BOLIVIE – Quand la Bolivie découvre croissance et stabilité…

Depuis 2005, le pays a connu une stabilité et un développement inédits. Grâce à la flambée des prix du gaz et à l’habileté de son président

Depuis le lac Titicaca, partagé avec le Pérou, jusqu’au salar d’Uyuni, désert de sel géant de plus de 10 000 km2 , en passant par le Cerro Rico, montagne de Potosi qui fit la fortune de l’Espagne au temps de la colonisation, la Bolivie est riche en beautés naturelles. Sans oublier la majesté du Nevado Illimani, qui de ses neiges éternelles couve La Paz à près de 6 500 mètres d’altitude.–À cette belle collection, le pays a ajouté il y a un an une nouvelle pièce, d’un genre tout à fait différent : le téléphérique de la Paz – « mi teleferico », selon la dénomination officielle – le plus long du monde en zone urbaine. Des télécabines vertes, jaunes et rouges flambant neuves sillonnent désormais les airs pour relier les trois niveaux de cette vieille cité en pente, depuis les 4 100 mètres d’altitude d’El Alto, la banlieue, où se trouve l’aéroport, à la Zona Sur, à 3 200 mètres, en passant par le centre-ville.

Symbole de la croissance et de la stabilité politique . Inauguré fin mai 2014, ce réseau constitué pour l’heure de trois lignes et de dix stations est un double symbole. Celui de la croissance, d’abord. Si le pays andin est encore pauvre, il se modernise, et cet élégant moyen de transport, propre et silencieux, destiné aux habitants pour leurs déplacements quotidiens au-dessus des maisons de briques, et non aux touristes, en témoigne.–Celui de la stabilité politique, ensuite, en unissant la périphérie remuante, habituée aux soubresauts, aux quartiers centraux, siège du pouvoir. Par la terre, le lien reste des plus chaotiques. L’unique route qui descend d’El Alto n’est dans la journée qu’une longue procession de camionnettes et de bus polluants, pare-chocs contre pare-chocs.–C’est précisément la mobilisation d’El Alto qui, en 2003, avait ouvert la voie à l’élection de l’actuel chef de l’État, Evo Morales. En 2005, le premier président à afficher haut et clair ses origines indiennes – il est né dans une famille aymara – avait remporté un scrutin rendu nécessaire par le départ précipité de Gonzalez Sanchez de Lozada, élu en 2002 et démissionnaire un an plus tard après de violentes émeutes ayant fait plus de 70 morts.

Un pays au passé chaotique… La vie de la Bolivie a été rythmée par ces coups de gueule et par les coups d’épée – « 160 coups d’État depuis l’indépendance en 1825 », rappelle le site du Quai d’Orsay. Mais depuis 2005, le pays s’est découvert une nouvelle quiétude. Au point de disparaître des écrans de contrôle internationaux, la nation enclavée ne se faisant entendre que quand elle s’ébroue, à l’occasion de mouvements d’humeur aussi nombreux que dévastateurs.–« Cette période, quand un général Tapioca et un général Alcazar se chamaillaient sans cesse, c’est terminé. Evo Morales a fait entrer la Bolivie dans une nouvelle ère, le pays est en phase avec lui-même », confie un diplomate en poste à La Paz.–La nation, à majorité indienne, se reconnaît dans son président. Cette terre, pourtant habituée à voir les chefs de l’État chanceler, a réélu en octobre 2014 Evo Morales pour un troisième mandat, dès le premier tour et avec plus de 60 % des voix.

Des classes populaires aux classes aisées, Evo Morales séduit… Comme après chacune de ses victoires, Evo Morales a dédié son triomphe à ceux qui « luttent contre l’impérialisme », notamment « à Fidel Castro et à Hugo Chavez ». Mais au-delà de cette rhétorique, le chef de l’État, dont le parti a pour nom Mouvement vers le Socialisme, est plus habile que ses mentors.–« Après son arrivée au pouvoir, la partie orientale du pays, plus riche, plus européenne, s’est rebellée, parlant même de faire sécession, rappelle le diplomate. Mais aujourd’hui, même là-bas le président fait de bons scores. Il a construit des routes, il a investi. Habilement. » —L’une des premières décisions d’Evo Morales, à peine arrivé au pouvoir, avait consisté à réviser les contrats avec les compagnies gazières, pour augmenter fortement les revenus de l’État. Une décision très contestée à l’époque, plus aujourd’hui. Cette initiative, à l’heure de la flambée des cours des matières premières, a porté ses fruits. Les chiffres sont éloquents : alors qu’en 2005, l’État avait investi pour 629 millions de dollars (578 millions d’euros), les comptes nationaux affichaient l’an passé un montant global de 4 milliards (3,6 milliards d’euros)…

