Agenda

Assemblée Générale ordinaire
vendredi 2 février à 20h

au Centre Social (Salle 302), rue de Pavigny
à Lons le Saunier

20h – Partie administrative

  • Accueil
  • Rapport moral
  • Rapport d’activités
  • Rapport financier
  • Conseil d’Administration

21h – Participation au projet de CHUNIAVI (Bolivie)

Yves Raidelet, membre du CALJ, a participé durant un mois aux travaux de canalisation destinés à alimenter le village de Chuniavi : le captage de cinq sources dans les Andes boliviennes, projet de Hydraulique sans Frontières avec la participation de la municipalité de Lons.

22h – Pot de l’amitié

Nouvelles récentes

La vie pleine d’incertitudes des immigrés aux Etats-Unis.

(Armando Chávez, dans Noticias Aliadas – Trad. B. Fieux)

Le Gouvernement nord-américain persécute les migrants bien que beaucoup d’entre eux soient arrivés dans le pays étant enfants et ne parlent pas la langue de leur pays d’origine, avec lequel ils n’ont même pas de liens.

Les immigrés des Etats-Unis qui n’ont pas de résidence légale ou qui ont été admis dans des conditions temporaires sentent que leur vie s’est beaucoup compliquée en 2017 à cause de la volonté de l’actuelle administration républicaine d’expulser des milliers de latino-américains, bien qu’ils soient insérés avec succès dans l’économie locale et qu’ils n’aient pas d’antécédents pénaux.

Même si durant l’administration de l’ex-président Obama (2009-2017) les déportations avaient atteint des chiffres records, l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier, après une campagne électorale de mépris et d’insultes à l’égard des migrants, a avivé les stéréotypes négatifs, la haine raciale et les initiatives pour expulser les latino-américains. Continuer la lecture

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Che Guevara, apôtre des opprimés, épisode 3

Comment le Che est-il devenu Président de la Banque nationale de Cuba ?
Le Che n’était pas un économiste de formation mais un médecin. Même s’il possédait des connaissances dans ce domaine, acquises au fil de lectures diverses, le monde bancaire lui était étranger. Mais il fallait une personnalité probe à la tête d’une institution qui avait vu se succéder les fripons, et le Che était la personne idéale. Il a accepté la responsabilité par devoir révolutionnaire. Les nouveaux billets étaient signés de son surnom « Che ». Il a toujours eu un un mépris souverain pour les richesses matérielles.

Quand a-t-il été nommé Ministre de l’industrie ?
Le Che est nommé Ministre de l’Industrie en février 1961 avec pour objectif de développer et de renforcer ce secteur, vital pour l’économie cubaine. Fort de son expérience au sein de l’Institut national de réforme agraire, et notamment au Département d’Industrialisation, il est considéré comme le plus apte pour ce poste. Il l’occupera pendant plusieurs années.
Confronté à la réalité du pouvoir, le Che devient plus pragmatique, sans pour autant renoncer aux principes qui constituent le socle de son action politique. Selon lui, l’Etat doit prendre le contrôle des moyens de production et des secteurs stratégiques du pays, et diversifier son économie afin de tendre vers la souveraineté énergétique, alimentaire, technique et scientifique. Continuer la lecture

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Che Guevara, apôtre des opprimés, épisode 2

Le Commandant Ernesto Che Guevara prononça son dernier discours lors d’un évènement international, au cours du Second Séminaire Economique de Solidarité Afroasiatique, le 24 février 1965 à Alger.

II. Les premières mesures révolutionnaires.

Che Guevara fut-il l’un des premiers guerilleros à entrer à La Havane ?
Après l’échec de l’offensive de Batista en juin et juillet 1958, qui était destinée à liquider une fois pour toutes la Guerilla, Fidel Castro décida de lancer fin août une contre-offensive et d’étendre l’insurrection armée à toute l’île. Le Che et Camilo Cienfuegos prirent la tête de deux colonnes et marchèrent vers la zone centrale de l’île, Villa Clara. Le périple d’environ 500 m dura un mois dans des conditions très difficiles. Les guérilleros ne purent s’alimenter que 11 fois au cours des 30 jours et durent même manger « une jument crue sans sel ». « Seules les insultes et les menaces en tous genres réussissent à faire marcher cette masse épuisée », écrivait Le Che dans son journal quotidien. Fin décembre les troupes du Che et de Camilo assaillirent la ville de Santa Clara et s’emparèrent du fameux train blindé rempli d’armes et de munitions. A l’aube du premier janvier 1959, Batista abandonna le pouvoir et s’enfuit vers la République Dominicaine du tyran Trujillo. Fidel Castro ordonna au Che et à Camilo de marcher sur La Havane et de s’emparer d’abord du cuartel de la Cabana et ensuite du camp militaire de Colombia.

