sociales des familles paysannes et indigènes, et affecte de manière différenciée la vie des femmes par les formes de subordination et d’exploitation connues de longue date », signala Elizabeth.

La division sexuelle du travail est l’une des formes qui soutiennent le patriarcat, cette situation se maintient malgré les luttes des femmes durant les dernières décennies. Cette division sexuelle du travail assigne aux hommes le rôle productif et aux femmes le reproductif. « Dans la zone rurale, bien que le travail productif réalisé par les femmes soit visible, il n’a pas encore la même valeur que celui réalisé par les hommes », relate Elizabeth.

Les femmes avec leur incorporation dans le travail salarié continuent de réaliser toutes les tâches considérées comme propres aux femmes et de cette manière le modèle économique et la vie humaine – devant l’absence de politiques de soins – se soutiennent sur les activités réalisées par les femmes: le travail domestique n’a pas la même valeur que d’autres travaux et, dans le cas des femmes paysannes, leur travail productif, dans les parcelles, les plantations, dans l’élevage des animaux est « invisibilisé » et peu valorisé.

Territoire Corps-Terre.

Ce furent les Féministes Communautaires, provenant des communautés indigènes d’Amérique Centrale, les premières à user de ce terme. La défense du « territoire corps-terre » marque la lutte fondamentale des femmes de la campagne de ces temps et montre comment la violence sur le corps des femmes et sur leurs territoires sont directement reliées entre elles.

« L’agronégoce, avec la perte de la terre, détruit le territoire-communauté, expulse, empoisonne, et bien souvent tue les intégrantes des familles paysannes, les oblige à se situer hors des marges dans les villes aux conditions inhumaines, et le patriarcat impacte dans le territoire-corps-vie des femmes, car il les expose à des situations de grossesses non désirées, de féminicides, de violence basée sur le genre et de morts par avortements, la mercantilisation de leurs corps par crimes de traite et d’exploitation à des fins sexuelles », relate Elizabeth, laissant voir les terribles conditions auxquelles sont exposées des milliers de femmes paysannes qui sont expulsées de leurs communautés par l’agronégoce.

Contre cette situation le mouvement de femmes paysannes se lève, se rebelle et grandit, cette fois ce sont les femmes qui se chargent de leurs organisations qui génèrent de nouveaux espaces de militance et qui font face aux violences qui les affectent.

« Ce sont les femmes paysannes et indigènes qui mènent les luttes face à l’avancée du modèle extractiviste, résistant à la violation de la souveraineté territoriale, avec réclamation de l’accès à la terre et aux autres ressources, et en même temps soutiennent les luttes anti-patriarcales contre le contrôle et l’asservissement de leur corps pour avancer dans la construction d’une nouvelle culture, où l’autonomie territoriale ait la même valeur que l’autonomie sur le corps et la vie des femmes », conclut Elizabeth Duré, qui est en cours de réalisation d’une recherche sur le thème Femmes et Agronégoces, dont les résultats seront publiés cette année par BASE-IS (Base Investigations Sociales)

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