Plus forte croissance d’Amérique latine   –  Pour cette année, le budget prévoit 6,2 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros) d’investissements publics, soit dix fois plus qu’il y a dix ans. « Avant, l’argent du gaz allait dans les poches privées, et quittait le pays », se félicite Francisco Xavier Iturralde, un banquier de La Paz.–Moralité  : le pays haut perché n’a jamais vécu pareille période de calme politique et de dynamisme économique que depuis 2005. Après 6,8 % de croissance en 2013, l’année dernière s’est achevée sur un solide 5,4 %, faisant de la Bolivie le meilleur élève d’Amérique du Sud. Selon les prévisions du FMI, le pays conservera sa couronne régionale cette année, avec 4,3 % en 2015 et 2016.—Un développement dont profitent les plus démunis. Evo Morales, né il y a 55 ans dans une famille pauvre de l’Altiplano, n’a pas oublié le peuple dont il est issu. Dans son Panorama social de l’Amérique latine 2014, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) de l’ONU souligne à plusieurs reprises les succès de la Bolivie en lutte contre la pauvreté et contre les inégalités. Entre 2005 et 2012, le taux de pauvreté est ainsi passé de 64 % à 36 %, et celui des indigents de 35 % à 19 %. « Le gaz et les produits miniers représentent la quasi-totalité de ses exportations », explique le diplomate de La Paz.—Jusqu’ici, le pays n’a pas tenté d’exploiter l’autre  ressource : le lithium, dont la Bolivie détient les premières réserves mondiales. Il repose toujours dans les profondeurs du salar d’Uyuni.

La menace du narcotrafic  –« Depuis des années, l’État veut assurer seul le processus d’industrialisation, refusant les offres de compagnies étrangères, explique Juan Carlos Zuleta Calderon, économiste et consultant, spécialiste de la question. Résultat  : le projet est au point mort, alors que l’industrie automobile se développe et a besoin de plus en plus de lithium pour ses batteries. Or, il y a peu de nouvelles sources au niveau mondial. Si la Bolivie ne démarre pas, une nouvelle technologie pourrait apparaître. » Le deuxième danger est interne et à moyen terme : l’essor du narcotrafic. La Bolivie est, avec la Colombie et le Pérou, l’un des trois principaux producteurs de cocaïne au monde. La coca est omniprésente dans les rues de La Paz, où elle se mâche, héritage des cultures précolombiennes. Mais la feuille alimente également un trafic de plus en plus influent, notamment dans l’est du pays. Comme l’attestent les arrestations fréquentes de trafiquants et de fonctionnaires .  En Bolivie, la superficie consacrée à la culture de la coca est en recul—Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et la criminalité (ONUDC), les surfaces de plantations de coca ont diminué de 9 % l’an passé. En juin 2014, la Bolivie est le troisième producteur mondial de cocaïne, dont la matière première est la coca, derrière le Pérou et la Colombie.–La superficie des plantations de coca en Bolivie a reculé de 9 % depuis 2012.

Une culture légale mais… –En Bolivie, la culture de la coca n’est pas illégale : la mastication et l’infusion de cette feuille sont des pratiques millénaires dans les Andes pour lutter contre la faim, la fatigue ou encore les effets de l’altitude. Cette plante est également utilisée pour des usages rituels très ancrés dans la culture indienne traditionnelle. La loi fixe cependant une limite à la surface consacrée à cet usage, établie à 12 000 hectares, que les autorités tentent de faire respecter avec leurs propres moyens. En froid avec les États-Unis, le gouvernement bolivien, proche de l’idéologie d’Hugo Chavez au Venezuela, a expulsé en 2009 l’agence américaine anti-drogue, la DEA (Drug Enforcement Administration), accusée de s’immiscer dans la vie politique bolivienne. La Bolivie, 3e producteur mondial de cocaïne.–Bolivie, Colombie et  Pérou sont les trois principaux producteurs de coca, matière première de la cocaïne. Selon l’édition 2013 du rapport annuel de l’ONUDC faisant un état des lieux général des drogues dans le monde, la superficie consacrée à la culture de la coca est en baisse depuis plusieurs années. Cet effort n’est pourtant pas nécessairement synonyme de baisse de la production de cocaïne : le rapport publié l’an passé, rappelait « l’augmentation de l’efficacité de la chaîne menant du cocaïer à la cocaïne », chaque hectare fournissant « désormais entre 5 et 6,8 kg de drogue, contre 4,2 kg en 2000 ».

La Bolivie en chiffres

Superficie : 1 098 580 km²– Capitale (s) : La Paz (3 640 m. d’altitude, 850 000 habitants, 1,8 million d’habitants avec la banlieue d’El Alto) est la capitale administrative (siège des pouvoirs exécutif et législatif) ; Sucre (285 000 habitants) est la capitale constitutionnelle.

Langues officielles : espagnol, ainsi que 36 langues indiennes.

Population : 10,02 millions d’habitants.  –  Densité : 9,1 hab./km²

Espérance de vie : 67 ans  –   Taux d’alphabétisation : 94,9 %

Religions : catholicisme (95 %), églises protestantes.

Économie : Le pays détient les deuxièmes réserves de gaz du sous-continent, derrière le Venezuela, les premières réserves de lithium au monde (35 %), d’importantes ressources minières (fer, cuivre, étain…). Les exportations du pays sont constituées à plus de 80 % d’hydrocarbures et de minerais.

(Sources : LA CROIX – MONDE, 4/5/2015)

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