BOLIVIE: La mort de Domitila Barrios Chungara (mars 2012)

Le 12 mars, Domitila s’est éteinte à 74 ans, au bout d’une longue lutte contre le cancer. Les personnes intéressées par les pays « en développement » ont sans doute lu son livre-témoignage paru en 1975 : « Si me permiten hablar » ( Si on me donne la parole).
Elle précisait : « Je ne veux en aucun cas écrire mon livre personnel. Je pense que ma vie est liée à celle du peuple. Je veux parler de mon  peuple. Je veux laisser un témoignage de toute l’expérience que nous avons acquise à travers tant d’années de luttes en Bolivie, et apporter un grain de sable avec l’espoir que notre expérience serve à la nouvelle génération ».
Elle naquit en 1937 dans le département de Potosi. Elle était fille de paysans qui migrèrent à la mine pour trouver du travail. Elle épousa un mineur et ils eurent 7 enfants. Dès 1963 elle participa activement au Comité des Femmes au Foyer. En 1975 elle participa à la Tribune de l’Année Internationale de la Femme que les Nations Unies avaient organisée au Mexique. « Ses interventions produisirent un profond impact  sur les personnes présentes : c’était dû, en grande partie, à ce que Domitila vivait par elle-même ce dont les autres parlaient »
Militante infatigable, en 1978 elle lança avec quatre autres femmes une grève de la faim pour exiger la libération des dirigeants mineurs emprisonnés. A  cette grève se joignirent deux prêtres jésuites, Luis Espinal -assassiné en 1980 par le régime du général Luis García Meza- et Xavier Albó, ainsi que de nombreux syndicalistes, étudiants et militants politiques et sociaux. L’initiative fut l’un des facteurs déterminants du départ du dictateur Hugo Banzer après 7 ans de pouvoir.
En 1990 elle fonde l’Ecole Mobile de Formation Politique « pour transmettre cette histoire qui n’est pas écrite et qui relate les luttes populaires et syndicales du peuple bolivien ». Ses élèves sont parfois des étudiants, ou des paysans, des clubs de mères, des syndicalistes.  « Dans  ma maison nous avons un petit espace où nous faisons des ateliers, des interviews, mais nous allons vers ceux qui nous appellent.Tout ce que nous demandons c’est qu’ils nous paient le transport et la nourriture. En 2008 nous avons vécu une expérience émouvante dans une petite école rurale : les enfants avaient réuni, centavito par centavito (sou par sou) la somme pour payer notre voyage ! »
L’écrivain uruguayen Eduardo Galeano écrit :
« Je me souviens d’une assemblée ouvrière, il y a bien longtemps, une trentaine d’années. Une femme se leva, au milieu des hommes, et demanda quel était notre ennemi principal. Des voix s’élevèrent pour répondre : « L’impérialisme », « l’oligarchie », la bureaucratie »… Et elle, Domitila Chungara, déclara : « Non, compañeros. Notre ennemi  principal c’est la peur, et nous la portons en nous ». J’ai eu la chance de l’entendre. Et je n’ai jamais oublié. »

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