Quelles étaient les grandes figures de la Révolution Cubaine le 1er janvier 1959 ?
Quand la Révolution Cubaine triompha le 1er janvier 1959, la principale figure révolutionnaire était indiscutablement Fdel Castro. Aucun autre cadre du Mouvement 26 de juillet n’était en condition de lui disputer le leadership. La personne de Fidel symbolise l’aspiration du peuple cubain à la dignité et à l’émancipation. L’autre grande figure était bien entendu le Che, qui représente l’archétype de l’internationaliste solidaire disposé à risquer sa vie pour la liberté d’une terre qui n’était pas celle de ses ancêtres, et que le Héros National Cubain José Marti, fit sienne suivant la maxime « la Patrie c’est l’Humanité « . Le troisième grand personnage de la Révolution est Camilo Cienfuegos, issu du peuple, doté d’un courage extraordinaire et très proche du Che. Il y avait une grande complicité entre eux. Pour l’anecdote, il était le seul à oser couper les cordes du hamac quand l’autre dormait. L’autre figure incontestable est évidemment Raùl Castro qui, malgré sa jeunesse, montrait au champ de bataille ses qualités de combattant, de stratège et de leader. Il faut rappeler que Raùl Castro commença la guerre comme simple soldat. Comme tous les autres, il dut faire ses preuves au champ de bataille. Nous pourrions mentionner aussi Juan Almeida, à qui nous devons la fameuse phrase qu’il prononça durant le premier combat contre l’ennemi : « Ici personne ne se rend, carajo ! »(bordel !), ainsi que Ramiro Valdès, entre autres.

Pourquoi le surnom de « Che » ?
Le premier à l’appeler « Che » fut Antonio « Nico » Lopez, un membre du groupe de Moncada qui l’avait connu au Guatemala. « Che »est une interjection typiquement argentine. Comme Guevara, argentin, avait l’habitude de commencer ses phrases par « Che », on le surnomma ainsi.

Quel fut le rôle du Che dans l’élaboration du programme révolutionnaire ?
Le Che eut un rôle clé dans la création de l’Institut National de Réforme agraire et dans l’élaboration de la Loi de Réforme Agraire qui fut promulguée en mai 1959. Selon lui, « le guerillero est, fondamentalement et avant tout, un révolutionnaire agraire. Il interprète les désirs de la grande masse paysanne d’être maître de sa terre, maître des moyens de production, de ses animaux, de tout ce pour quoi il a lutté pendant des années ». Plus tard il fut nommé Ministre de l’Industrie.

Le Che appuya aussi la création de l’Institut Cubain des Arts et des Industries Cinématographiques (ICAIC), créé le 2 mars 1959 par la loi 169. Dès le début le gouvernement révolutionnaire faisait de la culture une priorité nationale. L’art est nécessaire à l’équilibre d’une société et c’est un vecteur d’idées et de principes. Le Septième Art est un instrument d’opinion et de formation de la conscience individuelle et collective et il contribue à la diffusion des valeurs nécessaires à l’édification d’une société nouvelle basée sur la solidarité, l’intérêt général et la répartition. C’est une arme de lutte contre l’ignorance et les préjugés quand on l’utilise pour atteindre des résultats nobles et généreux.

Pourquoi Che Guevara fut-il nommé Procureur de La Cabaña et chargé des tribunaux révolutionnaires ?
Le prestige et l’autorité du Che étaient indiscutables à Cuba. Il était connu pour sa rectitude morale et son intransigeance. Durant la lutte révolutionnaire il se montra implacable avec les puissants, les bourreaux, les tortionnaires et les assassins, et bienveillant envers les faibles, les victimes et le peuple exploité et humilié. Durant la guerre révolutionnaire, Fidel Castro fit au peuple le serment que les criminels seraient châtiés. La dictature de Fulgencio Batista avait causé près de 20 000 victimes.
Durant son premier discours le 1er janvier, le leader de la Révolution lança un appel au peuple, le conjurant de ne pas céder aux sirènes de la vengeance, et l’assurant que les tribunaux révolutionnaires châtieraient les coupables. De fait, le peuple cubain fit preuve d’un grand civisme quand la Révolution triompha, et ne s’enfonça pas dans la violence vengeresse. Il savait que l’heure de la justice arriverait et Fidel Castro tint parole et nomma le Che, prestigieuse figure du mouvement révolutionnaire, Fiscal de La Cabaña.

