Che Guevara, apôtre des opprimés, épisode 2

Le Commandant Ernesto Che Guevara prononça son dernier discours lors d’un évènement international, au cours du Second Séminaire Economique de Solidarité Afroasiatique, le 24 février 1965 à Alger.

II. Les premières mesures révolutionnaires.

Che Guevara fut-il l’un des premiers guerilleros à entrer à La Havane ?
Après l’échec de l’offensive de Batista en juin et juillet 1958, qui était destinée à liquider une fois pour toutes la Guerilla, Fidel Castro décida de lancer fin août une contre-offensive et d’étendre l’insurrection armée à toute l’île. Le Che et Camilo Cienfuegos prirent la tête de deux colonnes et marchèrent vers la zone centrale de l’île, Villa Clara. Le périple d’environ 500 m dura un mois dans des conditions très difficiles. Les guérilleros ne purent s’alimenter que 11 fois au cours des 30 jours et durent même manger « une jument crue sans sel ». « Seules les insultes et les menaces en tous genres réussissent à faire marcher cette masse épuisée », écrivait Le Che dans son journal quotidien. Fin décembre les troupes du Che et de Camilo assaillirent la ville de Santa Clara et s’emparèrent du fameux train blindé rempli d’armes et de munitions. A l’aube du premier janvier 1959, Batista abandonna le pouvoir et s’enfuit vers la République Dominicaine du tyran Trujillo. Fidel Castro ordonna au Che et à Camilo de marcher sur La Havane et de s’emparer d’abord du cuartel de la Cabana et ensuite du camp militaire de Colombia.

Quelles étaient les grandes figures de la Révolution Cubaine le 1er janvier 1959 ?
Quand la Révolution Cubaine triompha le 1er janvier 1959, la principale figure révolutionnaire était indiscutablement Fdel Castro. Aucun autre cadre du Mouvement 26 de juillet n’était en condition de lui disputer le leadership. La personne de Fidel symbolise l’aspiration du peuple cubain à la dignité et à l’émancipation. L’autre grande figure était bien entendu le Che, qui représente l’archétype de l’internationaliste solidaire disposé à risquer sa vie pour la liberté d’une terre qui n’était pas celle de ses ancêtres, et que le Héros National Cubain José Marti, fit sienne suivant la maxime « la Patrie c’est l’Humanité « . Le troisième grand personnage de la Révolution est Camilo Cienfuegos, issu du peuple, doté d’un courage extraordinaire et très proche du Che. Il y avait une grande complicité entre eux. Pour l’anecdote, il était le seul à oser couper les cordes du hamac quand l’autre dormait. L’autre figure incontestable est évidemment Raùl Castro qui, malgré sa jeunesse, montrait au champ de bataille ses qualités de combattant, de stratège et de leader. Il faut rappeler que Raùl Castro commença la guerre comme simple soldat. Comme tous les autres, il dut faire ses preuves au champ de bataille. Nous pourrions mentionner aussi Juan Almeida, à qui nous devons la fameuse phrase qu’il prononça durant le premier combat contre l’ennemi : « Ici personne ne se rend, carajo ! »(bordel !), ainsi que Ramiro Valdès, entre autres.

Pourquoi le surnom de « Che » ?
Le premier à l’appeler « Che » fut Antonio « Nico » Lopez, un membre du groupe de Moncada qui l’avait connu au Guatemala. « Che »est une interjection typiquement argentine. Comme Guevara, argentin, avait l’habitude de commencer ses phrases par « Che », on le surnomma ainsi.

Quel fut le rôle du Che dans l’élaboration du programme révolutionnaire ?
Le Che eut un rôle clé dans la création de l’Institut National de Réforme agraire et dans l’élaboration de la Loi de Réforme Agraire qui fut promulguée en mai 1959. Selon lui, « le guerillero est, fondamentalement et avant tout, un révolutionnaire agraire. Il interprète les désirs de la grande masse paysanne d’être maître de sa terre, maître des moyens de production, de ses animaux, de tout ce pour quoi il a lutté pendant des années ». Plus tard il fut nommé Ministre de l’Industrie.

