PÉROU – Le drame des migrants vénézuéliens

(Gustavo Espinoza, dans Rébelión, 01/09/2018 – Trad.B.Fieux)

Au cours des dernières semaines, plus de 450 mille Vénézuéliens sont arrivés au Pérou, venant de Colombie ou d’Equateur. Ce fut la plus grande vague migratoire et aussi la plus diverse : hommes, femmes, enfants et jeunes de tous âges, arrivèrent dans notre patrie à la recherche – disaient-ils, – d’un « futur meilleur ». On les appela « réfugiés », mais l’ACNUR (Agence de l’ONU pour les Réfugiés) dit « Migrants économiques ».

Ce phénomène accapara tous les médias : presse écrite, radio, télévision…Tous ces gens se déplaçaient à pied, par la route. Ils arrivaient dans un village, épuisés, fatigués, et affamés. Ils sollicitaient « appui », « compréhension,  » « aide »… Ces trois paroles étaient les plus utilisées dans cette circonstance où le thème de la Solidarité était invoqué presque comme un devoir national, comme un engagement humain.

A ce stade, il est bon de formuler quelques réflexions ponctuelles. La première est qu’il faut souligner l’usage abusif et politicien que les médias firent de cette vague migratoire. « Ils s’enfuient du Venezuela parce que là-bas, ils meurent de faim », disaient les gens. Mais la réponse fut immédiate : sur les réseaux sociaux on répondit : « Dans un pays de 34 millions d’habitants, deux millions meurent de faim et les 32 autres, pourquoi ne fuient-ils pas ? Sont-ils déjà morts ou bien préfèrent-ils mourir là-bas? »

Il est vrai qu’ils n’étaient pas faméliques, ceux qui arrivèrent sur le sol péruvien. Bien des Péruviens auraient l’air plus dénutris que ces Vénézuéliens, qui arrivèrent portant mallettes, vivres, vêtements, argent et autres objets « pour se défendre » et « pour supporter le voyage », disaient-ils. En fait ce n’était pas la faim qui les poussait, mais le désir de chercher « d’autres opportunités » sur ces terres.

Ce qui est curieux, c’est que beaucoup d’entre eux – ceux qui étaient déjà là et ceux qui viennent d’arriver -, soutiennent sans hésiter qu’ils sont des professionnels, experts dans divers secteurs. Toutefois ils ne disent pas qui leur a donné ces formations ni combien elles leur ont coûté, parce que, en vérité, elles ne leur coûtaient rien. Ils ont reçu leur formation gratis parce qu’au Venezuela l’éducation est gratuite à tous les niveaux. Et la formation professionnelle s’octroie sans rien débourser.

Alors la situation parait plus simple : ils ont fait des études et réussi des qualifications là-bas, et ils viennent ici pour offrir leurs services et obtenir un emploi mieux rémunéré.Y ont-ils droit? Bien entendu. On ne pourrait pas leur refuser ce choix. Donc ils occuperont un poste de travail. Mais ce poste de travail pourrait aussi convenir à un Péruvien qui est actuellement au chômage et qui est lui aussi, ingénieur ou physiothérapeute ou professeur d’université… Mais si celui-ci n’obtient pas le poste convoité, c’est par incapacité. Le Vénézuélien était mieux préparé.

Au Pérou, l’emploi est informel. Quand une personne de 30 ans ou plus perd son emploi, elle est virtuellement expulsée du marché du travail. La seule alternative qui lui reste est de créer son propre emploi : chauffeur de taxi, vendeur ambulant, micro-entrepreneur… parce que l’Etat ne lui garantit absolument rien. Tout ce qu’il peut espérer c’est d’obtenir un « contrato a plazo fijo » : travailler 3 mois, en espérant qu’on lui renouvelle le contrat pour 3 autres mois. Avec beaucoup de chance et des qualifications exceptionnelles, il peut obtenir un contrat pour un an. S’il est footballeur, il aura plus de chance…

Il y a des Vénézuéliens qui travaillent ici 8 heures et si on exige d’eux un temps additionnel, ils sollicitent le paiement de « sobre tiempo « (heures supplémentaires). Dans leur pays, les droits sociaux des travailleurs sont sacrés. Ici, depuis le simple ouvrier jusqu’au technicien qualifié se voit forcé de travailler jusqu’à 14 heures sans augmentation de salaire. S’il proteste, on le licencie, et s’il veut démontrer que son licenciement est injuste il lui faudra recourir à un juge… C’est probablement pour cela – et pour d’autres raisons- qu’un contingent de migrants du Venezuela a opté pour retourner dans sa patrie. Et sans doute que dans les prochaines semaines, le nombre de « revenants » augmentera. Ce serait l’option la plus raisonnable.…

Ce contenu a été publié dans Les brèves, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.