La justice révolutionnaire fut toujours une justice sommaire et expéditive, dans tous les pays du monde. Les individus coupables de crimes de sang étaient condamnés à la peine capitale. C’était une nécessité politique, une exigence populaire et un devoir de justice de juger les criminels de guerre et les bourreaux. Il y eut environ 500 exécutions après le triomphe de la Révolution durant des jugements publics, car le peuple devait être informé du déroulement du processus judiciaire de manière transparente.

Aux Etats-Unis, l’administration Eisenhower et la presse lancèrent une campagne de discrédit contre le gouvernement révolutionnaire, dénonçant les exécutions. Curieusement, durant la dictature de Batista tous – sauf quelques exceptions – avaient gardé un silence complice tandis que les troupes persécutaient, violaient, torturaient et assassinaient Cubaines et Cubains.

A titre de comparaison, durant l’épuration qui eut lieu en France après la Seconde Guerre Mondiale, plus d’un million de personnes furent arrêtées et près de cent mille furent condamnées. il y eut environ dix mille exécutions dont neuf mille extra-judiciaires.

Le Che était-il impliqué dans les Unités Militaires d’Aide à la Production ? (UMAP)
Le Che ne fut pas à l’origine des UMAP. A Cuba le service militaire est obligatoire. Dans les années 60 les personnes qui ne souhaitaient pas effectuer le service pour des raisons éthiques, philosophiques, religieuses ou personnelles devaient faire un service civique consistant en travaux agricoles en unités de campagne. Dans les UMAP les homosexuels furent victimes de discriminations, de vexations, d’humiliations et de railleries, et furent logés dans des bâtiments séparés.

Ces violations des droits humains parvinrent à la connaissance de Vilma Espín, épouse de Raùl Castro, et surtout Présidente-fondatrice de la puissante Fédération des Femmes Cubaines. Elle informa Fidel. Celui-ci, qui s’appuyait toujours sur la jeunesse et les étudiants, décida d’envoyer clandestinement un groupes de militants de l’Union des Jeunes Communistes aux UMAP pour vérifier les faits. Après plusieurs semaines d’observation, ceux-ci remirent un rapport accablant qui confirmait les atteintes aux droits de ces personnes et les UMAP furent fermées en 1968, c’est-à-dire un peu moins de deux ans après leur création. Il convient de rappeler que le seul rôle de Fidel Castro dans les UMAP fut de procéder à leur fermeture définitive.

Quelles furent les relations du Che avec la presse ?
Figure importante de la Révolution Cubaine, le Che était régulièrement sollicité par la presse nationale et étrangère, désireuse de questionner un argentin qui consacrait son existence au processus de transformation sociale de l’île. Le Che était conscient de l’importance des médias dans la guerre politique et idéologique qu’il fallait livrer contre les forces conservatrices.

Le Che fut à l’origine de la création de Radio Rebelle dans les montagnes de la Sierra Maestra le 24 février 1958, date commémorative du soulèvement de Baire en 1895 qui marqua le début de la seconde guerre d’indépendance qu’entreprit José Marti. Avec du matériel rudimentaire et une connexion artisanale, le Che réussit à rompre le monopole médiatique de la dictature militaire de Fulgencio Batista. La revue Verde Olivo est l’organe de presse des forces armées cubaines et fut créée en avril 1959 par le Che, Camilo Cienfuegos et Raùl Castro. Dans cette revue Le Che publia ses expériences de guerre et une section intitulée « Conseils au combattant », ainsi qu’une chronique régulière sous le pseudonyme de « Francotirador ». Les objectifs de la revue sont de cultiver la mémoire et de transmettre les témoignages des combattants.