Le Che appuya aussi la création de l’Institut Cubain des Arts et des Industries Cinématographiques (ICAIC), créé le 2 mars 1959 par la loi 169. Dès le début le gouvernement révolutionnaire faisait de la culture une priorité nationale. L’art est nécessaire à l’équilibre d’une société et c’est un vecteur d’idées et de principes. Le Septième Art est un instrument d’opinion et de formation de la conscience individuelle et collective et il contribue à la diffusion des valeurs nécessaires à l’édification d’une société nouvelle basée sur la solidarité, l’intérêt général et la répartition. C’est une arme de lutte contre l’ignorance et les préjugés quand on l’utilise pour atteindre des résultats nobles et généreux.

Pourquoi Che Guevara fut-il nommé Procureur de La Cabaña et chargé des tribunaux révolutionnaires ?
Le prestige et l’autorité du Che étaient indiscutables à Cuba. Il était connu pour sa rectitude morale et son intransigeance. Durant la lutte révolutionnaire il se montra implacable avec les puissants, les bourreaux, les tortionnaires et les assassins, et bienveillant envers les faibles, les victimes et le peuple exploité et humilié. Durant la guerre révolutionnaire, Fidel Castro fit au peuple le serment que les criminels seraient châtiés. La dictature de Fulgencio Batista avait causé près de 20 000 victimes.
Durant son premier discours le 1er janvier, le leader de la Révolution lança un appel au peuple, le conjurant de ne pas céder aux sirènes de la vengeance, et l’assurant que les tribunaux révolutionnaires châtieraient les coupables. De fait, le peuple cubain fit preuve d’un grand civisme quand la Révolution triompha, et ne s’enfonça pas dans la violence vengeresse. Il savait que l’heure de la justice arriverait et Fidel Castro tint parole et nomma le Che, prestigieuse figure du mouvement révolutionnaire, Fiscal de La Cabaña.

La justice révolutionnaire fut toujours une justice sommaire et expéditive, dans tous les pays du monde. Les individus coupables de crimes de sang étaient condamnés à la peine capitale. C’était une nécessité politique, une exigence populaire et un devoir de justice de juger les criminels de guerre et les bourreaux. Il y eut environ 500 exécutions après le triomphe de la Révolution durant des jugements publics, car le peuple devait être informé du déroulement du processus judiciaire de manière transparente.

Aux Etats-Unis, l’administration Eisenhower et la presse lancèrent une campagne de discrédit contre le gouvernement révolutionnaire, dénonçant les exécutions. Curieusement, durant la dictature de Batista tous – sauf quelques exceptions – avaient gardé un silence complice tandis que les troupes persécutaient, violaient, torturaient et assassinaient Cubaines et Cubains.

A titre de comparaison, durant l’épuration qui eut lieu en France après la Seconde Guerre Mondiale, plus d’un million de personnes furent arrêtées et près de cent mille furent condamnées. il y eut environ dix mille exécutions dont neuf mille extra-judiciaires.

Le Che était-il impliqué dans les Unités Militaires d’Aide à la Production ? (UMAP)
Le Che ne fut pas à l’origine des UMAP. A Cuba le service militaire est obligatoire. Dans les années 60 les personnes qui ne souhaitaient pas effectuer le service pour des raisons éthiques, philosophiques, religieuses ou personnelles devaient faire un service civique consistant en travaux agricoles en unités de campagne. Dans les UMAP les homosexuels furent victimes de discriminations, de vexations, d’humiliations et de railleries, et furent logés dans des bâtiments séparés.

Ces violations des droits humains parvinrent à la connaissance de Vilma Espín, épouse de Raùl Castro, et surtout Présidente-fondatrice de la puissante Fédération des Femmes Cubaines. Elle informa Fidel. Celui-ci, qui s’appuyait toujours sur la jeunesse et les étudiants, décida d’envoyer clandestinement un groupes de militants de l’Union des Jeunes Communistes aux UMAP pour vérifier les faits. Après plusieurs semaines d’observation, ceux-ci remirent un rapport accablant qui confirmait les atteintes aux droits de ces personnes et les UMAP furent fermées en 1968, c’est-à-dire un peu moins de deux ans après leur création. Il convient de rappeler que le seul rôle de Fidel Castro dans les UMAP fut de procéder à leur fermeture définitive.

