CHILI : Après les élections présidentielles… Opinions et citations … (janvier 2014)

Extraits de l’article de Atilio Boron « Bachelet y la neceseria refundación de la democracia », 22/11/2013, ALAI.

(Au Chili, au sujet du taux d’abstention de 59 %) … »De nombreuses études d’opinion publique  au cours des dernières années, ont mis en évidence l’apathie politique régnante chez un nombre considérable de citoyens.
Un  politologue chilien, Juan Carlos Gómez Leyton, soutient la thèse qu’au Chili, il existe non seulement une économie néolibérale mais que ce cancer a fait des métastases et que le pays lui-même s’est converti en une société néolibérale, reconnaissable, notamment, par l’indice d’inégalités économiques le plus élevé d’Amérique latine.
Or une société de ce type a comme caractéristiques principales la dépolitisation, l’apathie citoyenne, et le désintérêt pour la chose publique. Le néolibéralisme commence par soumettre la politique puis la dénature, la réduisant à la simple gestion « technique » de l’économie.
Conséquence : la démocratie dégénère en technocratie. Et quand il s’agit de questions techniques, le peuple n’a pas grand chose à dire, seuls les experts doivent parler ; quant aux autres citoyens ils peuvent s’occuper de leurs propres affaires et s’ils ont des envies de participation, qu’ils les canalisent en shoppings et achats frénétiques ! »

(…) « L’apathie politique s’alimente au Chili de la carence de véritables alternatives politiques. Renverser cette situation sera une tâche très difficile pour la présidente Bachelet ( …)
Pour qu’elle puisse tourner la page de l’histoire, il faudrait qu’elle fasse ce que fit Hugo Chávez le 2 février 1999, quand il prit possession de sa charge comme président : il ignora les formules consacrées par la tradition et dit : « Je jure devant Dieu, je jure devant la Patrie, je jure devant mon Peuple qu’à cette Constitution moribonde j’impulserai les transformations démocratiques nécessaires pour que la nouvelle République ait une Constitution adéquate pour les temps nouveaux. Je le jure ».
Il est hautement improbable que Michelle Bachelet produise un serment de ce type. Mais il est indiscutable que la reconstruction de la démocratie au Chili nécessitera l’élaboration et l’approbation d’une nouvelle Constitution.  »

ADITAL, 07/10/2013.

La face cachée du militarisme au Chili.
(…) Il existe au Chili une génération d’officiers du haut commandement  (en retraite et en activité) qui se sentent encore liés, émotionnellement et idéologiquement, à la brutale dictature militaire de 1973 à 1990. Quand ils se réfèrent à des faits de violence commis par des militaires, ils minimisent ces actes en parlant d’ »excès », mais jamais de « délits ».
Ils pensent encore qu’au Chili des « ennemis internes » continuent d’exister et de vouloir nuire à la « famille militaire » qui comprend plus de 80 000 membres. La plupart ont été formés à l’Ecole des Amériques, devenue depuis « l’Institut de l’Hémisphère occidental pour la Coopération  dans la Sécurité ».  (…) Entre les officiers du haut commandement existe le fameux « pacte du silence » face à la vérité sur les détenus-disparus, les exils forcés, les séquestrations, les tortures, violations sexuelles, ventes d’armes, trafic de drogue, etc.
Le plus probable est que beaucoup de « crimes de lèse-humanité » resteront impunis, de nombreux criminels intouchables circulent librement au Chili, ils vieillissent et mourront sans répondre de leurs délits devant la justice…
La vie du pays sera toujours en suspens face aux réactionnaires de droite et fascistes qui jamais ne permettront que le vrai peuple du Chili arrive au pouvoir (idée-force et anti-démocratique de l’Ecole des Amériques.)

Marianela Jarroud, REBELION, 18/12/2013

« La présidente élue, qui débutera son mandat le 11 mars 2014, disposera de la majorité absolue dans les deux Chambres du Congrès, avec 21 sénateurs sur 38 et 67 députés sur 120.
Or si la majorité simple suffit à modifier la fiscalité,  une majorité qualifiée est en revanche requise pour réformer l’éducation et le code électoral…

Extraits de  » Un dimanche de vote à Santiago », article de Franck Gaudichaud.
(…) Déjà dans la matinée, le site du journal conservateur El Mercurio relevait la très faible participation. Une fois son « devoir civique accompli », le président sortant Sebastián Piñera — un richissime homme d’affaires qui, en 2010, a réussi à faire gagner la droite pour la première fois depuis la fin de la dictature, en 1989 —, déclare solennellement : « Tout Chilien qui ne veut pas aller voter démontre une absence de tendresse pour son pays. » En vain. Il s’agit de la sixième élection présidentielle depuis le début de la transition démocratique, mais de la première se déroulant sur la base du vote volontaire (avec inscription automatique sur les listes). Jusque-là, comme dans plusieurs pays d’Amérique latine, les électeurs inscrits étaient obligés d’aller voter sous peine d’amende. Dans ces conditions, de nombreux Chiliens, souvent parmi les jeunes et les couches populaires, ne se faisaient pas enregistrer sur les listes électorales : pas vu, pas pris. (…)
Les élections municipales de 2012 s’étaient déjà déroulées suivant ces nouvelles règles. L’abstention avait atteint 60 %, donnant des sueurs froides aux politiciens. Lors du premier tour de la présidentielle, et malgré la présence de neuf candidats, moins de la moitié des 13,5 millions d’électeurs (sur une population de plus de 17 millions d’habitants) se sont déplacés. Au terme de la journée électorale, le résultat est sans surprise : face à Mme Evelyn Matthei (droite — 37,8% des voix), Mme Michelle Bachelet sera la prochaine présidente avec plus de 62,2 % des voix. Mais le triomphe de celle qui fut présidente entre 2005 et 2010 se fait avec 255 000 voix de moins que lors de son premier mandat [3]. Seuls 41 % des électeurs se sont déplacés jusqu’aux urnes : c’est le chiffre le plus bas depuis la transition démocratique. A cette donnée vient s’ajouter l’exclusion du droit de vote de plus de 850 000 Chiliens vivants à l’étranger (un héritage du régime militaire).
(…) Le soir de la victoire, depuis le luxueux hôtel Plaza San Francisco, Mme Bachelet a d’ailleurs tenu à remercier « la rue », en particulier les jeunes, et réitéré sa promesse de donner naissance à un « système éducatif public, gratuit et de qualité ». « Aujourd’hui, a t-elle souligné, personne ne doute que le profit ne peut être le moteur de l’éducation. » Dans un pays où le marché de l’éducation est gigantesque et alors que nombre de responsables de la Concertation sont des acteurs centraux de ce juteux négoce, certains doutent. Et ce, d’autant plus que la réforme, envisagée comme « graduelle » et devant aboutir dans six ans (c’est-à-dire au-delà du mandat présidentiel), vise à permettre aux étudiants d’accéder gratuitement aux universités par le biais de subventions publiques… sans pour autant en finir avec l’hégémonie des universités privées et le système des collèges particuliers subventionnés (système issu des derniers jours de la dictature).


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