De la même façon, en juin 1959 naquit Prensa Latina. L’objectif était de doter le pays d’une agence de presse puissante pour faire obstacle aux campagnes de propagande hostiles en provenance des Etats-Unis. En outre cela permettait
d’offrir un regard latinoaméricain sur la réalité du Tiers Monde et de s’émanciper ainsi de l’hégémonie médiatique de la presse occidentale.

Pourquoi, après le triomphe de la Révolution, certains quotidiens furent-ils interdits et les canaux de télévision nationalisés ?
L’immense majorité des médias se trouvait dans les mains du privé quand la Révolution Cubaine triompha, ce qui représentait un péril pour le processus émancipateur de transformation sociale. La majeure partie des médias aux mains des capitaux de l’époque s’opposait à la remise en question de l’ordre établi et à toute abolition des hiérarchies sociales et des privilèges. De plus, c’était des alliés naturels de Washington, qui s’opposa immédiatement au processus révolutionnaire en accueillant les tortionnaires de Batista qui achevaient de voler les réserves de la Banque Nationale de Cuba. La nationalisation des médias était une nécessité politique et stratégique et mit fin au monopole du pouvoir de l’argent dans ce secteur.

De quand date la fameuse photographie du Che ?
Alberto Korda prit la photo le 6 mars 1960 à La Havane durant l’hommage funèbre aux victimes civiles de l’attentat contre le bateau français La Coubre qui transportait armes et munitions belges à Cuba. Le 4 mars 1960, tandis qu’on déchargeait le bateau, une double explosion se produisit tuant plus d’une centaine de personnes et causant des centaines de mutilés et de blessés. L’attentat était l’œuvre de la CIA, qui menait depuis 1959 une campagne de terrorisme contre l’ile avec l’objectif de faire échouer le gouvernement révolutionnaire. Au total, les Etats-Unis orchestrèrent près de dix mille attentats contre Cuba, causant la mort de 3478 personnes et en laissant 2099 autres handicapées à vie. Washingon avait fait pression sur les pays occcidentaux pour qu’ils ne fournissent pas d’armes à Cuba. L’objectif était de diriger Cuba vers la sphère soviétique pour pouvoir ainsi justifier leur politique hostile envers La Havane. La Belgique refusa de se soumettre aux ordres des Etats-Unis. Après l’attentat de La Coubre, elle dut interrompre ses fournitures d’armes à Cuba.

La photographie acquit une notoriété en 1967 après l’assassinat du Che quand l’éditeur italien Feltrinelli décida de faire des affiches. Dès cette date, le Che devint un symbole international de la résistance à l’oppression.

Quel fut le rôle du Che face à l’hostilité des Etats-Unis ?
Il faut rappeler que le conflit entre Cuba et les Etats-Unis est asymétrique. Il y a une superpuissance hostile et agressive, Washington, et une victime, La Havane.

A suivre…

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Che Guevara, apôtre des opprimés, épisode 1

Le cinquantième anniversaire de l’assassinat du Che en Bolivie le 9 octobre 1967 offre l’occasion de revenir sur le parcours du révolutionnaire cubano-argentin qui a dédié sa vie à la défense des « Damnés de la terre ».

Che Guevara, apôtre des opprimés (1)

Salim Lamrani
Le cinquantième anniversaire de l’assassinat du Che en Bolivie le 9 octobre 1967 offre l’occasion de revenir sur le parcours du révolutionnaire cubano-argentin qui a dédié sa vie à la défense des « Damnés de la terre ». Salim Lamrani est Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne; Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Quel fut le rôle de Che Guevara dans la Révolution cubaine ?
Le Che était l’un des principaux dirigeants de l’Armée rebelle, second-en-chef après Fidel Castro qui était le leader incontestable et incontesté du Mouvement 26 Juillet et la figure la plus emblématique de la Révolution cubaine. Il était au même niveau que Raúl Castro, Camilo Cienfuegos, Ramiro Valdés et Juan Almeida, entre autres, mais c’était celui qui avait la plus grande affinité intellectuelle avec Fidel Castro.

Il disposait d’un courage extraordinaire, à la limite de la témérité, et ressentait un mépris souverain pour le danger. Son prestige s’était rapidement étendu parmi les troupes combattantes et les sympathisants du Mouvement à travers l’île. On savait qu’un Argentin, doté d’un drôle d’accent, combattait aux côtés de Fidel, et son engagement suscitait l’admiration du peuple cubain. S’il n’était pas aussi connu à travers le monde que Fidel Castro, son visage était néanmoins apparu à plusieurs reprises dans la presse internationale, notamment étasunienne.

