BRESIL : un nouveau modèle de réforme agraire ?

BRESIL : un nouveau modèle de réforme agraire ?
(Extraits de l’interview de J.P. Stédile, du Mouvement des Sans Terre.
www.risal.collectifs.net, 4/09/07)

Situation actuelle.
Le premier pas consiste en une démocratisation de la propriété de la terre, qui pourrait étre établi en limitant l’étendue de la propriété rurale. Il est inadmissible qu’une entreprise quelconque puisse posséder cent mille ou un million d’hectares simplement parce qu’elle a de l’argent. Le Brésil a besoin d’un nouveau modèle agricole basé sur de petites et moyennes propriétés. Pour cela nous devons avant tout vaincre le néolibéralisme, un modèle dominé par le capital financier et international, et dans ce contexte, la réforme agraire classique a été vidée de son contenu.
La question agraire n’est pas résolue et nous avons 150 000 familles vivant dans des campements et plus de quatre millions de familles sans terre dans le pays. Il y a aussi des familles pauvres qui ont été expulsées de la campagne et qui se sont déplacées vers la périphérie des villes et qui souhaitent retourner à la campagne. Elles voient dans notre mouvement une alternative qui leur permettra d’obtenir de la terre, d’améliorer leurs conditions de vie, d’avoir leur propre maison, un jardin potager où travailler, une éducation, des loisirs et des soins de santé pour la famille.

Inégalités.
L’inégalité entre riches et pauvres dans le pays est une honte. Elle est le résultat des choix faits par l’élite brésilienne, aussi bien par le passé qu’actuellement. Selon les recherches du Pr Pochmann, 5000 familles contrôlent 40 % de la richesse nationale, 10 % de la population riche s’approprie 75 % et pour 90 % de la population il ne reste que 25 %.

Quelles propositions ?
Pour parvenir à vaincre le néolibéralisme, il nous faut impulser un nouveau modèle de développement national, privilégiant la redistribution de la richesse et l’industrie nationale. Il faut surtout une priorité absolue à la création de postes de travail et d’emplois pour que le peuple dispose de revenus. La réforme devra combiner la démocratisation de la terre avec une réorganisation de la production ayant pour priorité la production d’aliments pour le marché interne, sans l’actuel contrôle des entreprises transnationales. Nous avons également besoin d’une réforme agraire qui adopte un nouveau modèle technologique : respect de l’environnement, transfert vers l’intérieur du pays des agro-industries sous forme de coopératives, accès à l’école et à l’éducation. Le premier pas vers ce nouveau typde réforme agraire est la démocratisation de la propriété de la terre, mot d’ordre républicain qui peut être mis en œuvre en limitant la taille de la propriété rurale. Les vrais agriculteurs, y compris capitalistes, savent qu’avec un domaine de mille hectares on peut gagner beaucoup d’argent.

Produire pour qui ?
Le plus important marché potentiel des produits agricoles n’est ni l’Europe ni les Etats-Unis mais les pauvres du Brésil. Ici nous avons 60 % de la population qui s’alimente mal, 120 millions de Brésiliens qui souhaiteraient consommer mais qui n’ont pas de revenus. Actuellement les transnationales qui s’implantent contrôlent la production, le commerce et les prix. Cela ne va pas. Comme alternative à ce contrôle de la production et de la transformation des aliments, nous devons déplacer les petites agro-industries à la campagne, ce qui générerait des emplois et des revenus à l’intérieur du pays. Nous avons également besoin d’une nouvelle configuration productive, avec l’utilisation de techniques respectueuses de l’environnement, qui produisent des aliments sains.

Eduquer.
Nous avons aussi besoin de services publics pour les campagnes, surtout dans le domaine de l’éducation formelle et de la formation du citoyen paysan. Le paysan sans formation ne voit que la terre devant lui, et ne comprend pas la complexité de la société brésilienne et de la lutte de classes. Récemment nous avons lancé une campagne nationale d’alphabétisation dans les zones rurales, basée sur la méthode cubaine “ Yo sí puedo ”. Il nous faut maîtriser l’instruction et avancer dans l’enseignement formel. Pour être militant des Sans Terre, il faut toujours être en train d’étudier. Nous faisons d’énormes efforts pour élever le niveau de conscience culturel et politique.

La violence dans les campagnes.
La fin des assassinats des travailleurs ruraux dépend de la réalisation de la réforme agraire et de la force des mouvements sociaux des campagnes. Car lorsque ces mouvements sont bien organisés ils peuvent mieux résiter à la violence. Les meurtres sont la conséquence de notre structure injuste de la propriété de la terre et de la mentalité rétrograde des latifundiaires.