COLOMBIE – Le « baby boom » des FARC

(Susan Abad, par NOTICIAS ALIADAS, 03/04/2017 – Traduction B. Fieux)

Chez les FARC on ne compte plus les morts mais les nouvelles vies. Le gouvernement colombien calcule que quelque 300 guerilleras sont enceintes et qu’environ 60 bébés sont arrivés dans les zones de concentration dans les bras de leur mère qui ont troqué la musette contre le sac de couches.

« Maintenant nous ne passons plus des nuits blanches par peur d’un bombardement mais avec les pleurs des bébés », dit Camilo, papa de la petite Yuldrei, née il y a six mois dans la forêt de Caquetá, tandis que ses parents attendaient la signature définitive des accords de paix entre les FARC et le gouvernement colombien; accords qui furent finalement signés le 24 novembre dernier, après quatre ans de négociations et diverses difficultés.

L’accord qui met fin à plus de 50 années de guerre interne avec ce groupe armé permettra le retour à la vie civile d’environ 14 000 combattants et miliciens, dont les autorités estiment que 25% sont des femmes. Celles-ci se sont préparées à leur nouveau rôle dans la société, parallèlement au processus de paix, depuis novembre 2012. « C’est ainsi qu’au milieu de 2015, sentant que le processus de paix avançait, les FARC ont voulu flexibiliser leur discipline interne, et ce fut comme une explosion : les grossesses se multiplièrent « , relate  Mauricio, alias « El Médico ».

« Ce fut une bonne nouvelle », dit Yamile, maman de Yuldrei, qui confie qu’à 24 ans, elle voulait « avoir un enfant et former une famille ».

Avortements forcés.

Mais la maternité n’a pas toujours été un motif de bonheur chez les FARC. Dans les campements la grossesse était interdite. Dans le meilleur des cas, on permettait aux guerilleras d’avoir leur enfant, mais à la condition qu’après la naissance elles le remettraient à une personne de leur famille. Celles qui optaient pour cette possibilité ne revoyaient pas leur enfant.

Cependant, pour d’autres le règlement fut appliqué, – selon certaines dénonciations -, avec une rigueur brutale. Le rapport « Violence sexuelle comme Crime International Perpétré par les FARC », publié par le « Département des Droits Humains de l’Université Sergio Aboleda », assure que « jusqu’en 2011 environ 1800 guerilleras furent contraintes d’avorter ». Toutes ces interventions se seraient réalisées sans les conditions minimales d’hygiène, au milieu de la forêt.

Le Procureur assure qu’il existe « des éléments de jugement démontrant que l’avortement fut une politique des FARC, fondée sur le fait de contraindre à l’avortement la femme combattante pour ne pas la perdre comme instrument de guerre ». L’un des 150 cas sur lesquels enquête cet organisme gouvernemental est celui d’une guerillera, Lorena, qui relate qu’après avoir repris conscience, Miler, l’infirmier qui avait pratiqué son avortement, lui montra un récipient avec les fragments du foetus qu’il avait recueilli en lui disant de « bien regarder pour que cela lui passe l’envie de se laisser à nouveau engrosser ». La jeune femme avait cinq mois de grossesse.

Les FARC assurent que les avortements étaient volontaires. « Nous étions dans un affrontement armé qui nous laissait peu de liberté de mouvement, alors une des exigences quand nous entrions dans la guerilla était de ne pas avoir d’enfants, » dit Jaramillo. Mais Elda Neyis, alias « Karina », ex-commandante du Front 47, admit devant les tribunaux de Justice et Paix qu’elle-même, durant son passage dans la guerilla, avait pratiqué au moins trois avortements.

Santé et reproduction.

Le gouvernement d’Espagne approuva le 27 janvier l’ex-tradition de Hector Arboleda, alias « El enfermero », accusé par les autorités colombiennes d’avoir pratiqué, entre 1998 et 2004, 300 avortements forcés sur des guerilleras, dont beaucoup étaient encore mineures, et avec des grossesses allant jusqu’à huit mois.

La culpabilité des chefs des FARC sur ce thème sera déterminée par la Justice Spéciale de Paix mentionnée dans l’Accord. Toutefois, la dynamique évolue. Richard Arias, guerillero infirmier, réfléchit : « Nous, durant tout ce temps, ne nous étions pas préparés dans nos activités médicales à accueillir ces cas. Maintenant, nous allons nous mettre à étudier pour soigner les femmes enceintes et recevoir leurs bébés ».

Et maintenant, dans les zones de concentration, où ils remettront  les armes et se prépareront à rejoindre la vie civile en juin, l’avortement leur est interdit.
« En ce moment les femmes combattantes ont les mêmes droits que les autres  femmes en Colombie. Et ceci inclut qu’il leur est permis d’avorter dans trois circonstances : quand il y a malformation du foetus, quand il y a risque pour la vie ou la santé de la mère, et quand la grossesse est le résultat d’un viol » nous explique Alejandra Coll, avocate de Women’s Link Worldwide.

Elle assure que « le problème est que dans le lieu où sont situées les guerilleras, il n’y a pas de services de santé sexuelle et reproductive. Nous attirons donc l’attention sur le problème de santé de ces femmes, et demandons qu’elles puissent accéder à tous les services. »

Dans une conférence de presse, l’amiral Orlando Romero, délégué du gouvernement pour le mécanisme de vérification du cessez-le-feu et des hostilités,(MMV)  – constitué par un délégué du gouvernement, un des FARC et un des Nations Unies -, a annoncé début février: « on va créer une zone de transit limitrophe aux campements, qui sera pourvue de services de santé et d’une zone d’allaitement pour accueillir  les jeunes enfants ».

Cependant cela n’a pas encore été suivi des faits et Yuldrei, qui a franchi dans les bras de ses parents les 200 km séparant son lieu de naissance de la zone de concentration, est bien vivante, de même que les autres bébés des guerilleras, voyageant dans des berceaux improvisés, faits de bâtons et de toile.

« La seule différence avec les berceaux des campements est qu’ici nous avons des petits matelas », dit Yamile.

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