HONDURAS : Le Honduras : pire que jamais.

(Extraits de l’article de Giorgio Trucchi, publié par ALAI)

( L’ex-président hondurien Manuel Zelaya fait un bilan de la situation politique, économique et sociale du pays depuis sa destitution orchestrée selon les apparences « par la droite nord-américaine ».
Il y a 5 ans, le Honduras entrait dans une crise qui fit reculer de plusieurs décennies son histoire démocratique et institutionnelle. Le Président Manuel Zelaya fut séquestré puis conduit au Costa Rica . IL ne put rentrer au Honduras qu’après la signature des Accords de Carthagène, en mai 2011, avec le président de facto Porfirio Lobo. Peu après son retour, Zelaya créait le Parti LIBRE (Liberté et Refondation), mouvement qui apparut comme le bras politique du FNRP ( Front National de Résistance Populaire) le mouvement populaire qui luttait avec force dans les rues contre le coup d’Etat.
La médiation des présidents Juan Manuel Santos (Colombie) et Hugo Chávez (Venezuela) permit la normalisation des relations internationales du Honduras et la tenue d’élections générales en novembre 2013. Le candidat Juan Orlando Hernández fut élu avec seulement 36,8 % des voix. Le parti LIBRE devint le premier parti d’opposition. )

Aujourd’hui Manuel Zelaya attaque avec force ce qu’il considère comme « un échec total » du président Hernandez en matière économique, sociale, institutionnelle, de sécurité et de participation citoyenne. « Ils continuent de favoriser un modèle qui exclut la majorité et ne bénéficie qu’à un petit nombre, au milieu d’une militarisation croissante du pays, le contrôle de tous les pouvoirs de l’Etat et l’attaque indiscriminée de l’opposition. Malgré cela ils ne peuvent gouverner et le pays tombe en morceaux » , accuse Zelaya.

Cinq ans ont passé depuis qu’on vous a conduit de force au Costa Rica. Quelle lecture faites-vous, aujourd’hui, de ces faits ?
– Le coup d’Etat ne fut pas un évènement isolé, il obéissait au contraire à une stratégie de conspiration de la droite nordaméricaine pour tout le continent. On avait installé sept bases militaires en Colombie, on préparait le coup d’Etat contre Rafael Correa en Equateur, la politique de Washington envers le Venezuela se « droitisait » de plus en plus. Dans ce contexte, ces forces réactionnaires complotèrent avec de médiocres dirigeants de notre pays et firent un coup d’Etat. L’objectif était clair et ils l’exprimèrent nettement : « Nous sommes venus sortir Chávez du Honduras », disaient-ils. Ils voulaient freiner les avancées que nous avions réalisées et faire obstacle à notre ouverture vers un modèle qui n’excluait pas la majorité de la population.

Comment va le Honduras aujourd’hui ?
– Il est en très mauvaises conditions. Il est devenu le pays le plus pauvre et le plus violent de la région, avec des niveaux très élevés de corruption, avec une économie brisée, une dette publique et un déficit fiscal insoutenables. C’est une grande tristesse de voir le président Hernandez lui-même, surgi d’une fraude électorale, admettre que le pays est tombé en récession parce que l’argent du narcotrafic ne circule plus…

Durant ces cinq années, le Honduras a-t-il réussi à reconstruire le fil constitutionnel rompu par le coup d’Etat ?
– On n’a pas encore pu reconstruire la démocratie naissante que nous avions en 2009. La moitié des personnes qui ont fait le coup d’Etat sont encore au pouvoir. On n’a même pas pu établir un dialogue pour rechercher un accord politique avec un gouvernement qui continue obstinément à réprimer l’opposition. Durant ces cinq années, plus de 200 militant(e)s du FRNP et de LIBRE ont été assassinés.

