NICARAGUA – Les racines de la rébellion estudiantine

(Maynor Salazar, Confidencial, 30/04/2018 – Trad. B.Fieux)

Les différentes universités publiques sont :
UNAN : Université Nationale Autonome de Nicaragua
UCA: Université Centro-américaine
UAM : Université Américaine
UNA : Université Nationale Agraire
UNI : Université Nationale d’Ingenierie
Upoli : Unité Polytechnique du Nicaragua

Le point de départ de la rébellion universitaire contre le régime du Président Daniel Ortega et de la vice-présidente Rosario Murillo fut la manifestation convoquée par les étudiants de la UCA et UAM, contre les réformes de l’INSS (Institut National de Sécurité Sociale).

La semaine précédente, les jeunes avaient protesté contre l’incendie de la Réserve Forestière de Indio Maiz, dans le sud-est du pays. Cette réserve écologique avait été incendiée et 5000 hectares de forêt étaient anéantis. Cette destruction qui affectait de nombreux travailleurs s’était produite sans réaction du gouvernement, ce qui révoltait une partie de la population.

La convocation réalisée sur les réseaux sociaux sous l’étiquette #SOSINSS
fut fondamentale pour que travailleurs et autres citoyens se groupent pour exprimer leur mécontentement envers Ortega et ses réformes.

Le mercredi soir il y avait déjà plusieurs blessés, incluant manifestants et journalistes. Mais la nuit des incidents se produisirent, qui éveillèrent le mécontentement des jeunes de tous les réseaux contactés : des dirigeants de l’Université Nationale Autonome du Nicaragua ordonnèrent aux étudiants internes de préparer leurs affaires pour se rendre à Managua participer à une contre-marche de protestation organisée par le gouvernement d’Ortega.

Les internes conscients qu’ils étaient venus à Leon pour étudier, refusèrent et s’échappèrent de l’internat. Ils sautèrent les murs parce que les gardes de sécurité avaient ordre de ne pas ouvrir les portes aux élèves. Les fuyards trouvèrent refuge chez des familles amies de la ville. Le lendemain les étudiants exprimèrent leur mécontentement pour ce qui s’était passé. L’autonomie qui s’était construite au fil des années était en miettes.

C’est alors que la UNAN de Leon se manifesta et exprima son malaise pour la répression qui se produisait à Managua contre les universitaires qui refusaient les réformes de l’INSS. L’inquiétude et le refus s’installèrent aussi à l’Université Nationale Agraire : « Nous disons qu’ en tant qu’université agraire et scientifique nous devons réagir et faire entendre notre voix. Nous convoquons mercredi soir par les réseaux et jeudi nous réalisons une protestation pacifique. »

Les étudiants interrompaient le trafic par moments, ils avaient de la musique et des pancartes. Mais une heure et demie plus tard, deux bus d’anti-émeutes se garèrent à un km de l’université et de manière abrupte ils s’imposèrent devant les étudiants, tirant des balles de caoutchouc. Les jeunes se réfugièrent dans les parties sud et nord de l’espace libre. Plusieurs d’entre eux perdirent un œil, d’autres avaient des marques sur le corps. Ils terminèrent retranchés mais toujours déterminés.

A la UNI, le même esprit de lutte se manifestait, les étudiants fraternisaient, unis par de semblables et justes revendications. A la UNAN de Managua, les jeunes qui protestaient contre les réformes furent expulsés mais continuèrent la lutte aux côtés de la UNI. Cependant la répression augmentait et plusieurs jeunes perdirent la vie, les anti-émeutes tiraient maintenant des balles de plomb…

Le jeudi 19 avril, les étudiants de la Upoli sortirent de l’avenue principale pour protester avec leurs autres compagnons. L’ambiance passive changea vers le soir, quand les anti-émeutes commencèrent à attaquer sans pitié, usant de balles de caoutchouc et de plomb.

Une balle atteignit Darwin Urbina, qui s’écroula sans vie. Les étudiants choqués cherchèrent par où s’enfuir juqu’à ce que les portes de Upoli s’ouvrent. Un étudiant confie à Confidencial : « Nous avons trouvé refuge dans l’université, le président de la UNEN nous a ouvert les portes, mais il nous a dit qu’on faisait pression sur lui pour qu’il nous fasse sortir. Mais il a dit aussi qu’il préférait renoncer à son poste et nous laisser le commandement… »

Les anti-émeutes se dispersaient par les barrios proches de l’université. A ce moment les gamins du quartier commencèrent à les attaquer à coups de pierre. Les habitants des barrios se groupèrent et rejoignirent les étudiants. Ensemble ils affrontèrent les anti-émeutes. Pendant trois journées la police ne cessa pas de réprimer les étudiants, sans se préoccuper si elle faisait des blessés et des morts…

La répression par la Police Nationale de ces universités eut raison de la patience des autres universitaires et à partir de là, ces derniers firent aussi partie de la lutte. « Ce n’était plus seulement le thème des réformes, ni celui de Indio Maiz, ni la violence envers les femmes: tout se rassemblait, ces dix années d’endurance d’un régime autoritaire qui avait muselé la démocratie, les droits humains et l’autonomie universitaire », expliqua Enrieth Martinez, étudiante de la UCA.

La jeune étudiante exprima que la situation se répercutait dans toutes les universités par la connexion estudiantine qui existait et n’avait pas cessé de fonctionner. « Le pays a répondu à la situation qui existait à ce moment-là, et qui était une réponse explicite à la culmination d’années et d’années de pression constante », affirma-t-elle.

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