PEROU: victoire historique de Ollanta Humala.

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Au second tour des présidentielles le 5 juin, Humala a réuni 51,6 % des suffrages devant Heiko Fujimori, 48,4 %, “ la candidate de l’impérialisme et de l’oligarchie péruvienne ”. La classe dominante péruvienne, constamment manipulée par l’ambassade des Etats-Unis, avait pourtant tout tenté pour imposer la victoire de sa candidate, en essayant d’inspirer la panique dans la population face à l’éventualité d’un gouvernement Humala. Mais H.Fujimori évoquait peut-être dans les esprits des souvenirs liés aux méthodes de gouvernement de son père.…

La victoire de Humala reflète la volonté du peuple pauvre de prendre son destin en mains pour transformer la société.

Dès le lendemain la Bourse de Lima accusait une chute de 12,5%. Un analyste argentin constatait : “ C’est  sans doute le résultat des pressions des entreprises, pour que Humala choisisse dans le secteur économique quelqu’un qui soit lié au marché et impliqué dans les politiques des années précédentes  qui ont permis au  pays d’assurer sa  croissance ”. Le Pérou produit de l’argent (1er producteur mondial), du cuivre (2ème) et aussi de l’or.

Le principal quotidien de la bourgeoisie péruvienne, El Comercio, ne manquait pas non plus d’arrogance en recommandant que “ Le président élu doit comprendre l’urgence et la nécessité de nommer les principales autorités, comme le premier ministre et le ministre de l’Economie, qui doivent être des personnalités au prestige professionnel reconnu, attachés aux principes de  l’économie sociale de  marché, qui peuvent être des interlocuteurs valables pour les forces de l’opposition, mais aussi avec les agents économiques, les organismes financiers internationaux et la banque d’investissement. ”

Mais le peuple péruvien a voté, à travers Humala, contre les “ forces d’opposition ”, pour le “ changement constitutionnel ” qui refuse les lois anti-démocratiques imposées par la dictature de Fujimori, et contre “ les agents économiques, les organismes financiers internationaux et la banque d’investissement ”, qui sont les principaux opérateurs des multinationales britanniques, espagnoles, mexicaines et nord-américaines.

Le peuple pauvre et exploité du Pérou comprend instinctivement que la domination asphyxiante des grandes pieuvres économiques est la cause de sa misère. C’est un peuple fier de sa culture et de son  histoire, héritier d’une civilisation et de traditions très anciennes. Il ressent une humiliation profonde en voyant son pays soumis aux intérêts de multinationales étrangères qui saccagent impunément ses ressources avec la participation d’une oligarchie rapace, réactionnaire et raciste. Seule la perspective d’un changement radical dans leurs conditions de vie et d’un futur meilleur peut déclencher l’énergie et l’enthousiasme  des millions de travailleurs, de chômeurs, de paysans et de jeunes de la ville et des zones rurales.

Lors d’une interview avec le quotidien argentin Pagina/12, Humala explique les points importants de sa vision de gouvernement : “ La pauvreté au Pérou a pour origine une mauvaise redistribution de la richesse, et la richesse se répartit selon une politique économique déterminée. C’est elle que nous devons corriger. Nous ne parlons pas de changer le modèle d’une économie ouverte de marché, nous défendons cette économie. Mais ce que nous disons, c’est que la politique économique actuelle a une série d’imperfections qui ne permet pas que la croissance soutenue de huit années se traduise en développement et en amélioration de la qualité de vie. C’est cela que nous devons corriger.… ”

“ Les politiques sociales sont fondamentales. Nous allons créer le programme Cuna Más (garderies gratuites pour enfants de moins de 3 ans avec alimentation et éveil) dans les 600 districts les plus pauvres du pays, et mettre en place graduellement le programme Pension 65 (une pension de 90 dollars pour les plus de 65 ans qui ne reçoivent pas de pension). Nous construirons un hôpital dans chaque province du pays. En matière fiscale nous percevrons des impôts sur les excédents miniers. ”

Le Pérou a l’une des réserves de gaz les plus importantes d’Amérique Latine, le gaz de Camisea, exploité par des entreprises étrangères, comme Repsol d’Espagne. La principale destination de ce gaz est son exportation au Mexique pour livrer ensuite des dérivés aux Etats-Unis.
A ce sujet, Humala ajoute : “ nous allons faire respecter le contrat d’origine : ce contrat dit clairement que la priorité du gaz de Camisea  est le marché interne et non l’exportation. Des interêts particuliers ont inversé les priorités. Et maintenant les Péruviens paient la bouteille de gaz au prix international ! ”

Ici apparaissent les contradictions : d’une part, Humala dit qu’il ne touchera pas aux intérêts des multinationales qui opèrent dans le pays, comme le demande la bourgeoisie, et d’autre part il dit qu’il répondra aux besoins fondamentaux de ceux qui possèdent le moins, comme l’exigent les ouvriers et paysans pauvres. Il y a là une contradiction, car répondre aux intérêts d’un secteur implique d’aggraver les intérêts de l’autre. Rude sera la tâche !
Selon le sociologue péruvien Julio Cotler, “ le paradoxe du Pérou est que les salaires ont chuté de 10 % dans les dix dernières années, tandis que les bénéfices des grands groupes économiques ont augmenté de 30 % ”.

On calcule qu’actuellement il existe plus de 230 conflits sociaux au Pérou, la moitié concernant la déprédation environnementale des compagnies minières, forestières et d’hydrocarbures,  vis-à-vis des communautés paysannes et indigènes.
Depuis trois semaines, dans la région de Puno, (sud-est du Pérou et zone frontalière avec la Bolivie) trois mille personnes maintiennent un barrage de route et rejettent les concessions octroyées à des projets miniers. Le dirigeant aymara assure que les participants ne lèveront pas leur barrage tant que le gouvernement péruvien ne proposera pas une solution. Aux dernières nouvelles un accord partiel serait intervenu, qui suspendrait pour un an l’approbation de l’étude de l’impact environnemental du projet minier de Santa Ana, de l’entreprise canadienne Bear Creek, à l’origine de la protestation.

Le président Humala entreprend la tournée des autres pays d’Amérique du Sud. Il dit son intérêt pour l’UNASUR (Union des Nations d’Amérique du Sud ) et le MERCOSUR (Marché Commun du Sud). A un journaliste qui lui demandait si son gouvernement “ serait de gauche ”, il répondit que son gouvernement “ serait pour le peuple ”. “ Nous allons nous consacrer fortement à trouver des solutions aux conflits à partir d’une culture du dialogue. C’est la meilleure manière de résoudre la forte conflictivité qui existe pour le moment. ” A suivre…

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