BRESIL – Nouvelles technologies et misère de toujours.

(Déc. 2009)
(Source : www.ecoportal.net)

Couper la canne à sucre est une tâche physiquement épuisante. Chaque matin les travailleurs, machete en main, attaquent le sillon de canne, en sachant qu’après en avoir coupé 10 à 12 tonnes , ils auront à peine le minimum nécessaire pour acheter quelques aliments. Quant aux travailleurs migrants, ils espèrent pouvoir envoyer un peu d’argent à leurs familles éloignées. Mais tous savent par leur propre expérience que la terre est libératrice quand elle est le soutien familial, mais qu’elle enchaîne et tue quand elle n’est que l’engrenage d’une production industrielle…

Aussi loin que porte le regard, les yeux ne rencontrent que les ondulations suaves des aigrettes de cannes sous le vent, le ciel clair et bleu, quelques nuages éloignés, blancs comme le sucre. Difficile de s’imaginer un désert vert aussi parfait que les “ cañaverales ” (cannaies, ou plantations de canne à sucre) du Nord de l’Etat de São Paulo.

L’éthanol est la poule aux œufs d’or du Brésil, qui l’utilise depuis 1925, et produit 40 % au plan mondial de ce “ biocombustible du 21ème siècle ”, qualifié d’ “ énergie propre ”. L’éthanol dispose d’une énorme agro-industrie qui repose sur la force de centaines de milliers de bras travaillant dans des conditions désastreuses  pour ramener dans leur foyer un salaire de misère. Cette agro-industrie rapporte 28 000 millions de dollars par an, soit 2 % du PIB national, et emploie 900 mille coupeurs de canne qui gagnent à peine de quoi ne pas mourir de faim avec leur famille.

La journée commence vers 4h30 du matin. Les travailleurs se lèvent pour préparer leur casse-croûte – “ boias frías ”, en portugais -, leur vêtements de travail et leurs gants, lavés la veille pour les débarrasser de la suie poisseuse ( les feuilles sèches de la canne sont parfois brûlées pour faciliter la coupe). Ils remplissent un récipient thermos de 5 litres d’eau et prennent un café chaud avant de s’en aller vers le point de rassemblement où un bus les prendra pour les emmener vers le lieu de travail de la journée. Les champs de canne les plus éloignés sont parfois à deux heures de trajet. Le travail commence dès l’arrivée et ne cesse qu’à 11h30  pour le déjeuner.

Les travailleurs épuisés se dirigent vers le bus auquel sont fixées quelques bâches légères qui offrent un peu d’ombre et abritent de petites tables et chaises pliantes. En théorie tous les bus doivent disposer d’un réservoir d’eau potable et fraîche à la disposition des travailleurs, mais  beaucoup ne se sont pas équipés pour éviter la dépense. Les récipients contenant le repas restent à l’intérieur des bus où la température dépasse souvent les 40°. Pas de réfrigérateur. Les aliments, bien que cuisinés au prélable, fermentent souvent et les infections gastro-intestinales font partie du quotidien.

Une heure de repos puis retour au champ de canne. La machete est plus lourde, la chaleur suffocante, la poussière qui s’élève du sol remplit les poumons et rend la salive noire. Certains finissent plus rapidement  que les autres, et pour abréger l’attente ils aident les retardataires. A 16 h le bus de retour s’ébanle. Pas de conversation, l’énergie qui reste permet juste de boire un peu d’eau. Le bus égrène sa charge humaine à mesure qu’il parcourt la ville.

Les travailleurs seuls, presque toujours des migrants du Nord ou du Nordeste  brésilien, sont hébergés par groupes ; ils devront faire la queue pour une toilette sommaire, pour laver leur linge, avaler un repas frugal puis s’effondrer sur leur paillasse ou sur un simple carton. Suivant la quantité de travail fourni, chacun aura gagné entre 20 et 30 Reales, soit environ onze dollars. La majeure partie des cas de travail-esclavage du Brésil a été constatée dans les cañaverales d’éthanol. Des syndicats comme la FERAESP *luttent courageusement pour faire parvenir à ces ouvriers un message d’espoir, d’organisation et de dignité. Ils y parviennent parfois mais souvent se heurtent à la peur qu’inspire l’entreprise, à l’ignorance des travailleurs quant à leurs droits, et doivent chaque année reprendre les mêmes efforts, les travailleurs migrants constituant une population extrêmement volatile.
* ( FERAESP = Fédération des Travailleurs Ruraux Salariés de l’Etat de São Paulo)

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