Dans quelles circonstances le Che a-t-il été nommé Commandant par Fidel Castro ?
Guevara a été le premier à être nommé Commandant, bien avant Raúl Castro, en raison de ses qualités exceptionnelles de combattant, de fin stratège et son don naturel de meneurs d’homme. Le Che était argentin de naissance et avait choisi d’intégrer le mouvement révolutionnaire cubain
pour libérer l’île de la dictature militaire de Fulgencio Batista, mais surtout de la tutelle hégémonique des Etats-Unis.

Il avait conscience qu’il risquerait sa vie à chaque instant, étant donnés les dangers encourus dans une guerre de guérilla contre un ennemi immensément supérieur en nombre. Il s’était rapidement distingué parmi le groupe des 82 insurgés en faisant preuve d’une vaillance à toute épreuve. A chaque fois qu’une mission dangereuse se présentait, il était le premier à se porter volontaire. Il a donc naturellement conquis le cœur et le respect de ses camarades, admiratifs de voir un étranger risquer son existence pour une patrie qui n’était pas la sienne.

Fidel Castro avait rapidement discerné les vertus peu communes du Che et avait décidé de le promouvoir au grade de Commandant. L’Argentin apprit sa promotion de la façon suivante : le 21 juillet 1957, Fidel Castro chargea son frère Raúl de rédiger un courrier à Frank País, leader du Mouvement 26 Juillet de la province de Santiago de Cuba, au nom du groupe. Lorsque qu’il inscrivit le nom du Che parmi les signataires, Raúl demanda à son frère quel titre apposer pour le Che. La réponse fut la suivante : « Mets ‘Commandant’ ».

Le Che était-il médecin ou guérillero ?
Il y a une anecdote très révélatrice de l’état d’esprit du Che à ce sujet. L’expédition du bateau Granma du Mexique aux côtes cubaines dura sept jours au lieu des cinq initialement prévus. Au lieu d’arriver à Cuba le 30 novembre, le Granma avait touché les côtes cubaines le 2 décembre 1956. A Santiago, ville à l’Est de Cuba, un soulèvement eut lieu le 30 novembre afin de faire diversion et soutenir le débarquement. Cependant, l’armée, informée de l’arrivée imminente des révolutionnaires, guettait le débarquement de l’expédition. Par ailleurs, en plus de la traversée exténuante, les guérilleros ont débarqué dans la zone marécageuse de Las Coloradas et le trajet du bateau à la terre ferme fut un calvaire de plusieurs heures.

En outre, quelques minutes seulement après leur arrivée, alors qu’ils se trouvaient dans un état d’épuisement total, les insurgés ont été repérés par l’aviation militaire et pourchassés par les soldats de la dictature. La troupe a donc été contrainte de se disperser. Le Che, pris dans ce tourbillon, a dû faire un choix. Alors qu’il avait été désigné comme médecin du groupe, il s’est retrouvé en possession de deux gros sacs, le premier rempli de munitions et le second de médicaments. Il lui était physiquement impossible d’emporter les deux alors qu’il était sous le feu de l’armée. Il a donc opté pour le sac de munitions car il a considéré qu’il était révolutionnaire avant d’être médecin.

Comment s’appelait le bataillon du Che ?
La colonne du Che a été créée suite à sa nomination en tant que Commandant. Le seul bataillon existant était celui de Fidel Castro et portait le nom de Colonne n°1. Logiquement, elle aurait dû se nommer Colonne n°2 mais, pour tromper l’ennemi sur l’importante des forces révolutionnaires, Fidel Castro a décidé de lui donner le nom de Colonne n°4.

Par la suite, le Che a été en charge du « Peloton suicide » qui était composé des combattants les plus aguerris et dont le rôle était de mener les missions les plus dangereuses. En raison de la témérité presque excessive du Che, Fidel avait décidé de lui confier la responsabilité du groupe à la condition qu’il ne participe plus en personne à ce type d’opérations, se concentrant sur les tâches stratégiques, tactiques et organisationnelles.