Quelle analyse fait le gouvernement de Hernandez ?
– C’est un gouvernement qui suit un modèle de conduite imposé par les organismes internationaux. Il impulse des privatisations, la vente du territoire et des ressources naturelles du pays, avec une vision très erronée du développement. Il a en outre promu un régime militariste qui détruit les autorités civiles du pays et poursuit l’opposition, et il a privilégié un modèle économique excluant, en abandonnant l’agenda de participation citoyenne et de consultation populaire. En fin de compte, il est tombé dans un piège, celui de remettre tous les bénéfices économiques à de petits secteurs qui excluent et exploitent le reste de la population. Ceci met le pays dans une situation de grande prostration, avec des niveaux insoutenables de pauvreté, de corruption et d’insécurité.

Dans son livre « Décisions difficiles », l’ex-secrétaire d’Etat nord-américaine Hillary Clinton consacre un chapitre entier au Honduras. Elle dit de vous que vous êtes « une caricature du passé, de l’ère des caudillos centro-américains ».
– C’est son opinion… et je crois qu’elle a perdu plusieurs batailles. Elle a perdu la bataille de la démocratie et de la reconstruction de la paix au Honduras; elle n’a pas pu empêcher la décision de toute l’Amérique Latine de réadmettre Cuba dans l’OEA (Organisation des Etats Américains), et maintenant elle tente de manipuler les faits.
Cependant, nous savons parfaitement que les Etats-Unis ont de grands pouvoirs politiques, économiques et financiers qui manœuvrent contre la volonté de la majorité de la population étatsunienne. Quand je dis que la droite nordaméricaine a appuyé le coup d’Etat, c’est précisément à ces secteurs que je me réfère.

Le parti LIBRE apparait comme le bras politique du FNRP, mais ce que nous avons vu ces derniers temps c’est un mouvement de résistance populaire démobilisé et le parti politique assumant l’initiative politique nationale. Quelles sont actuellement les relations entre ces deux entités ?
– Le concept de « résistance » est une attitude et une conduite est permanente. Durant ces cinq années il y a eu une métamorphose du processus de résistance et tout s’est modifié. Actuellement le FNRP continue d’exister mais les organisations qui le composent ont été la cible d’attaques répressives et ses membres ont été persécutés et criminalisés; ceci a diminué sa capacité d’action.

Quels sont les changements les plus urgents que propose LIBRE et comment y parvenir dans un Congrès où ce parti est minoritaire ?
– Il nous faut reconstruire le système républicain et démocratique du Honduras car il est détruit. Par exemple, il n’y a pas de Congrès, mais une assemblée manipulée par un parti qui prépare l’agenda, discute et approuve tout ce qu’il veut. Il en est de même avec les autres pouvoirs de l’Etat. Nous voulons que s’établisse un débat de vérité et ce que nous faisons c’est le faire sentir avec force, en proposant tous les thèmes qui sont urgents pour le pays.

Dans ce sens il est nécessaire de repenser le thème de sécurité, en démilitarisant la société, en professionnalisant une police communautaire pour que la communauté veille sur ce processus. Il est nécessaire de réformer totalement l’appareil judiciaire pour qu’il soit indépendant et transparent, ainsi que de réviser le modèle économique, les traités commerciaux que le Honduras a ratifiés
Il faut aussi impliquer la population, en réactivant un projet social qui sollicite la participation citoyenne et la consultation populaire. Tout cela ne peut se faire qu’avec le consensus, en reconnaissant l’opposition, en la respectant et en dialogant avec elle.

Que reste-t-il du 28 juin 2009?
– Indubitablement ce fut un évènement tragique qui a laissé des séquelles, des morts et des blessés. En même temps, ce fut le début d’un processus social qui se convertit aujourd’hui en processus institutionnel de réforme et de changements pour notre pays. Nous avons l’espoir de pouvoir arriver bientôt à une société plus juste, plus équitable, où la population ne souffrira plus quotidiennement de la violence, du militarisme et de la répression.

 

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