AMÉRIQUE LATINE-CARAIBES : La santé publique (mai 2013)

(www.rebelion.org)

L’un des grands indicateurs du bien-être social d’un pays est l’état, le niveau et le fonctionnement de ses services de santé. Même si ce ne sont pas les uniques données à prendre en compte, elles sont une part décisive pour mesurer l’importance des inégalités entre pays. Dans cette optique, des chercheurs de Colombie et d’Argentine ont évalué la qualité des différents systèmes de santé de 20 pays latino-américains et caribéens, en utilisant 16 indicateurs simples, objectifs et standardisés, tels que le taux de mortalité infantile ou la densité des médecins. Le résultat  de leurs analyses met en évidence une grande inégalité entre nations avec  des différences allant jusqu’à 17 ans d’espérance de vie moyenne.
L’indice utilisé pour comparer les différents paramètres révèle un groupe de tête avec Cuba suivi de l’Argentine, de l’Uruguay, du Chili et du Mexique. Le pays dont le système sanitaire est le plus déficient est Haïti, précédé dans le peloton de queue par  le Guatemala, la Bolivie, le Venezuela et le Honduras. « Le fossé entre pays latino-américains est assez large. Ces données sont des signaux d’alarme pour les Etats latino-américains », avertissent les auteurs de cette étude publiée dans la revue Gaceta Sanitaria.
Parmi les indicateurs utilisés pour déduire la note totale de chaque pays, l’espérance de vie à la naissance est une donnée significative : elle est en moyenne de 73,7 ans pour l’ensemble de la région, mais elle passe de 61,5 ans à Haïti à 79 ans au Costa Rica et au Chili.
73,7 ans d’espérance de vie en Amérique Latine, c’est 4 ans de moins qu’aux Etats-Unis, 6 de moins qu’en Allemagne et 8 de moins qu’en Espagne.
Quant au taux de mortalité infantile, la moyenne régionale est de 20,5 pour mille enfants nés vivants. Mais ce nombre est peu représentatif, du fait de la grande hétérogénéité des nombres de chaque Etat : 64 décès d’enfants de moins d’un an pour mille en Haïti  mais 5 pour mille à Cuba.(11 en Espagne et 14 aux Etats-Unis).
Haïti, à la situation sanitaire la plus précaire, a les nombres les plus alarmants dans bien d’autres paramètres ; comme la mortalité maternelle, le pourcentage d’accouchements assistés par une personne compétente, la vaccination contre la rougeole, les frais de santé per capita et la population ayant accès à l’eau potable.
D’autres pays présentent des données médiocres comme le Nicaragua, qui a la plus faible répartition de médecins par habitant ; le Guatemala, avec la plus faible proportion de lits d’hôpital, et la Bolivie, qui consacre à la santé la proportion la plus réduite de son PIB. Le Venezuela, bien qu’il figure parmi les pays à fort PIB, se trouve dans le peloton de queue, du fait qu’il prévoit peu de ressources pour la santé.
Des ajustements préjudiciables à la santé.
« Pour diminuer les inégalités dans le domaine de la santé, avertit l’étude, il faudrait agir sur les facteurs structurels qui affectent en grande partie les conditions de vie des personnes. Ceux-ci, liés au contexte, résultent de la combinaison de politiques injustes, de situation économique précaire, et de mauvaise gestion politique ». Des études préalables ont démontré que ce contexte a marqué négativement, voire fait chuter les indicateurs de santé. « En Amérique Latine et aux Caraïbes, durant la décennie 1980, l’ajustement des politiques macroéconomiques a eu un effet négatif sur les indicateurs sociaux, en particulier sur ceux concernant la situation de la santé ».
Une étude publiée en 2006 dans la Revista Panamericana de Salud Publica expliquait que la réduction de la dépense publique dans les pays d’Amérique Latine-Caraïbes au cours de la décennie 1980 avait provoqué « un ralentissement de l’augmentation de l’espérance de vie et de la décroissance de la mortalité infantile. C’est dans ces pays que l’on a constaté le plus tôt l’impact macrosocial de ces ajustements sur la santé, ce qui démontre qu’en une seule décennie d’ajustement, les politiques macroéconomiques peuvent causer des effets mesurables sur les indicateurs sociaux ».
Malgré ce coup de frein souffert il y  deux décennies, la situarion dans la  région semble avancer très lentement. Enfin l’étude signale les inégalités criantes existant à  l’intérieur des pays eux-mêmes ; « Dans le cas du Mexique, en 5ème position après Cuba, l’Argentine, l’Uruguay et le Chili, on observe, d’un état à l’autre,  de grandes inégalités dans les indicateurs de santé ».

La santé cubaine, hégémonique et source de querelles.
Cuba a toujours considéré son système sanitaire comme l ‘un des points forts du régime  et c’est un thème récurrent dans les controverses qui tentent de confronter des systèmes politiques comme si c’était des châteaux de cartes. Dans l’étude citée on a utilisé 16 paramètres distincts. Et les sources utilisées méritent toute crédibilité : l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour 10 paramètres, la Banque Mondiale pour 3 autres et la CEPAL (Commission Economique pour les pays d’Amérique Latine) pour le reste. « Le pays le mieux positionné est Cuba, une nation qui, bien qu’elle n’ait pas le plus fort PIB, montre les meilleurs indicateurs de santé et de ressources sanitaires de la région »  disent les auteurs.
Il y a 3 ans, Science publiait une étude dans laquelle on applaudissait aux mérites de l’île, juste au moment où on constatait cinq décennies de blocus économique.. « Aux Etats-Unis nous avons l’opportunité d’apprendre de Cuba de précieuses leçons sur le développement d’un système de santé véritablement universel qui met l’accent sur les soins de santé primaire »  disaient les auteurs, chercheurs de l’Université de Stanford.
Le 29 avril 2010, un jour après Science, une autre prestigieuse revue, The Lancet, publiait une analyse sur l’évolution de la mortalité des adultes entre 1970 et 2010. L’un des pays avec la plus mauvaise évolution dans cette comparaison était justement Cuba, qui était en 1970 le 3ème pays du monde avec la plus faible mortalité d’adultes, et qui en 2010, était tombé au 36ème rang.

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