Le leader de la Révolution cubaine savait que le pays aurait besoin d’un tel cadre, et qu’il était vital de le préserver. A chaque mission, un ou plusieurs combattants perdaient la vie, d’où le nom de « peloton suicide ». Dans son journal, le Che raconte une situation insolite et récurrente : à chaque fois qu’un membre du peloton suicide perdait la vie, on en désignait un autre pour le remplacer. Et à chaque fois, il assistait à des scènes de jeunes combattants en pleurs, déçus de ne pas avoir eu l’honneur d’intégrer le groupe et de pouvoir ainsi démontrer leur vaillance.

Comment le Che traitait-il les prisonniers ?
Le Che était implacable avec les violeurs, les tortionnaires, les traitres et les assassins et la justice révolutionnaire était expéditive. En revanche, il mettait un point d’honneur à préserver la vie des prisonniers et à soigner les blessés du camp ennemi. Il y avait deux raisons à cela. La première était d’ordre moral et éthique : la vie d’un prisonnier, quel qu’il soit, était sacrée et il fallait la protéger. La seconde était d’ordre politique : alors que l’armée batistienne ne faisait pas de quartier, torturant et assassinant les prisonniers de guerre, l’Armée rebelle montrait sa différence par sa conduite irréprochable.

Au début du processus révolutionnaire, aucun soldat ne se rendait car tous étaient persuadés qu’ils seraient exécutés par les rebelles. Vers la fin de la guerre insurrectionnelle, les soldats de Batista, qui avaient eu vent de la noble conduite des insurgés, se rendaient en masse dès lors qu’ils étaient
encerclés par les révolutionnaires car ils savaient qu’ils auraient la vie sauve.Une anecdote illustre le comportement du Che à ce sujet : suite à un combat avec l’armée, un rebelle a achevé un soldat blessé sans lui laisser le temps de se rendre. Il avait lui-même perdu toute sa famille lors d’un bombardement. Le Che était entré dans une grande colère en lui disant que sa conduite était indigne de l’Armée rebelle, que la vie des soldats devait être préservée quand cela était possible et que l’on ne tirait jamais sur un blessé. En entendant ces mots, un autre soldat, également blessé, qui s’était caché sous un arbre, s’est signalé en criant « Ne tirez pas ! ». Il a été soigné par les rebelles et à chaque fois qu’apparaissait un guérilléro, il levait les bras en s’écriant : « Le Che a dit qu’on ne tuait pas les prisonniers ! »

Quelle était la réputation du Che ?
Le Che était un chef d’une autorité naturelle et d’un grand prestige, acquis sur le terrain de bataille. Il était d’une grande exigence et d’une fermeté à toute épreuve, mais il prêchait toujours, non pas par les paroles, mais par l’exemple. Il était intransigeant sur les principes et avait horreur du favoritisme et des passe-droits.

Dans les montagnes de la Sierra Maestra, lorsqu’un cuisinier a voulu s’attirer les faveurs du Che en remplissant son assiette davantage que celle des autres combattants, il s’est immédiatement attiré les foudres du Che, qui l’a traité de tous les noms. Il était égalitaire et souhaitait être traité comme ses compagnons de lutte. C’est de cette attitude exemplaire qu’est né son prestige et l’admiration du peuple cubain à son égard. Il était dur et sec, mais juste et droit.

Quelles sont ses opinions politiques lors du triomphe de la Révolution (1er janvier 1959) ?
Le Che se définissait comme étant marxiste-léniniste. Il avait déjà une formation théorique solide avant d’intégrer le mouvement révolutionnaire cubain. De son expérience guatémaltèque, il avait découvert à quel point l’hégémonie économique étasunienne étranglait l’Amérique latine et constituait un obstacle à tout processus de transformation sociale.

La situation cubaine, où les secteurs stratégiques de l’économie se trouvaient entre les mains des multinationales étasuniennes, lui a permis de prendre conscience que la lutte pour la liberté, l’égalité et la justice serait également une lutte contre l’impérialisme étasunien. Il était absolument convaincu que l’Etat devait prendre le contrôle des ressources stratégiques du pays, procéder à une vaste réforme agraire, diversifier l’économie, multiplier les partenaires commerciaux afin de s’émanciper de la dépendance vis-à-vis du puissant Voisin du Nord, universaliser l’accès à l’éducation, à la santé, à la culture et au sport, et apporter un soutien indéfectible aux peuples en lutte pour leur dignité.

A suivre …

 

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