Lula réélu au Brésil face à un Congrès hostile.  

  1. Lula a su renverser la tendance et remporter l’élection présidentielle brésilienne au second tour, dimanche 25 octobre, face au candidat d’extrême droite Flavio Bolsonaro.
  2. Mais l’opposition, majoritaire au Congrès, lui mènera la vie dure.

La « virada » (retournement) était inespérée mais a bel et bien eu lieu. Après sa déroute au premier tour, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a finalement remporté, ce dimanche 25 octobre, la présidentielle avec près de 51,8 % des voix face au sénateur d’extrême droite Flavio Bolsonaro, fils de l’ex-président Jair Bolsonaro, qui en a recueilli 48,2 %. L’ancien métallurgiste montera donc, une nouvelle fois, à 81 ans, la rampe du palais du Planalto, à Brasilia, pour un quatrième et dernier mandat (après ceux de 2003 et 2007, et celui qui s’achève).

Le cacique du Parti des travailleurs (PT) a déjoué tous les son­dages qui le plaçaient deux points derrière son adversaire, mais ​aussi le cours de l’histoire du pays qui n’avait jamais vu un candidat à la présidence classé deuxième au premier tour s’imposer au ​second. La victoire de Lula vient aussi mettre un coup d’arrêt à la vague d’extrême droite qui a ​déferlé sur le continent latino-américain ces derniers mois sous l’œil satisfait du président ​Donald Trump.

Les Brésiliens « sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie », a lancé Lula, dans son premier discours de président réélu. Il a convaincu les électeurs de la menace que représentait pour les institutions son adversaire, un « milicien » cerné par plusieurs enquêtes pour blan­chiment d’argent, et qui avait promis de libérer son père, Jair Bolsonaro, condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État.

Le candidat défait dans les urnes conteste la victoire de Lula et réclame l’annulation du scrutin, qualifiant de « magouille » la décision de la Cour suprême de prolonger de deux heures le vote ​selon le motif que des bus aient été retirés de la circulation dans des villes comme Sao Paulo (sud-est), dirigée par un maire de droite, ou Salvador de Bahia (nord-est) empêchant des électeurs de se rendre aux urnes. Flavio Bolsonaro avait toutefois lui aussi demandé la prolongation du vote en raison d’intempéries dans son fief du sud.

Les 33 millions d’électeurs qui s’étaient abstenus au premier tour ont été au cœur de la contre-offensive de l’entre-deux tours de Lula. Celle-ci s’est incarnée dans de grandes manifestations de rue, avec une importante parti­cipation de la jeunesse, mais ​aussi sur les réseaux sociaux, où l’« Armée de Lula », une chaîne WhatsApp a mobilisé plus de 10 millions de militants.

« La campagne du PT a aussi fait preuve d’une grande habileté en soulignant que les acquis ​sociaux conquis ces dernières ​années seraient menacés avec ​Flavio », commente le politologue Marco Teixeira. Ce dernier a également commis des erreurs, selon le spécialiste, comme ses revi­rements de position concernant la réforme de la diminution du temps de travail arrachée par ​Lula au Congrès avant le second tour ou l’annonce floue d’une « réforme constitutionnelle » qui a pu effrayer la droite modérée.

Dans un Brésil extrêmement polarisé, le président Lula a affirmé « ne plus avoir d’adversaire » et qu’il gouvernerait pour tous les Brésiliens. Mais la percée de la droite au Congrès, où le parti libéral (PL) de Flavio Bolsonaro et ses alliés se sont assurés la majorité lors des élections générales du 4 octobre, avec 286 députés (55,8 %) et 51 sénateurs (63 %), constituera une difficulté indéniable. « Certains disent déjà : “Lula va avoir beaucoup de mal à gouverner.” C’est le peuple qui a élu le Congrès, et c’est avec lui que je travaillerai », a voulu rassurer le président, qui devra se résoudre à de nombreux compromis.

« Lula va certainement essayer de rallier le “centrao” (“grand ​centre”, composé d’une dizaine de petits partis opportunistes), d’empêcher le PL d’occuper la présidence des deux chambres, et ​tentera de gouverner projet par projet, intérêt par intérêt, en isolant le PL. C’est la seule chose à faire », analyse Marco Teixeira, qui souligne toutefois l’habileté d’un Lula, qui n’en est pas à son premier mandat, pour gouverner en ​milieu hostile.

Aglaé Watrin, correspondante à Brasilia (Brésil) La Croix, 27 octobre 26


Publié

dans

par

Étiquettes :

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.