Quelles furent les relations du Che avec la presse ?
Figure importante de la Révolution Cubaine, le Che était régulièrement sollicité par la presse nationale et étrangère, désireuse de questionner un argentin qui consacrait son existence au processus de transformation sociale de l’île. Le Che était conscient de l’importance des médias dans la guerre politique et idéologique qu’il fallait livrer contre les forces conservatrices.

Le Che fut à l’origine de la création de Radio Rebelle dans les montagnes de la Sierra Maestra le 24 février 1958, date commémorative du soulèvement de Baire en 1895 qui marqua le début de la seconde guerre d’indépendance qu’entreprit José Marti. Avec du matériel rudimentaire et une connexion artisanale, le Che réussit à rompre le monopole médiatique de la dictature militaire de Fulgencio Batista. La revue Verde Olivo est l’organe de presse des forces armées cubaines et fut créée en avril 1959 par le Che, Camilo Cienfuegos et Raùl Castro. Dans cette revue Le Che publia ses expériences de guerre et une section intitulée « Conseils au combattant », ainsi qu’une chronique régulière sous le pseudonyme de « Francotirador ». Les objectifs de la revue sont de cultiver la mémoire et de transmettre les témoignages des combattants.

De la même façon, en juin 1959 naquit Prensa Latina. L’objectif était de doter le pays d’une agence de presse puissante pour faire obstacle aux campagnes de propagande hostiles en provenance des Etats-Unis. En outre cela permettait
d’offrir un regard latinoaméricain sur la réalité du Tiers Monde et de s’émanciper ainsi de l’hégémonie médiatique de la presse occidentale.

Pourquoi, après le triomphe de la Révolution, certains quotidiens furent-ils interdits et les canaux de télévision nationalisés ?
L’immense majorité des médias se trouvait dans les mains du privé quand la Révolution Cubaine triompha, ce qui représentait un péril pour le processus émancipateur de transformation sociale. La majeure partie des médias aux mains des capitaux de l’époque s’opposait à la remise en question de l’ordre établi et à toute abolition des hiérarchies sociales et des privilèges. De plus, c’était des alliés naturels de Washington, qui s’opposa immédiatement au processus révolutionnaire en accueillant les tortionnaires de Batista qui achevaient de voler les réserves de la Banque Nationale de Cuba. La nationalisation des médias était une nécessité politique et stratégique et mit fin au monopole du pouvoir de l’argent dans ce secteur.

De quand date la fameuse photographie du Che ?
Alberto Korda prit la photo le 6 mars 1960 à La Havane durant l’hommage funèbre aux victimes civiles de l’attentat contre le bateau français La Coubre qui transportait armes et munitions belges à Cuba. Le 4 mars 1960, tandis qu’on déchargeait le bateau, une double explosion se produisit tuant plus d’une centaine de personnes et causant des centaines de mutilés et de blessés. L’attentat était l’œuvre de la CIA, qui menait depuis 1959 une campagne de terrorisme contre l’ile avec l’objectif de faire échouer le gouvernement révolutionnaire. Au total, les Etats-Unis orchestrèrent près de dix mille attentats contre Cuba, causant la mort de 3478 personnes et en laissant 2099 autres handicapées à vie. Washingon avait fait pression sur les pays occcidentaux pour qu’ils ne fournissent pas d’armes à Cuba. L’objectif était de diriger Cuba vers la sphère soviétique pour pouvoir ainsi justifier leur politique hostile envers La Havane. La Belgique refusa de se soumettre aux ordres des Etats-Unis. Après l’attentat de La Coubre, elle dut interrompre ses fournitures d’armes à Cuba.

La photographie acquit une notoriété en 1967 après l’assassinat du Che quand l’éditeur italien Feltrinelli décida de faire des affiches. Dès cette date, le Che devint un symbole international de la résistance à l’oppression.

Quel fut le rôle du Che face à l’hostilité des Etats-Unis ?
Il faut rappeler que le conflit entre Cuba et les Etats-Unis est asymétrique. Il y a une superpuissance hostile et agressive, Washington, et une victime, La Havane.

A suivre…

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